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Discours du 28 janvier 2026

Alexandre Allegret-Pilot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°130

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Il arrive que cette assemblée se perde dans les chiffres, les organigrammes et les intentions pieuses. Ce texte permet de faire un pas de côté car, derrière ses mètres carrés, ses baux et ses opérateurs, une interrogation politique affleure : l’État saura-t-il enfin se comporter en propriétaire avisé ou continuera-t-il de s’en remettre à une gestion dispersée, financée à crédit et sans raisonnement économique ?Nous connaissons tous le diagnostic établi par les rapports de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des finances. Le système actuel est obsolète ; les conditions de travail des agents publics sont insatisfaisantes et l’addition est payée par les contribuables. À cet égard, la création d’une foncière de l’État constitue probablement une évolution salutaire. Ce n’est pas le Grand Soir, mais une nécessité pour s’approcher d’une logique patrimoniale et d’une vision d’ensemble, que le morcellement actuel empêche. On sortirait ainsi de l’hétérogénéité des situations et d’une gestion immobilière inefficace. Bref, on rapprocherait l’État, occupant distrait, d’un propriétaire responsable. Aussi approuvons-nous pleinement l’esprit de ce texte, qui va dans le sens d’une gestion plus rationnelle du patrimoine public.Toutefois, l’expérience montre qu’une réforme structurelle, aussi nécessaire soit-elle, gagne toujours à être accompagnée d’un levier comportemental. La réussite d’une politique immobilière ne repose pas seulement sur l’architecture juridique, mais aussi sur la capacité à aligner les intérêts des administrations avec l’objectif d’optimisation. Lorsqu’une administration sait que les efforts qu’elle consent en libérant des mètres carrés, en mutualisant des implantations ou en modernisant ses usages peuvent lui bénéficier directement, la dynamique change. On passe d’une logique de contrainte à une logique d’adhésion, gagnant-gagnant. Il ne s’agit pas de pénaliser des services déjà très sollicités, mais de valoriser les démarches vertueuses, afin que les plus efficaces tirent un bénéfice de leur bonne gestion sans rien retirer à ceux qui n’ont pas encore la capacité d’une telle conduite.Nous sommes au début d’un gigantesque exercice de contrôle de gestion et de pilotage de l’action publique, laissés en friches depuis tant d’années. Nous voyons cependant venir l’éternel retour des sujétions spéciales de tel ou tel ministère, l’intérêt patrimonial particulier qui découlerait de l’occupation prestigieuse de tel ou tel bâtiment, ou encore les méandres d’une gouvernance pléthorique, incapable et déresponsabilisante. Gardez ces écueils à l’esprit !Ce texte ouvre la perspective plus large de la réduction de la dépense publique et de la libération du pouvoir d’achat. Chaque euro économisé sur des mètres carrés inutiles ou trop coûteux, chaque bâtiment mieux géré, chaque projet rationalisé, c’est un euro de moins à lever sur les entreprises et, in fine, sur les ménages. Un État plus sobre est un État qui taxe moins, qui entrave moins et qui fait davantage confiance aux forces productives.Cette réforme aidera l’État à quitter le confort de la routine bureaucratique pour entrer dans l’exigence du pilotage stratégique. Il devra adopter une culture de gestionnaire, de valorisation de ses actifs – cela a été souligné –, comme le ferait tout propriétaire avisé.Bien sûr, nous resterons vigilants. Une foncière ne doit pas devenir un nouvel étage de la fusée bureaucratique. Elle doit être un outil de performance, pas un alibi supplémentaire pour repousser les réformes, alors que nous connaissons tous cette pente douce et confortable sur laquelle nous nous laissons facilement glisser depuis trop d’années.Le chemin vers une gestion immobilière rationnelle est encore semé d’embûches. Dans cette révolution immobilière à retardement, la seconde étape consistera certainement à mieux ajuster la stratégie budgétaire sur une analyse économique. Mes collègues du Rassemblement national et d’Horizons ont souligné que le raisonnement actuel, essentiellement fondé sur les crédits de paiement et donc sur une logique de trésorerie annuelle, conduit souvent à privilégier des locations coûteuses et à éviter des rénovations, quand bien même le retour sur investissement serait à dix ans. Toutes les dépenses ne se valent pas : à nous de réduire les coûts d’opportunité ! C’est un véritable défi, qui devra être relevé dans les années qui viennent. Mais chaque chose en son temps : le temps administratif a parfois ses raisons que l’impératif politique ne connaît point…Vous l’aurez compris, le groupe UDR votera en faveur de ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDR et sur quelques bancs du groupe RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).