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Discours du 1 juillet 2026

Anna Pic · Première session extraordinaire 2026 · séance n°1

Le processus de sincérisation budgétaire de la loi de programmation militaire 2024-2030 arrive à son terme après presque trois mois de parcours législatif. Sauf surprise, 36 milliards d’euros supplémentaires vont être ajoutés au budget de nos armées afin d’assumer un format jusqu’ici sous-financé, pour un total de 449 milliards d’euros sur la période. Nous l’avions souligné lors de l’examen du texte initial en 2023, raison pour laquelle nous avions conditionné notre vote pour la loi de programmation militaire à cette actualisation. L’épreuve du temps nous a donné raison.Ces crédits sont nécessaires à l’adaptation de notre outil de défense dans un contexte de retour des impérialismes conquérants. Je pense évidemment au recomplètement capacitaire, à l’utilisation toujours plus poussée des technologies de rupture sur les théâtres d’opérations ou encore à la modernisation de notre outil de dissuasion.Ils sont nécessaires pour envoyer un message à nos compétiteurs : la France n’a aucune intention belliqueuse et ne recherchera rien d’autre qu’une paix juste à travers le monde, mais elle n’acceptera pas que ses intérêts soient menacés.Ils sont nécessaires, enfin, à la reconnaissance de la nation envers nos engagés, qu’ils soient militaires d’active, réservistes ou civils.Malheureusement, ces 36 milliards d’euros pourraient très vite s’avérer insuffisants. Non pas qu’il faille impérativement mettre sur la table de nouveaux crédits, comme nous avons pu l’entendre ici et là, lors de la navette parlementaire, dans une forme de course à l’échalote budgétaire, mais ces 449 milliards d’euros seront très vite insuffisants s’ils ne s’accompagnent pas d’un travail substantiel sur notre doctrine comme sur notre modèle d’armée et son rôle renouvelé au sein de l’architecture de sécurité collective du continent européen. Ce n’était pas l’objet du présent texte, comme cela nous a été répété à l’envi. Nul doute que le futur Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, dont nous nous satisfaisons d’avoir obtenu la mise en place en juillet 2027 plutôt qu’en 2028, ainsi que la prochaine échéance présidentielle, contribueront à apporter des réponses à ces questions.S’agissant de l’actualisation qui nous occupe aujourd’hui, plusieurs mécontentements et alertes persistent à la suite de l’adoption du texte en commission paritaire.En premier lieu, nous ne savons toujours absolument rien des mesures envisagées pour financer les crédits supplémentaires, en dépit des alertes sans ambiguïté du Haut Conseil des finances publiques (HCFP). Ne préemptons pas les débats du projet de loi de finances, nous avez-vous répondu. Soit. Laissez-moi néanmoins vous rappeler que si l’argent magique n’existe pas pour nos hôpitaux, nos écoles ou l’adaptation au dérèglement climatique, il n’existe pas plus pour notre défense, aussi existentielle soit-elle. À cet égard, votre refus systématique, et même dogmatique, d’activer la clause dérogatoire nationale permettant d’exclure les dépenses de défense du calcul de la dette est difficilement compréhensible quand dix-huit autres pays, y compris l’Allemagne – pourtant très orthodoxe en matière budgétaire – y font déjà appel.La demande de rapport que nous avons votée ici pour nous éclairer sur les possibilités que nous offrirait une demande de dérogation auprès de la Commission européenne – dérogation que la Commission propose justement pour que l’effort de défense ne pèse pas trop fortement sur la cohésion sociale – a été rejetée au cours de la navette. Il aurait été en effet très gênant de constater que l’Europe ne nous oblige en rien à saigner nos services publics !Soyez assurés que les socialistes seront au rendez-vous cet automne pour mettre sur la table de nouvelles recettes permettant de financer cet effort de défense. Votre vision purement idéologique de la fiscalité nous a mis dans cette situation et nous ne saurions être comptables de l’affaiblissement de l’État que vous avez organisé au cours des dix dernières années.Notre seconde inquiétude porte sur la récurrence, sous prétexte souverainiste, de la priorisation de l’angle industriel franco-français pour nos matériels. Dans le cadre de la nouvelle architecture de sécurité collective que nous appelons de nos vœux et des besoins évidents en matière d’interopérabilité, il nous faut travailler à des partenariats industriels européens. À rebours de l’élan politique porté dans le cadre de la coalition des volontaires, pourquoi porter une vision réductrice de la souveraineté et privilégier le chacun pour soi en matière de défense, sinon pour satisfaire quelques élus prétendument patriotes qui jouent contre leur propre camp ? Souhaitons-nous sérieusement voir émerger cinq chars ou cinq avions de chasse européens différents mis en concurrence sur le marché ? Les Américains, notamment, s’en frotteraient les mains.Malgré cette glissade nationaliste que nous déplorons vivement, nous voterons en faveur de ce texte parce que les besoins sont réels et parce que nous faisons confiance à la direction générale de l’armement et aux états-majors pour nous dire, dès l’an prochain, lors des travaux relatifs au prochain Livre blanc, ce dont nous avons réellement besoin eu égard aux différents retours d’expérience et aux choix tant de doctrine que de format que nous, parlementaires, serons amenés à faire. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, sur quelques bancs du groupe EPR ainsi que sur les bancs des commissions.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).