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Discours du 15 juillet 2026

Agnès Firmin Le Bodo · Première session extraordinaire 2026 · séance n°14

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Depuis plusieurs semaines, notre dispositif de sécurité civile est mobilisé à un niveau exceptionnel par des incendies qui ont déjà ravagé plus de 30 000 hectares dans notre pays – soit davantage que l’an dernier, alors que l’été en est à peine à ses débuts. Je tiens, avant tout, au nom du groupe Horizons & indépendants, à rendre hommage à nos pompiers et à tous les services de l’État qui luttent chaque jour contre les flammes pour protéger nos forêts, nos habitations et nos concitoyens. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR et DR et sur quelques bancs des groupes SOC et Dem ainsi que sur les bancs des commissions.)Ce week-end, alors que le risque d’incendie était particulièrement élevé en raison de la canicule et que de nouveaux foyers se déclaraient, comme à Fontainebleau, nos forces de l’ordre et de sécurité civile ont dû faire face à un événement d’une autre nature : une rave-party organisée illégalement dans le Morbihan, en dépit de l’interdiction préfectorale prise précisément en raison du risque d’incendie dans ce massif forestier de 4 000 hectares.Comment comprendre que plus de 1 500 personnes aient transgressé cette interdiction, alors que nos forêts brûlent et que nos forces de sécurité civile s’épuisent à les protéger ? Le problème n’est pas la fête en elle-même ; il réside dans le mépris délibéré de la règle.Dans un contexte de crise sans précédent, nos forces de l’ordre ont dû mobiliser des moyens considérables pour un événement pourtant formellement interdit. C’est cette transgression délibérée des règles, qui sont pourtant la condition même de la liberté de chacun, qui explique l’exaspération d’une large part de nos concitoyens, indépendamment de leurs convictions politiques.Ce constat n’est pas une posture politique puisqu’il est rendu objectif par les chiffres : une progression de 142 % des rodéos motorisés entre 2019 et 2024, et de 24 % en un an des refus d’obtempérer, ainsi que 337 rave-parties illégales recensées en 2025, pour 100 000 participants.Ce constat est encore plus visible dans nos territoires ruraux, où une partie de nos concitoyens perçoit un double standard – un État rigoureux dans l’application des normes administratives, mais hésitant lorsqu’il s’agit de protéger leur sécurité et leur tranquillité. La défiance est toujours le premier pas vers le recul républicain.Les conséquences sont graves. Ces infractions génèrent des dégâts considérables : matériels, d’abord, avec des productions agricoles perdues et des infrastructures dégradées ; humains, ensuite, avec des vies mises en danger par les rodéos motorisés et les refus d’obtempérer.Elles alimentent l’expansion de la criminalité organisée – les 30 tonnes de protoxyde d’azote saisies en Île-de-France en juin 2024 en sont l’illustration la plus probante.Surtout, elles érodent notre cohésion sociale, car rien n’est plus corrosif pour une société que le sentiment que ses membres n’auraient plus aucun devoir, ni envers l’État, ni les uns envers les autres.C’est à l’ensemble de ces constats que le projet de loi Ripost entend répondre, pour mettre fin à ce que notre collègue Laetitia Saint-Paul a justement qualifié d’étrange indulgence. S’agissant des rave-parties illégales, sur lesquelles notre groupe s’est engagé de manière continue notamment grâce à la proposition de loi de Laetitia Saint-Paul, on retiendra le renforcement de la peine encourue par les organisateurs – deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, contre une simple contravention de 1 500 euros aujourd’hui.On mentionnera également l’article 2 quater A, adopté grâce à un amendement de notre groupe, qui oblige les organisateurs à rembourser aux collectivités les frais de secours et d’évacuation des déchets.Notre groupe se félicite aussi que les articles les plus importants, supprimés en commission, aient été rétablis en séance, à l’exception notable de l’article 6, ce que nous regrettons. Les dispositions de cet article étaient pourtant nécessaires face au narcotrafic qui gangrène nos territoires, endeuillent trop de familles et volent l’avenir d’une partie de notre jeunesse.Le groupe Horizons & indépendants votera en faveur de ce projet de loi, qui apporte des réponses pragmatiques. Mais nous posons aussi une question simple : la République est-elle encore capable de faire respecter les mêmes règles partout sur son territoire ?Rétablir durablement l’ordre républicain exigera davantage que des réponses pénales, aussi nécessaires soient-elles. Il faudra une école qui transmette de nouveau, une justice en laquelle nos concitoyens aient confiance, et une société capable de redéfinir le projet commun qu’elle entend porter. Car l’autorité de l’État ne se décrète pas, elle se construit. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR, sur quelques bancs du groupe EPR et sur les bancs des commissions.)

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale a rendez-vous avec son histoire. Dans quelques instants, nous reviendra le dernier mot sur un texte qui, par sa nature et son parcours, ne ressemble à aucun autre. Il touche à ce que chacun porte en lui de plus intime : la peur de souffrir, le désir de rester digne, l’amour de ceux qui nous entourent et la liberté de pouvoir leur dire adieu.Souvenons-nous du chemin parcouru. À l’automne 2022, le Comité consultatif national d’éthique ouvrait la voie à une aide à mourir strictement encadrée. Puis, 184 de nos concitoyens, dont certains sont présents ici aujourd’hui, ont été tirés au sort et ont consacré quatre mois de leur vie à une question qui nous dépasse tous : comment accompagner une personne dont l’existence ne rime plus qu’avec souffrance ?Ils ont écouté, ils ont douté, ils ont parfois changé d’avis. Ils nous ont donné davantage qu’une recommandation, ils nous ont offert une grande leçon de démocratie, de maturité et de fraternité civique. À la suite de leurs travaux, le président de la République, que je remercie pour sa confiance et son engagement, a, le 3 avril 2023, demandé au gouvernement, sous l’autorité d’Élisabeth Borne, de construire le modèle français d’accompagnement de la fin de vie. Ce texte est donc tout autant le leur.Au printemps 2024 est venu le projet de loi relatif à l’accompagnement et à la fin de vie. J’ai eu l’honneur de participer à sa préparation en tant que ministre, puis, en tant que députée, de présider la commission spéciale chargée de l’examiner. Pendant plusieurs semaines, notre assemblée a débattu avec gravité et intensité. Le 9 juin 2024, la dissolution a interrompu ce travail. Ce soir-là, comme beaucoup d’entre vous, j’ai pensé à celles et ceux qui l’attendaient.Il a fallu recommencer. Une proposition de loi déposée par Olivier Falorni a repris le flambeau en mars 2025. Notre assemblée l’a adoptée par trois fois ; le Sénat l’a rejetée par trois fois. Sans surprise, la commission mixte paritaire n’est pas parvenue à un accord. Après quatre années de réflexion, de concertation, d’auditions et de travail, après des milliers d’amendements et des centaines d’heures de débat, la navette a dit, je le crois, tout ce qu’elle avait à dire. Il nous appartient désormais de conclure.Redisons avec clarté ce que ce texte est, et surtout ce qu’il n’est pas. Ce texte n’instaure pas un droit à la mort. Il ne fait ni du renoncement un idéal, ni de la vulnérabilité un fardeau. Il ne dit jamais qu’une vie diminuée vaudrait moins qu’une autre. Il ne substitue pas la mort aux soins. Il répond à une situation précise, exceptionnelle, tragique : celle d’une personne dont le pronostic vital est engagé, dont les souffrances résistent à ce que la médecine peut offrir, et qui formule librement, lucidement et de manière réitérée la demande que sa volonté soit respectée.Pour cette personne, et pour elle seule, ce texte ouvre un chemin étroit, balisé, contrôlé ; une ligne de crête qui respecte deux principes fondamentaux : l’autonomie et la solidarité. Cette loi ne donne à personne le pouvoir de décider à la place d’un autre. Elle ne retire rien à la valeur de la vie. Elle reconnaît au contraire que la dignité humaine consiste aussi à ne jamais abandonner une personne à une souffrance qu’elle ne peut plus supporter.Aux soignants, j’adresse ma profonde reconnaissance. Rien ne leur sera imposé. Ceux qui choisiront d’accompagner le feront en conscience ; ceux qui ne le pourront pas ou ne le voudront pas seront protégés. Sans les soignants, cette loi ne serait qu’un bout de papier ; avec eux, avec leur compétence, leur présence, leur compassion et leur courage, elle peut devenir une promesse républicaine tenue.Une telle promesse ne peut exister sans les soins palliatifs, car une liberté qui naîtrait de l’abandon ne serait pas une liberté. C’est pourquoi l’aide à mourir est indissociable de notre engagement absolu en faveur de l’accompagnement et des soins palliatifs, partout sur le territoire, pour chaque patient, pour chaque famille.Mes chers collègues, sur un sujet qui touche si profondément à l’intime, le groupe Horizons & indépendants ne donnera aucune consigne de vote. Chacun se prononcera selon sa conscience, selon son expérience, selon les visages qu’il porte en lui, selon les épreuves qu’il a traversées ou accompagnées. Ceux qui voteront contre ce texte ne sont pas moins attachés que moi à la dignité humaine : ils cherchent, par un autre chemin, à la protéger. Je leur dis mon respect sincère. Nul dans cet hémicycle ne défendrait la vie contre d’autres qui la mépriseraient. Nous partageons tous la même exigence : ne jamais laisser une personne seule face à la souffrance.À titre personnel, je voterai en faveur du texte. Je le ferai sans esprit de victoire car il n’y a pas de victoire à remporter sur la mort. Il n’y a pas de triomphe lorsqu’il est question de la dernière étape d’une vie. Il n’y a que des visages à ne pas trahir, des paroles à entendre jusqu’au bout – même lorsqu’elles nous bouleversent, même lorsqu’elles nous disent : « Je n’en peux plus, je veux que cela s’arrête. » Face à l’ultime souffrance, il ne doit y avoir ni mot tabou ni volonté interdite.Avec l’adoption de ce texte, la République ne décidera de la mort de personne. Elle dira seulement à chacune et à chacun : si un jour votre souffrance est devenue sans issue, si votre demande est libre, éclairée et réitérée, alors votre volonté sera entendue et vous ne serez pas seul. Liberté de choisir, égalité face à la mort, fraternité dans l’accompagnement jusqu’au dernier instant : notre devise tout entière tient dans ce vote.Puisque c’est la dernière fois que nous nous exprimons sur ce sujet à la tribune, je remercie toutes celles et ceux qui, pour ou contre, ont contribué depuis toutes ces années à la réflexion. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes HOR, EPR, SOC, Dem et LIOT.)

Avec des sentiments mêlés d’émotion, de soulagement, de gravité, d’humilité et de responsabilité, je serais heureuse que ce texte soit voté tout à l’heure, pour ceux pour qui il est fait, c’est-à-dire les malades. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes HOR, EPR, SOC, EcoS, Dem, LIOT et GDR ainsi que sur les bancs des commissions. – M. René Pilato applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).