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Discours du 25 juin 2026

Andy Kerbrat · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°285

Nous poursuivons le travail entamé par nos collègues écologistes, afin de compléter leur demande de rapport en introduisant la question des libertés fondamentales. Ne faisons pas comme si ce n’était pas le sujet ! Du point de vue du droit constitutionnel, le mariage est reconnu comme une liberté fondamentale. La décision du 13 août 1993 du Conseil constitutionnel précise que « la liberté du mariage » est « une des composantes de la liberté individuelle » et du « droit à mener une vie familiale normale », tout en admettant certaines limites : la bigamie, le mariage entre membres d’une même famille et l’absence de consentement des époux.Or vous entendez précisément intervenir dans le consentement des époux, deux personnes libres de leurs décisions communes quels que soient leurs statuts – étranger, avec ou sans titre, ou Français. Cette intervention directe au cœur d’une liberté fondamentale nous amène à la question majeure du danger juridique de ce texte. Sachez-le, les oppositions se mettront en ordre de marche pour saisir le Conseil constitutionnel car elles pensent que ces dispositions constituent une atteinte gravissime à une liberté fondamentale.Cependant, puisque le Conseil constitutionnel a déjà qualifié le mariage de liberté fondamentale, votre texte tombera à l’eau ! Chers collègues, cessons cette pitrerie, même si le ministre est un spécialiste des textes inconstitutionnels – on se souvient du texte sur l’immigration que le Conseil constitutionnel avait censuré au début de l’année 2024… (M. le président coupe le micro de l’orateur. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Cette discussion est fort intéressante s’agissant, au fond, de ce qu’est le mariage. Cette assemblée a déjà eu la chance – cela avait malheureusement donné lieu à beaucoup de messages haineux – d’en débattre en ce début de XXIe siècle ; c’est pourquoi Pierre-Yves Cadalen a tout à l’heure rappelé très justement la question du mariage LGBT.

Ce n’est pas directement lié au sous-amendement mais, pour que vous compreniez, je poursuis ma réflexion : il s’agissait déjà, à l’époque, de savoir qui pouvait se marier. Ce qui différencie clairement la droite de la gauche – et c’est normal – tient en l’occurrence au rapport à la citoyenneté, à ce qui est français ; pour notre part, nous considérons qu’un étranger, quel que soit son statut, en décidant de se marier avec une personne de nationalité française, décide de faire partie de la grande famille diverse, variée, extraordinaire, qu’est le peuple français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)En réalité, nous rejoignons donc nos débats concernant le mariage LGBT. Vous n’avez pas le droit, collègues, sous un prétexte quelconque – le genre, l’orientation sexuelle, la nationalité –, d’empêcher les gens de se réunir parce qu’ils s’aiment. Nous devrions prendre le mariage comme un pacte civil, celui que les penseurs de la Révolution ont voulu instaurer. En France, le mariage n’est pas une affaire de famille mais un contrat social, un contrat civique ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

Hein ? Quoi ? Personne ne dit ça !

C’est vrai !

Dans la continuité du travail effectué tout l’après-midi sur l’amendement de notre collègue Chatelain – l’excellente présidente du groupe Écologiste et social –, le présent sous-amendement vise à améliorer la demande de rapport sur les effets de la proposition de loi que nous examinons, laquelle présente un risque de contentieux administratif. (Mmes Ségolène Amiot et Léa Balage El Mariky applaudissent.)

Je le répète, nous parlons ici de 200, 300 ou 400 mariages sur les 280 000 mariages qui ont eu lieu chaque année dans notre pays – soit 0,00001 % des mariages en France. En défendant une proposition de loi aussi large sur la question des personnes qui sont sous OQTF – je tiens à préciser qu’une grande partie de ces personnes le sont parce que l’État est défaillant dans ses politiques d’accueil des étrangers et d’obtention des titres de séjour –, vous prenez le risque de créer des contentieux majeurs, à un moment où les tribunaux administratifs sont complètement engorgés – nous pouvons le constater puisque nous avons tous des rapports avec nos juridictions.Personnellement, je pense il n’y a pas d’utilité, pour 200 ou 300 cas, à venir engorger encore plus nos tribunaux administratifs, dont la charge de travail est déjà si lourde. C’est pour cela que nous demandons de substituer aux mots « en particulier », le mot « notamment ». (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Par ce sous-amendement, nous persistons dans notre tentative d’obtenir le rapport le plus complet possible pour mesurer l’effet de votre proposition de loi relative à la lutte contre les mariages blancs, gris, arrangés et que sais-je.Mon collègue Louis Boyard a évoqué la décision du Conseil constitutionnel du 13 août 1993 qui, de notre point de vue, règle la question en reconnaissant le mariage comme liberté fondamentale ; ici, nous nous attachons à un autre concept, celui de liberté matrimoniale, qui fait partie des libertés fondamentales.La liberté matrimoniale est reconnue par une ordonnance de 2010, qui avait déjà pour but de lutter contre les mariages illicites ou frauduleux. C’est bien la preuve que le droit permet déjà de traiter les cas de mariage sous emprise et que votre texte ne fait rien d’autre que de jeter la suspicion sur des personnes qui vous déplaisent, à savoir les étrangers, particulièrement les étrangers en situation irrégulière. D’après cette ordonnance, « La liberté matrimoniale recouvre la liberté de choisir de se marier ou de ne pas se marier ainsi que la liberté de choisir son conjoint. »Votre proposition de loi contrevient directement à la liberté de choisir son conjoint ! Vous prenez prétexte de la nationalité – motif fallacieux fondé sur votre crainte et votre suspicion permanentes à l’égard de tout étranger, en qui vous voyez une menace – pour retirer aux personnes le droit de choisir leur conjoint. Cela pose un vrai problème constitutionnel. Si ce texte devait être adopté – nous espérons n’en jamais arriver à cette extrémité –, nous nous ferions un plaisir de saisir le Conseil constitutionnel.

Dans le cadre du rapport que demandent la présidente Chatelain et nos collègues écologistes sur les effets de la loi qui nous occupe, nous voulons ajouter la mention « et le droit à ne pas être discriminé ».Permettez-moi, monsieur le président, un très bref écart qui se rapporte aux couleurs des mariages. L’histoire de la nuptialité en France est complexe. Le mariage ne s’est pas toujours limité au sentiment amoureux manifesté par un partenariat, un pacte, un contrat entre des individus. De l’Antiquité romaine à l’Ancien Régime, il était principalement une façon de gérer le patrimoine en défendant ses intérêts.Quel est le lien avec la discrimination ? Cela peut paraître un peu tiré par les cheveux. Cependant le mariage a aussi servi pendant très longtemps de méthode de protection pour les minorités. On parle toujours du mariage blanc ; pour ma part, je connais très bien le mariage lavande. Dans les périodes de criminalisation de l’homosexualité, en France, aux États-Unis, il arrivait qu’un homme homosexuel se marie avec une femme hétérosexuelle pour pouvoir faire passer cette alliance pour un couple « normal » et donc ne pas être discriminé du fait de sa sexualité.Ici, ce sont bien les étrangers sous OQTF qui sont visés, ou plutôt les étrangers irréguliers qui le sont peut-être en raison de défaillances de l’administration française – nous ne débattons pas de cette question, je vous l’accorde. Mais votre proposition de loi est discriminante car vous considérez à travers elle que seuls les étrangers irréguliers n’auraient pas le droit de se marier avec des Français. Entre nous, je n’ai pas trop de doutes, je pense que vous visez surtout ceux qui viennent de pays qui ne vous vont pas. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous souhaitons la bienvenue parmi nous au ministre Jean-Didier Berger. Nous allons pouvoir poursuivre ces débats essentiels avec vous.

Permettez quand même que j’accueille le ministre !Vous l’avez compris, nous souhaitons qu’il soit fait mention de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans la demande de rapport formulée par la présidente du groupe Écologiste et social, Mme Chatelain.Permettez-moi de lire cet article…

…afin que tout le monde comprenne bien l’intérêt qu’il y a à le mentionner : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »Nous avons beaucoup défendu la liberté individuelle et la liberté matrimoniale, mais j’insisterai ici surtout sur le fait qu’il y a de grands risques que ce texte soit inconstitutionnel. Cet amateurisme législatif nous inquiète fortement, surtout de la part de quelqu’un d’aussi expérimenté qu’Éric Ciotti. Celui-ci siégeait plutôt par là (L’orateur désigne les bancs du groupe DR) et il a été catapulté par là (Il désigne les bancs du groupe UDR) par son propre groupe après avoir tenté un coup de forcené.

Excusez-moi, monsieur le président, vous avez raison. J’en reviens à l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui consacre le droit de résistance à l’oppression. Quant à l’association politique, nous, nous savons pourquoi nous sommes là ; en face, on les connaît surtout pour association de malfaiteurs.

C’est dur de passer après ! Je soutiens la demande d’excuses qui vient d’être faite par notre collègue (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe SOC. – M. Marcellin Nadeau applaudit également) et je pense parler au nom de mon groupe pour cette affaire-là !

Je vais essayer d’en revenir au fond du sujet, parce qu’il y a quand même un sujet malheureux : votre proposition de loi inique, absurde, inutile et raciste – nous l’avons beaucoup dit.Le présent sous-amendement, comme les autres, vise à améliorer la proposition de notre collègue Chatelain de remise d’un rapport, par des ajouts destinés à mieux cibler les sujets que nous souhaitons étudier à partir des problèmes posés par le texte. Ici – cela a été dit –, nous souhaitons un rappel à l’article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, aux termes duquel : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. »Ce qui nous intéresse ici, c’est votre capacité à créer du contentieux, qu’il s’agisse du contentieux au tribunal administratif – une collègue socialiste l’a très bien expliqué –, du contentieux juridique – c’est votre spécialité parce que vous écrivez mal la loi – et, en l’espèce, du contentieux conventionnel européen.Pour des gens qui ont soûlé tout le monde avec la construction européenne, réussir à faire du contentieux conventionnel européen, c’est assez extraordinaire ! Précisons que la Cour européenne des droits de l’homme a déjà tranché la question du mariage au sein de l’Union. Les mariages se rapportent à la question du consentement. Le consentement – nous l’avons expliqué – suppose deux parties qui sont d’accord pour faire ce contrat, cette union. Or vous intervenez dans ce contrat et dans cette possibilité de consentement. En cela, nous trouvons que votre texte est dangereux car, en plus d’être inconstitutionnel, il est non conventionnel, et franchement… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).