Discours du 6 juillet 2026
Agnès Pannier-Runacher · Première session extraordinaire 2026 · séance n°4
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Eh oui !
Vous nous demandez aujourd’hui de censurer le gouvernement au nom de la crise climatique. Pourtant, vous le savez, aucune censure ne fera baisser la température, aucune censure n’isolera mieux les logements, aucune censure ne protégera nos agriculteurs ni ne climatisera nos hôpitaux.
Aucune censure ne nous rendra les victimes des canicules – je veux avoir une pensée pour elles et pour leurs familles, et remercier tous les agents publics qui se sont engagés sans compter leurs heures pour les secourir.
Chers collègues, soyons sérieux une minute : cette motion ne répond pas à l’urgence climatique ; c’est une stratégie politique, une stratégie de diversion.
Vous accusez les gouvernements d’inaction et d’impréparation ? Les faits racontent exactement le contraire, et ils sont très têtus. Depuis 2017, la France a réduit ses émissions de CO2 quatre fois plus vite – je le répète : quatre fois plus vite – que durant la période où vous exerciez, avec vos alliés politiques,...
...les responsabilités gouvernementales.Depuis 2017, nous avons triplé le rythme annuel des rénovations thermiques grâce à MaPrimeRénov’, qui a fort heureusement remplacé votre crédit d’impôt, qui profitait avant tout aux plus aisés. Depuis 2017, nous avons créé le fonds Vert…
…et financé plus de 25 000 projets partout sur le territoire français – votre hommage à ce fonds est très émouvant et nous espérons que vous continuerez de le défendre. Depuis 2017, nous avons doublé le budget de l’écologie. Depuis 2017, nous avons adopté deux plans nationaux d’adaptation au changement climatique…
…et, pour la première fois, inscrit dans notre droit une trajectoire de réchauffement de référence pour mieux préparer notre pays, ce que vous n’avez pas fait.Tout est-il réglé ? Évidemment non. Faut-il aller plus vite ? Évidemment oui.Mais permettez-moi de sourire lorsque ceux qui veulent aujourd’hui distribuer des cartons rouges sont les mêmes qui ont été condamnés pour inaction climatique,…
…car c’est bien l’action des gouvernements en place entre 2012 et 2017 qui a été condamnée pour inaction climatique.
Et ce sont bien vos successeurs, les gouvernements « macronistes » – comme vous vous plaisez à les appeler –, qui ont rattrapé votre retard en matière de baisse des émissions, comme le rappelle la très intéressante décision du Conseil d’État du 24 octobre 2025 sur l’affaire Grande-Synthe, qui souligne la solidité des résultats obtenus et la crédibilité des actions engagées par le gouvernement après que vous avez été condamnés.
Cette motion de censure est donc une diversion et vous avez bien mauvaise mémoire : vous avez voté contre la loi « climat et résilience », contre la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables et, évidemment, contre la loi sur le nucléaire.
Vous avez même retardé, à deux reprises, l’adoption de budgets qui finançaient les politiques publiques que vous prétendez aujourd’hui défendre, ce qui a repoussé d’autant leur mise en œuvre. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.)
En somme, vous nous reprochez de ne pas aller assez vite, alors que ces huit dernières années, vous avez employé votre énergie à mettre systématiquement des bâtons dans les roues de l’action publique.Je dois cependant reconnaître que vous, au moins, vous ne doutez pas de l’urgence climatique. On ne saurait en dire autant des députés qui se tiennent sur les bancs de l’extrême droite – enfin, qui s’y tenaient tout à l’heure pour réaliser leur capsule vidéo.Le RN, premier parti climatosceptique de France, s’est transformé, avec les canicules récentes, en premier parti plombier-chauffagiste de France. La température s’élève ? Il suffit de climatiser ! Oui, il faut rénover écoles, hôpitaux, maisons de retraite et logements, et climatiser là où il en est besoin – mais allez-vous climatiser les forêts, les champs, les câbles électriques pour faire face au dérèglement climatique ? Avec quelle climatisation comptez-vous agir contre la montée du niveau de la mer, les feux de forêt, les inondations et les sécheresses ?Surtout, on ne lutte pas contre le dérèglement climatique en combattant, comme vous le faites depuis des années, la sortie des énergies fossiles et les énergies renouvelables. Cependant, on sait combien vous êtes proches des intérêts fossiles poutiniens et trumpiens et on vous reconnaîtra une très grande constance en la matière.Le climat mérite mieux que les diversions de certains et le cynisme des autres – en matière de cynisme, le RN en connaît un rayon, à Monaco comme à Paris !Vous l’aurez compris, mon groupe, Ensemble pour la République, ne votera pas cette motion de censure.
Il inscrira son action dans la continuité de celles des premiers ministres, Philippe, Borne et Attal notamment : réduire notre consommation de gaz et du pétrole, produire notre énergie décarbonée, bâtir avec nos entreprises des solutions qui créent de l’emploi et des usines tout en répondant au défi climatique, mettre à niveau bâtiments et infrastructures, et, surtout, préparer et protéger les Français.Dans cet esprit, permettez-moi de vous interpeller, monsieur le premier ministre. Les gouvernements que j’ai cités ont engagé la France vers une trajectoire crédible. Elle ne nous autorise aucune autosatisfaction.
La pire faute serait de démanteler aujourd’hui ce que nous avons patiemment construit sous l’égide du président de la République. La pire faute serait de baisser les crédits du fonds Vert. La pire faute serait de réduire ceux du fonds Chaleur sous prétexte que la priorité est à l’électrification. (M. Pierre-Yves Cadalen s’exclame.) La pire faute serait d’accepter de promulguer dans la loi d’urgence agricole des mesures court-termistes qui vont à l’encontre de la science et du plan « Eau » voulu par le président. La pire faute serait de fragiliser nos opérateurs publics.Dans quelques années, personne ne se souviendra de cette motion de censure.
Mais l’histoire se souviendra de ceux qui auront eu le cran de résister aux sirènes du court terme, de ceux qui auront traité la menace climatique avec le même sentiment d’urgence que la menace géopolitique. Monsieur le premier ministre, au moment où les arbitrages budgétaires se nouent et où certains projets de loi inquiètent, soyez de ceux qui auront tenu le cap. Nous comptons sur vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).