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Discours du 12 février 2026

Alexandre Portier · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°148

Mme la rapporteure regrettait de ne pas m’avoir entendu dans la discussion générale et je saisis donc l’occasion de dire quelques mots sur un sujet dont tous, sur ces bancs, nous convenons de l’importance. Puis-je néanmoins souscrire à la manière dont vous le présentez ? En toute honnêteté, non, pas tout à fait.

Laissez-moi m’exprimer… En effet, je reproche à ce débat d’opposer d’une manière stérile, qui n’aboutira pas à grand-chose, d’un côté, les méchants milliardaires privés et, de l’autre, le gentil service public. Avec ce disque, on ne résoudra a priori aucun des problèmes auxquels nous serons confrontés dans les années à venir et, surtout, nous n’intéresserons pas grand monde.L’audiovisuel, public ou privé, est en pleine transformation et soumis à des mouvements de fond qu’il nous revient évidemment d’aborder. Si on passe à côté de ces enjeux, si on refuse de penser les changements profonds, au premier rang desquels l’intelligence artificielle, qui s’immisce dans nombre de nos débats actuels, si on se contente de plaquer une logique théorique, binaire et idéologique sur ce qu’est la réalité du terrain pour les médias…

…et pour nos concitoyens, nous n’aboutirons à aucune solution.On peut sans doute avoir des désaccords – c’est le cas sur bien des sujets – mais abandonnons deux ou trois présupposés : non, un média privé puissant n’incarne pas forcément le mal, et la loi du marché rend nécessaires certaines concentrations économiques ; non, le service public ne porte pas en lui-même la garantie intrinsèque de la vertu.

Au moment d’entamer ce débat, je nous invite à un peu de nuance, d’un côté comme de l’autre. Qu’est-ce qui peut nous garantir que les médias de service public soient davantage indépendants dans l’exercice de leur mission – vous conviendrez qu’il reste de nets progrès à faire en la matière ? Inversement, qu’est-ce qui vous permet d’affirmer qu’un média privé ne peut pas, par définition, être un lieu d’expression, de débat, de construction intellectuelle susceptible d’alimenter le débat démocratique ?Contrairement à certains d’entre vous, j’ai suivi les débats en commission…

Eh bien, je vous en félicite et vous en remercie ; j’espère que nous aurons l’occasion de l’évoquer au cours de nos débats, mais évitons de tourner en rond. Ce texte est très clairement dirigé contre Bolloré, Arnault, Saadé. (Exclamations sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)

Vous ne les avez pas mentionnés, madame la rapporteure, mais quasiment tous vos collègues l’ont fait. On comprend donc très bien quelle est votre trajectoire.

Ce n’est pas comme ça que nous résoudrons l’essentiel car, pendant qu’on s’amuse en France à s’écharper, à opposer médias publics et privés, on ne voit pas arriver le déferlement technologique qui va nous tomber dessus dans quelques années et qui mettra à terre aussi bien nos médias publics que privés. C’est à cela qu’il faut répondre, mais certainement pas en faisant un texte de loi qui vise des personnes ou des médias en particulier, car ce n’est pas une bonne manière de faire la loi.

C’est la raison pour laquelle, à titre personnel, je suis défavorable à cette proposition de loi.

La ministre est très sage ; les députés un peu moins !

Malheureusement !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).