Discours du 16 décembre 2025
Amélie de Montchalin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°94
Nous arrivons au terme de l’examen parlementaire de ce texte, entamé le 14 octobre, qui a animé le Parlement pendant près de 180 heures de débats. Au bout de ce chemin exigeant, un élément essentiel s’est imposé : les parlementaires ont su se rassembler autour de l’essentiel pour les Français, à savoir la sécurité sociale, la santé, la protection de chacun. Quatre-vingts ans après sa création, l’esprit de 1945 est toujours vivant : celui d’une avancée transpartisane, soutenue hier comme aujourd’hui par des parlementaires centristes, de gauche et gaullistes, unis pour protéger notre modèle social.Le gouvernement avait pris ses responsabilités en soumettant au Parlement un texte exigeant qui engageait une trajectoire de redressement pour nos comptes sociaux. Le budget soumis à votre vote définitif est désormais le fruit d’un travail collectif, marqué par des compromis difficiles mais nécessaires. Beaucoup ici ont exprimé leur préoccupation face au niveau de déficit et à la trajectoire de nos comptes sociaux. Je partage cette préoccupation et même cette inquiétude : il n’a jamais été imaginé que la sécurité sociale puisse se financer par une dette léguée aux générations futures. Ce texte est néanmoins nécessaire pour permettre le bon fonctionnement de notre système de protection sociale en 2026, puisqu’en l’absence de loi de financement, le déficit des comptes sociaux se dégraderait à un niveau inédit en l’absence de crise économique, au-delà de 30 milliards d’euros. Alors que depuis plusieurs mois, notre pays traverse une période d’incertitude qui pèse sur la confiance de nos concitoyens, les Français attendent de nous que l’année 2026 ne soit pas pour eux un saut dans l’inconnu.Le PLFSS pour 2026 ne renverse pas notre système. Au contraire, il porte en lui des choix pour le préserver. Il prépare le terrain pour que les forces politiques puissent débattre sereinement devant les Français, en 2027, des évolutions structurelles qu’elles souhaitent ou non pour notre modèle social, pour son fonctionnement et son financement.Je souhaite remercier sincèrement chacun des députés qui, par son choix, a montré mardi sa volonté de donner un budget à la sécurité sociale, même si, je le sais, celui-ci ne reflète l’intégralité des convictions de personne dans cet hémicycle. Aujourd’hui est une étape cruciale, car votre vote matérialisera l’existence de ce PLFSS ou sa disparition. Disons-le : en cas de rejet, tout le travail sera à recommencer…
…parce qu’il faudra redéposer un texte, réexaminer les articles et parvenir de nouveau, je l’espère, à un compromis. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)L’adoption du PLFSS ne sera pas une victoire du gouvernement, mais votre victoire, celle du Parlement,…
…et l’aboutissement d’un travail dont chacun de vous a été acteur.Je conclurai en vous disant à quel point j’ai été fière de vous accompagner dans cet accord – mais aussi dans les désaccords qui ont pu se matérialiser – pour construire ce compromis. Je crois que nous avons collectivement rendu honneur à la démocratie et au parlementarisme ces dernières semaines. Pour tout cela, je vous remercie et je crois que les Français aussi. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe DR.)
Madame la présidente Panot, quand on convoque l’histoire, il faut se montrer à la hauteur du présent. Dire, comme vous l’avez fait, que voter ce budget reviendrait à sauver le président de la République, c’est oublier de dire que ne pas le voter reviendrait à coup sûr à faire couler la sécurité sociale. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et DR. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Ne pas voter ce budget, c’est empêcher les hôpitaux de fonctionner dans quinze jours, le 1er janvier 2026. C’est renoncer à toute négociation conventionnelle avec les infirmières, à 4 500 recrutements dans les Ehpad (M. Philippe Vigier applaudit), au congé de naissance – que les députés LFI ne sont pourtant pas les derniers à revendiquer comme une de leurs victoires –, à 50 000 solutions pour les personnes en situation de handicap (Exclamations prolongées sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) et à des moyens nouveaux pour les hôpitaux psychiatriques. Ne pas voter ce budget, c’est dire aux Françaises qui ont eu des enfants qu’elles devront encore attendre pour qu’il y ait enfin de l’équité dans le calcul de leur retraite.C’est pourquoi je veux rappeler qu’il y a dans ce budget 8 milliards d’euros d’investissements supplémentaires pour la santé issus des ressources collectives du pays.
C’est un choix, et le mot « pénurie » ne convient pas pour refléter cette réalité. Il ne faut pas que les mesures adoptées à l’issue de compromis fournissent à un parti politique qui ne cherche que le désordre (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP) un prétexte pour faire peur aux Français, les inquiéter et proférer des contrevérités. La démocratie s’honore à ce que nous ayons des désaccords, pas à ce que nous colportions des désinformations.
Par ailleurs, ceux qui disent que la réforme des allégements généraux assécherait la sécurité sociale de 80 milliards d’euros de recettes oublient qu’il est prévu 67 milliards de transfert de TVA à son profit.
Messieurs les présidents des commissions des finances et des affaires sociales, le Parlement peut s’honorer que, grâce à des actions transpartisanes du rapporteur général Thibault Bazin, de son homologue au Sénat, Élisabeth Doineau, de MM. Davi et Guedj, de députés de tous ces bancs (Mme la ministre désigne le centre de l’hémicycle) ou du groupe Horizons, nous répondions enfin à une demande : que l’État compense ce qu’il doit à la sécurité sociale. Il ne s’agit nullement d’un geste de générosité, mais d’un dû.
Quand des exonérations de cotisations sur les heures supplémentaires sont décidées, l’État doit compenser. C’est d’ailleurs ce que demandent les rapports de la Cour des comptes. Alors que le Sénat comptait sur 5,5 milliards d’euros de transferts entre l’État et la sécurité sociale, le compromis trouvé ici en a fixé le montant à 4,5 milliards. La démocratie y gagne toujours quand les votes reposent sur des faits plutôt que sur du vacarme. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
Non, les emplois créés !
Ce n’est pas réduit ! C’est un mensonge !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).