Discours du 23 juin 2025
Amélia Lakrafi · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°251
Je tiens à souligner l’importance capitale de ce traité de coopération en matière de défense entre la République française et la république de Djibouti. Je rappelle d’abord que Djibouti est un pays important de ma circonscription et que son lien avec la France est des plus étroits : 4 000 Français y résident, dont de nombreux Franco-Djiboutiens, et 1 500 de nos militaires y sont stationnés. Djibouti fait en outre figure de bastion de la francophonie dans une région presque totalement anglophone, ce qui confère un sens plus profond encore à nos liens d’amitié. Ce pays fait partie des principaux partenaires de la France en Afrique de l’Est et l’on y compte une école et un lycée français ainsi qu’un institut français. On y trouve également trois conseillers des Français de l’étranger, ces élus locaux que nos ressortissants élisent tous les six ans et dont je souhaite ici saluer le dévouement – je regrette qu’ils soient trop peu connus et reconnus. La signature de ce traité de défense constitue donc un signal fort envoyé à la partie djiboutienne, qui marque la solidité de notre partenariat et de nos liens d’amitié historiques.Djibouti occupe une position clé dans la région de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, qui s’étend entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Notre pays y a très tôt installé une base militaire, qui nous a été fort utile à maintes occasions, dans cette partie du monde soumise à de nombreux troubles. Je pense notamment à l’opération Sagittaire, menée en 2023 dans le contexte du conflit au Soudan. Cette opération exemplaire, conduite avec l’appui des autorités djiboutiennes – que je remercie –, a permis le rapatriement de plus de 900 ressortissants étrangers, dont plus de 250 Français installés dans la région.À l’heure où notre présence militaire en Afrique se réduit, conformément aux objectifs formulés dans le discours de Ouagadougou en 2017, cette base deviendra à terme notre dernier ancrage stratégique militaire permanent sur le continent – si l’on excepte la base de Libreville –, ce qui ne fait qu’en renforcer l’importance pour nous.Je l’ai dit : dans cette partie du monde importante sur le plan stratégique et soumise à de nombreuses tensions et turbulences graves, d’autres pays ont, ces dernières années, implanté des bases militaires à Djibouti. Cela ne fait qu’accentuer la nécessité de signer un nouveau traité de défense, qui constitue le point d’aboutissement d’un travail diplomatique tout à fait remarquable, auquel je rends hommage.Si ce texte reprend pour une large part les stipulations du précédent traité, il vise à donner davantage de prévisibilité aux deux parties et clarifie plusieurs procédures. Tout d’abord, je souhaite mettre en avant l’allongement de la durée de validité du traité, qui passe de dix à vingt ans, ce qui témoigne de la confiance mutuelle entre nos deux pays et constitue un gage de stabilité pour nos forces militaires. Il met aussi à jour la liste des emprises mises à disposition par la partie djiboutienne, en prévoyant notamment la restitution de 40 % de l’îlot du Héron, ce que nous pouvons parfaitement comprendre dans la mesure où cela contribuera au développement économique et social du pays. Par ailleurs, cette restitution ne nous pénalise pas. Le traité prévoit encore la création d’un comité militaire de dialogue stratégique, afin que nous puissions mieux faire face ensemble aux enjeux régionaux.Le point le plus important, qui distingue notre base militaire de celles d’autres pays, est la clause de sécurité qui est au cœur du traité. En effet, c’est pour pouvoir répondre à nos obligations envers Djibouti que nous entretenons des capacités dans tous les domaines – aérien, terrestre et maritime. C’est ce qui nous différencie des autres États disposant de forces dans ce pays : contrairement aux nôtres, les leurs ne contribuent pas à la sécurité de Djibouti. Nous jouons donc un rôle assumé de protecteur du territoire djiboutien et, par conséquent, de nos ressortissants sur place et dans toute la région. Enfin, le traité prévoit la participation de la France à la police de l’espace aérien et à la surveillance des eaux territoriales de Djibouti.Certains s’étonnent de l’augmentation de notre contribution annuelle forfaitaire. Je considère pour ma part qu’elle est conforme à la relation de respect mutuel que nous souhaitons entretenir avec ce pays.Pour conclure, je formulerai une remarque qui me tient particulièrement à cœur : à l’heure où la relation de certains régimes, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel, avec la France est marquée par des tensions, il est essentiel de rappeler que cinquante des cinquante-quatre États africains entretiennent avec nous des relations de confiance, dynamiques et respectueuses. Ce traité avec Djibouti en est une belle illustration. Je vous invite donc tous à voter en faveur de ce texte. (Mme Liliana Tanguy, M. Christophe Blanchet et Mme Anne Le Hénanff applaudissent.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).