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Discours du 20 juillet 2026

Alexandre Portier · Première session extraordinaire 2026 · séance n°21

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Je salue tout d’abord le travail remarquable des quatre rapporteurs de la commission des affaires culturelles et de l’éducation : Lionel Duparay, Véronique Riotton, Sophie Mette et Belkhir Belhaddad – ce fut un vrai marathon sportif ! Je salue aussi nos collègues sénateurs à l’initiative du texte, le président Laurent Lafon et le rapporteur Michel Savin, ainsi que les administrateurs de la commission de notre assemblée, qui ont contribué à son élaboration. En construisant des consensus article par article, nous sommes parvenus à une CMP conclusive ; nous proposons ainsi une réforme structurelle qui renforcera en profondeur l’armature du sport professionnel.Les Français aiment profondément le sport : nous avons pu le mesurer à l’occasion de la Coupe du monde. Mais le sport est d’abord un bien commun, une source de dépassement et de communion. Cela se manifeste dans sa pratique, bien sûr, mais aussi et avant tout dans le soutien que nous apportons à nos équipes : le sentiment de fierté personnelle devient collectif, et nous nous retrouvons tous unis derrière la sélection nationale ou les clubs de nos régions. Le sport, c’est d’abord cela. Il nous rassemble parce que rien n’y est jamais écrit d’avance. La passion naît de l’imprévisible. C’est le lieu où tout est possible, où une seule règle s’applique : que le meilleur gagne. Par ce texte, c’est cet ADN que nous voulons préserver. En effet, cette magie du sport, cette compétition saine, équilibrée et libre qui doit être fondée sur l’effort et sa récompense, cette règle et cet équilibre sont aujourd’hui menacés.Si ce texte traite du sport professionnel en général, je rappelle qu’il trouve son origine dans les dysfonctionnements du football professionnel, et je m’arrête un instant sur ce point. Alors qu’il concentre toujours plus de capitaux et que les droits audiovisuels conservent une forte valeur marchande, le foot français est en très mauvaise santé financière. Ces dernières années, d’importantes décisions stratégiques ont mis à mal l’équilibre financier des clubs. Ces décisions révèlent un mouvement plus profond : celui d’un football professionnel où la logique de marché tend parfois à supplanter l’intérêt sportif ; trop souvent, les intérêts financiers ont pris le pas sur ce dernier.Un phénomène illustre ces dérives : la multipropriété des clubs. Il est très clair que le cadre national ne permet pas d’apporter à ce phénomène une réponse pleinement satisfaisante. Mais il faut tout de même en parler car, à mesure que la propriété des clubs se concentre entre les mains d’une poignée d’investisseurs, une logique de rentabilité s’impose, en rupture avec le modèle sportif que nous aimons. Les nouvelles stratégies financières sont très éloignées de l’esprit qui devrait dominer l’univers sportif. Elles mettent à profit les ressources de petits clubs pour asseoir la domination d’équipes déjà surfinancées et surexposées. Je pense que peu de députés ici présents adhèrent à cette logique ; nous voyons bien la menace qu’elle représente pour le sport de proximité, celui de nos territoires, de nos régions.Au-delà des conséquences néfastes pour les clubs rachetés, qui perdent peu à peu leur autonomie sportive, la multipropriété porte atteinte à l’aléa sportif et à l’intégrité des rencontres. C’est la magie du sport qui menace de s’effacer demain : lorsque deux clubs ayant des liens financiers s’affrontent en compétition, comment garantir l’intégrité des matchs et la sincérité de la compétition sportive ? Ces situations présentent un risque de conflit d’intérêts trop important pour qu’on les laisse perdurer.Nous n’avons pas pu traiter ce sujet comme nous l’aurions voulu dans le cadre de ce texte, mais la rédaction issue de la CMP permet tout de même une belle avancée. Nous instaurons notamment un contrôle plus ferme des projets d’achat, de cession ou de changement d’actionnaire des sociétés sportives, grâce à l’appui de la DNCG. Comme beaucoup d’entre vous, je souhaite aller beaucoup plus loin. C’est pourquoi, en vue de protéger l’esprit du sport dans les compétitions européennes, j’ai déposé une proposition de résolution européenne visant l’interdiction de la multipropriété des clubs de football professionnel au niveau européen, qui s’appuie sur le travail transpartisan de nombreux députés de notre assemblée, bien au-delà de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Madame la ministre, la France doit faire valoir ses ambitions à l’échelle européenne pour protéger les clubs français – et non les affaiblir.En modernisant la gouvernance du sport professionnel et en mettant fin à de nombreuses dérives, le texte que nous allons voter aujourd’hui permettra de franchir des étapes significatives. C’est pourquoi je vous invite à l’adopter. Par notre vote, nous allons créer un cadre qui permettra aux clubs d’investir sereinement dans le développement sportif. Nous consoliderons la chaîne de formation. Nous garantirons un sport de qualité et, surtout, la passion que les Français aiment partager. Le sport doit rester magique et continuer à faire rêver. Le football doit rester une compétition de joueurs, non pas d’investisseurs. J’espère donc que nous approuverons cette proposition de loi à l’unanimité. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et Dem ainsi que sur les bancs des commissions.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).