Discours du 28 avril 2026
Anaïs Belouassa-Cherifi · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°213
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On le dit encore trop peu : la crise du logement, c’est aussi une crise sanitaire. Quand il est question de politique du logement, on parle souvent de mètres carrés, de construction ou de loyers – ce qui est bien normal. Cependant, on relègue souvent au second plan une évidence : le logement est aussi une question de santé publique. Car vivre dans un logement humide ou mal isolé, surchauffé en été ou glacial en hiver, n’est pas seulement inconfortable mais a des conséquences concrètes sur notre vie, notre organisme, notre sommeil, notre exposition aux maladies et notre santé mentale.La crise du logement accroît directement la tension qui pèse actuellement sur notre système de santé, déjà fragilisé par des années de Macronie et d’austérité budgétaire imposée par le gouvernement et approuvée par le Parti socialiste. On manque, partout, de logements, notamment de logements de qualité, accessibles à des loyers modérés, permettant aux locataires de ne pas devoir arbitrer entre leur logement et d’autres dépenses essentielles comme l’énergie. Personne ne peut nier cette réalité. En 2025, 35 % des ménages ont eu froid dans leur logement, soit à cause d’une mauvaise isolation soit parce qu’ils voulaient limiter leurs factures, tandis que 49 % ont souffert de la chaleur chez eux. Nos logements sont totalement inadaptés au dérèglement climatique, qui impose des conditions de vie dégradées à des millions de personnes, notamment les plus précaires.Face à cette crise, la seule réponse du gouvernement est de revenir sur l’interdiction des passoires thermiques et de réduire les aides à la rénovation.Dès l’année prochaine, les propriétaires pourront de nouveau réaliser des bénéfices sur le dos de la santé des locataires mais – attention – seulement s’ils s’engagent à mener des travaux dans les cinq prochaines années, ce qui paraît illusoire quand on sait que les contrôles sont quasi inexistants. Personne ne viendra vérifier si les travaux ont été faits. Bref, encore une fois, le gouvernement préfère la vitalité des comptes bancaires des propriétaires à la santé des locataires.Face aux bouilloires thermiques, nous défendons de véritables solutions. Boris Tavernier a notamment évoqué la proposition de loi déposée, à l’initiative de la Fondation pour le logement des défavorisés, par nombre de parlementaires, notamment par des membres de la minorité présidentielle. Or vous lui avez opposé, monsieur le ministre, une fin de non-recevoir. Pourtant, les températures extrêmes ont des effets directs : prolifération des nuisibles, humidité persistante ou encore développement de moisissures. La santé des Français est totalement liée à la qualité de leur logement. Par exemple, la présence de moisissures dans un logement expose à des maladies respiratoires – je pense au développement de l’asthme, notamment chez les plus fragiles.Puisqu’il est question des plus fragiles, venons-en à présent à la situation des enfants. Un sur cinq grandit dans un logement dans lequel se pose un problème d’humidité ou d’infiltration ou qui présente des moisissures. C’est une catastrophe, une négation du droit au logement digne et une violation des droits des enfants. Les enfants qui dorment dans des logements mal isolés subissent des températures extrêmes, ce qui nuit à leur sommeil et les expose à des maladies infectieuses. Un coup de chaleur peut même provoquer la mort. Par son inaction, le gouvernement condamne des milliers d’enfants à la maladie. Et que dire des 40 000 enfants qui passent leur jeunesse en hébergement d’urgence ou dans des abris de fortune ? Et des 2 000 enfants qui, chaque soir, dorment dans la rue, sans solution d’hébergement ?Le logement est la pierre angulaire du développement d’un enfant. Celui-ci est censé s’y sentir en sécurité, pouvoir y vivre et y manger dignement. Force est de constater qu’aujourd’hui ce n’est pas le cas.Nous l’avons tous dit : il y a urgence, en matière de rénovation du bâti privé, insalubre, mais aussi de rénovation du bâti public, ce bien commun des Français qui souffre cruellement d’un manque de moyens. Il est devenu impossible de s’occuper à la fois du manque de logements publics et de la rénovation du bâti, nécessaire pour que les gens puissent habiter dans de bonnes conditions. Ces problèmes ne constituent pas vraiment votre priorité. Nous sommes malheureusement gouvernés par des ministres qui n’ont aucun sens des responsabilités et ne se préoccupent guère de solidarité – et encore moins de justice sociale. Le gouvernement – et, plus largement, la Macronie depuis dix ans – a une vision uniquement budgétaire, idéologique et clairement inhumaine de ces questions.Lorsqu’on laisse des logements pourrir, les conséquences sur la santé des Français et des Françaises sont réelles. Dès lors, nous aimerions savoir si vous avez l’ambition de faire en sorte que les gens puissent se loger dignement.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).