Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 24 juin 2026

Alma Dufour · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°282

Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.

Elle n’en créera pas non plus !

À l’heure où les Français suffoquent sous 40 degrés , où l’on apprend que la police est envoyée pour démanteler des piscines gonflables dans les quartiers prioritaires, nous apprenons aussi que les administrateurs et les fonctionnaires de l’Assemblée nationale ont demandé des horaires aménagés et sont toujours contraints de travailler dehors ou à l’accueil, où il faisait 35 degrés tout à l’heure. Je me devais de relayer leurs inquiétudes.Bref, à l’heure où nous souffrons tous de la chaleur et que rien n’est fait pour permettre une réelle adaptation, à l’heure où des enfants s’évanouissent encore dans les cours de nos écoles, après que vous avez délibérément voté la réduction des budgets de l’adaptation au changement climatique et de la rénovation des logements avec le soutien du Rassemblement national – plus ou moins présent à cet instant, comme d’habitude quand il s’agit d’écologie.

Jordan Bardella fait semblant de s’intéresser à l’écologie quand elle revient à la une des journaux télévisés, c’est-à-dire environ une fois par an. Sinon, qu’on ne s’inquiète pas, il ne connaît pas plus les causes du changement climatique ou les actions pour y remédier qu’Alice Cordier ne sait où se trouve l’Afghanistan. (Mme Marie Mesmeur applaudit.)Revenons-en au sujet qui nous occupe : alors que nous étouffons sous la chaleur de l’année qui sera malheureusement la plus froide du reste de notre vie, la loi pour encadrer la fast fashion est une déception, qui confirme la règle : en matière d’écologie, avec vous, nous sommes toujours déçus.Ce texte aurait pu poser les bases d’une nouvelle politique industrielle, climatique et sociale. Il aurait pu dessiner un avenir mettant fin à l’exploitation de travailleurs condamnés à des salaires de misère au Bangladesh, en Éthiopie ou en Ouzbékistan. Il aurait pu ouvrir la voie à un modèle capable de limiter la surconsommation et son impact sur le climat, tout en réduisant le prix d’une production vertueuse made in France. Ce texte, vous souhaitez désormais le limiter et, en réalité, le saboter.Vous auriez pu poser la première pierre d’une véritable révolution industrielle, mais vous finirez, comme toujours, en défenseurs des petits intérêts de vos petits copains comme Kiabi, Zara, Uniqlo. Vous les présentez comme des acteurs vertueux de la fast fashion, alors qu’ils n’ont évidemment pas attendu l’apparition des plateformes Shein ou Temu pour délocaliser l’ensemble des emplois européens de production textile dans des pays à bas coût, où les usines fonctionnent au charbon.Vous faites semblant de découvrir ce problème maintenant que des entreprises étrangères baissent encore plus les prix. En réalité, cela fait vingt ans que la filière textile est une des plus problématiques pour les droits humains et pour le changement climatique. (Mme Marie Mesmeur applaudit.)Vous prétendez agir au nom de la protection des emplois en magasin, notamment dans le secteur textile, qui souffre énormément.

Pourtant, pendant des années, alors que je militais pour alerter sur l’hécatombe subie par le commerce physique, soit la destruction de plus de 80 000 emplois en dix ans, en raison du dumping pratiqué par les plateformes de e-commerce – Amazon, Zalando, Cdiscount –, à chaque fois, vous les avez soutenues, que ce soit dans la loi Agec ou dans la loi « climat et résilience ». Vous êtes allés jusqu’à censurer un rapport de France Stratégie qui nous alertait sur le fait que tous les emplois dans le textile allaient disparaître !Et aujourd’hui, vous arrivez en disant qu’il ne faudrait pas toucher à un emploi ! Monsieur Lefèvre, nous avons perdu 80 000 emplois en solde net dans le textile. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En solde net, il n’y a plus une création d’emploi dans la vente textile en France et vous osez utiliser cet argument pour vous opposer à un texte qui aurait permis de soutenir l’industrie !Voilà ce que vous êtes en train de faire, après avoir laissé tous les emplois disparaître, après avoir laissé prospérer la fraude à la TVA, après avoir refusé d’assujettir le e-commerce à la taxe sur les surfaces commerciales (Tascom) et de geler les loyers des enseignes textiles en 2023 et en 2024 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous n’en avez rien à faire des emplois dans le commerce de vêtements, sinon vous seriez à nos côtés quand nous essayons de soutenir les salariés de Camaïeu, de Naf-Naf ou de Kiabi, Kiabi qui n’a pas créé un emploi durant les trois dernières années.

Aujourd’hui, on a l’impression d’avoir ici docteur Violland et mister Papin – ou Lefèvre ! Ouvrez les yeux, madame la rapporteure ! Vous dites qu’ils ne s’arrêteront pas à l’ ultrafast fashion. Ils ont dit au moins quatre fois que leur intention était de prendre un arrêté qui ne cible que Shein et Temu.Soyons clairs : je n’ai rien contre cela ! Mais vous savez très bien, messieurs les ministres, que cela ne permettra pas de créer un seul emploi en France. Vous le savez ! Je vous regarde droit dans les yeux parce que j’ai la légitimité d’avoir travaillé sur ce sujet depuis dix ans. J’étais sûre qu’après avoir laissé tout un secteur s’effondrer, vous utiliseriez cet argument encore une fois contre l’écologie. Je n’ai plus aucun espoir dans votre manière de gérer les choses. Vous n’avez rien à apporter à la France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je n’essaie même pas de vous convaincre et nous avons tous hâte de tourner la page. Comme d’habitude, vous êtes décevants et nous nous abstiendrons sur ce texte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Exactement !

Ah bon ? C’était ça, l’argument ?

Et allez ! Quelle honte !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).