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Discours du 28 janvier 2025

Angélique Ranc · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°85

Cette proposition de loi est particulièrement importante : elle concerne les femmes, et les hommes, touchés physiquement et psychologiquement par le cancer du sein et les traitements spécifiques qui leur sont administrés.Les chiffres sont connus, ils ont été rappelés tout au long de cette séance, mais on ne mesure pas suffisamment l’importance de ce fléau. Lorsque les statistiques indiquent qu’une femme sur huit contracte le cancer du sein, cela signifie qu’une femme sur huit, dans cet hémicycle, est susceptible d’être touchée par la maladie. Une femme sur huit dans notre entourage ou dans notre famille pourrait faire partie des 61 000 nouveaux cas dépistés chaque année, qui font de la France le pays qui a connu le plus fort taux d’incidence au monde en 2022. La lutte contre le cancer du sein est donc un enjeu national !Dans ces conditions, la proposition de loi n’est pas superflue, mais absolument nécessaire. Et il nous appartient à nous, législateurs, d’accompagner au mieux nos compatriotes dans la souffrance, afin de ne pas ajouter à l’enfer du cancer le fardeau des restes à charge et des contraintes administratives.En première lecture, nous avions formulé des préoccupations sur le contenu du texte. De nombreuses réserves ont finalement été levées grâce, entre autres, aux votes du groupe Rassemblement national qui a fait évoluer positivement la version initiale.Cependant, toutes nos propositions n’ont pas été entendues et je le déplore. Ainsi, je m’interroge : pourquoi le tatouage tridimensionnel définitif de l’aréole n’est-il pas intégré ? Ne devrait-il pas être financé pour aider les patientes à se reconstruire, tant physiquement que psychologiquement, après une reconstruction mammaire post-mastectomie ? Pour l’instant considéré comme un acte non médical, ce tatouage en 3D n’est pas remboursé par l’assurance maladie.Ensuite, qu’en est-il de l’accès à des transports adaptés à l’issue de séances de radiothérapie ou de chimiothérapie ? Comment se fait-il que certains médecins imposent encore à leurs patientes d’utiliser des transports partagés, malgré tous les effets secondaires qu’elles subissent ?Enfin, pourquoi n’est-il jamais question d’alléger les contraintes administratives liées à l’obtention de bons de transport ? Ne pourrait-on pas étudier la possibilité de créer un bon unique entre le domicile et l’hôpital, durant la totalité du traitement du cancer du sein ? Ou bien la possibilité d’automatiser ces bons de transport pendant les périodes de traitement par radiothérapie ou chimiothérapie ?Malgré la pertinence de nos propositions et nos efforts pour les inclure dans le texte, aucune d’entre elles n’a été conservée. En seconde lecture, la règle de l’entonnoir s’est même chargée de les écarter définitivement. Il est pourtant impératif que cette proposition de loi soit la plus exhaustive possible, si nous voulons vraiment améliorer la situation des patients.Devant l’ampleur du phénomène, nous ne pouvons pas non plus nous contenter d’accompagner hypocritement ceux que nous aurions dû protéger plus tôt. Nous devons surtout combattre le mal à la racine. Je parle ici de la prévention, totalement absente du texte alors qu’elle devrait être une priorité. Si nous voulons protéger efficacement les Français les plus fragiles, il est urgent de concentrer les moyens sur le dépistage, en particulier pour les tranches d’âge auxquelles les femmes ont le plus de risques d’être affectées.Les chiffres de Santé publique France (SPF) indiquent deux tranches d’âge au cours desquelles l’incidence du cancer du sein augmente en flèche. C’est sur elles que nos efforts doivent se concentrer : la première se situe entre 40 et 50 ans, la seconde entre 60 et 70 ans. Les femmes âgées de 60 à 70 ans bénéficient déjà du programme de dépistage organisé généralisé, pris en charge à 100 %, ; il est nécessaire d’étendre le dispositif à celles âgées de 40 à 50 ans. À cet âge, non seulement le taux d’incidence du cancer augmente drastiquement, mais en plus, les traitements sont plus efficaces et les chances de guérison plus élevées. Cette ouverture de droits permettrait de déceler de manière plus performante les 20 % de cancers du sein qui se développent avant l’âge de 50 ans. Nous devons permettre aux femmes qui en sont écartées de bénéficier à leur tour de dispositions favorables, afin de dépister plus rapidement et plus efficacement leur cancer.C’est pourquoi nous avons souhaité intervenir sur ce sujet dans l’hémicycle lors des deux lectures de cette proposition de loi. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai interpellé le gouvernement, par le biais d’une question écrite publiée ce matin au Journal officiel, sur l’ouverture de droits à cette tranche d’âge particulièrement vulnérable. Au nom du groupe Rassemblement national, je tenais à vous remercier, monsieur le ministre, tant pour votre réactivité que pour avoir répondu à nos attentes ce soir.Bien que nécessaire, cette proposition de loi ne suffira pas à traiter le problème sur le fond. S’il est souhaitable d’accompagner financièrement nos compatriotes victimes d’un cancer du sein, il est surtout indispensable de traiter la question en amont. La prévention est la clé qui nous permettra de construire un système de santé plus juste et plus efficace. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).