Discours du 8 janvier 2026
Anne-Cécile Violland · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°106
Je remercie le groupe LIOT d’avoir pris l’initiative de demander l’organisation de ce débat, au croisement des enjeux agricoles, économiques, environnementaux et territoriaux. Il engage l’avenir même de nos exploitations, confrontées à des aléas climatiques de plus en plus fréquents, intenses et imprévisibles.Le constat est largement partagé : la réforme de l’assurance récolte appliquée en 2023 était devenue indispensable car le dispositif antérieur ne permettait ni de sécuriser durablement les revenus agricoles, ni d’organiser une mutualisation efficace des risques, ni de garantir la soutenabilité financière du système pour les finances publiques.Le nouveau dispositif, qui repose sur le partage du risque entre l’exploitant, l’assureur et la solidarité nationale, présente une architecture claire, lisible, et cohérente. Il distingue les aléas courants, qui relèvent de la gestion de l’exploitation, les aléas significatifs, couverts par l’assurance multirisque climatique subventionnée, et les aléas exceptionnels, qui justifient l’intervention de l’État. Ce cadre permet de mieux cibler l’effort public, tout en incitant davantage à la couverture assurantielle.Les premiers éléments chiffrés vont dans le sens d’une diffusion encourageante de l’assurance récolte. En 2023, les surfaces assurées ont progressé de manière significative, avec une hausse de plus de 30 %. Certaines filières historiquement peu couvertes, comme l’arboriculture ou les prairies, ont connu des évolutions notables.Néanmoins, cette diffusion reste limitée et hétérogène selon les filières. Après l’élan initial, la dynamique s’est ralentie en 2024 et 2025. Les taux de couverture demeurent très en deçà des objectifs fixés par le législateur à l’horizon 2030. Certaines productions continuent de rencontrer des difficultés spécifiques d’accès à l’assurance.Ce ralentissement ne s’explique pas uniquement par des paramètres techniques ou conjoncturels. Il est le produit d’une réalité plus profonde, bien identifiée : celle d’une culture assurantielle encore insuffisamment installée dans le monde agricole. Pour de nombreux agriculteurs, l’assurance récolte est perçue comme un coût certain pour se prémunir d’un risque considéré comme lointain ou incertain. Les années climatiquement favorables tendent à affaiblir l’incitation à s’assurer, tandis que les expériences d’indemnisations jugées insuffisantes, parfois mal comprises, nourrissent la défiance. Dans ces conditions, l’assurance peine à s’imposer comme un outil ordinaire de sécurisation du revenu.Cette difficulté est d’autant plus compréhensible que l’assurance multirisque climatique demeure, à l’échelle des pratiques agricoles, un outil relativement récent. Elle suppose un changement de logique : passer d’une attente de compensation a posteriori à une anticipation du risque intégrée dans la gestion courante de l’exploitation. Or ce changement ne se décrète pas : il s’accompagne.C’est pourquoi l’objectif central des prochaines années n’est pas de mettre en cause l’architecture de la réforme mais de la faire vivre. Cela passera par un effort accru de pédagogie, de transparence et de confiance.Cela suppose aussi que le dispositif continue d’être ajusté lorsque des dysfonctionnements sont identifiés, comme c’est le cas concernant l’assurance prairies – M. Thierry Benoit en a parlé. Celle-ci repose sur un indice de production des prairies fondé sur une analyse d’images satellitaires destinée à évaluer les pertes. Or de nombreux éleveurs estiment que cet indice ne reflète pas suffisamment les conditions agronomiques réellement observées sur le terrain, en particulier lors d’épisodes de sécheresse, de grêle ou d’inondation. Cette situation est particulièrement dommageable car la crédibilité de l’assurance repose sur sa capacité à refléter le plus fidèlement possible la réalité des pertes subies sur le terrain. Lorsque les indemnisations ne correspondent pas à ces pertes, les éleveurs peinent à percevoir l’intérêt du dispositif, ce qui freine leur adhésion et fragilise l’équilibre du système. Il apparaît donc aujourd’hui nécessaire de faire évoluer le mécanisme afin de mieux prendre en compte les réalités observées sur le terrain lors du calcul des indemnisations.Pour le groupe Horizons & indépendants, la priorité n’est donc ni de détricoter la réforme ni de céder à une logique de retour en arrière, qui enverrait un signal négatif tant aux agriculteurs qu’aux assureurs. En revanche, il est indispensable de faire évoluer le dispositif lorsque ses limites sont identifiées, en particulier s’agissant de l’assurance prairies, dans la continuité des ajustements engagés par la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur. Face à des aléas climatiques durables et de plus en plus marqués, l’assurance doit s’affirmer comme un pilier de la résilience économique de nos exploitations et un outil de sécurisation de leur avenir. D’une manière générale, le dérèglement climatique nous oblige à penser et à repenser l’évolution de notre modèle agricole dans sa globalité.Vous l’aurez compris : face à l’urgence de l’adaptation au changement climatique, le groupe Horizons & indépendants estime impératif de protéger les Français tout en permettant à notre pays de retrouver puissance et prospérité.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).