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Discours du 29 avril 2026

Anne-Cécile Violland · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214

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Parler aujourd’hui de la dégradation de la santé mentale des jeunes, ce n’est pas aborder un sujet parmi d’autres, mais se confronter à un signal faible devenu cri d’alarme.Un chiffre suffit à mesurer l’ampleur du défi : dans le monde, un jeune sur sept souffre de troubles mentaux. En France, la situation se dégrade depuis des années. Aujourd’hui, près d’un adolescent sur deux présente des signes d’anxiété et plus de la moitié des élèves déclarent des souffrances psychologiques régulières. Surtout, l’immense majorité de ces jeunes ne demandent pas d’aide.Derrière ces chiffres, il y a la réalité d’une génération qui, au-delà d’une sphère familiale parfois fragile, grandit dans un monde instable. Pandémie, conflits, pression scolaire, exposition permanente aux réseaux sociaux, angoisse climatique : autant de facteurs qui s’additionnent pour la fragiliser durablement.Cette crise n’est pas neutre : elle touche plus fortement les jeunes femmes, avec une explosion des hospitalisations en psychiatrie chez les 15-24 ans. Ce fait doit nous interpeller.Face à une demande de soins croissante, notre système peine à répondre. Nous faisons face à un paradoxe préoccupant : jamais les besoins n’ont été aussi importants, mais jamais l’offre de soins n’a été aussi contrainte.Dans certains territoires, il faut attendre plus d’un an pour accéder à un centre médico-psychologique. Les pédopsychiatres manquent, les parcours sont fragmentés et, faute de solution alternative, une réponse médicamenteuse est trop souvent apportée là où un accompagnement humain serait indispensable.À ces difficultés s’ajoute le manque de liberté de parole. Trop de jeunes n’osent pas parler et trop de souffrances restent invisibles.Certes, la France a pris conscience du problème. Des réponses ont été apportées : le dispositif Mon Soutien psy, le numéro national de prévention du suicide ou encore la montée en puissance des formations aux premiers secours en santé mentale.Arrêtons-nous sur ces dernières : former des citoyens, et notamment des jeunes, à repérer la détresse, à écouter, à orienter, c’est créer une société plus attentive, plus solidaire. C’est dans cette logique qu’a été déposée une proposition de loi transpartisane en 2025, dont on attend toujours l’inscription à l’ordre du jour de notre assemblée. J’en profite pour saluer l’engagement de Chantal Jourdan.Offrir à chaque jeune un relais et un soutien potentiels et permettre ainsi qu’une souffrance silencieuse soit entendue et écoutée, c’est le premier pilier de la prévention.Ne nous y trompons pas : ces mesures, aussi nécessaires soient-elles, ne suffiront pas si nous ne changeons pas de regard, car la santé mentale des jeunes ne se résume pas à une question médicale. Elle est liée à notre environnement.C’est là qu’intervient l’approche « une seule santé » – One Health –, selon laquelle la santé humaine est indissociable de l’environnement. Quand un jeune souffre d’écoanxiété face au dérèglement climatique, il ne manifeste pas une fragilité individuelle, mais répond rationnellement à un monde perçu comme menacé. Quand un adolescent vit dans un environnement urbain bruyant, pollué, sans espaces verts, son bien-être physique et psychique est directement affecté. Quand les inégalités alimentaires ou sociales s’accumulent, elles deviennent aussi des inégalités de santé mentale. La pandémie de covid-19 nous l’a rappelé brutalement : les crises sanitaires globales ont des conséquences psychologiques durables.Il ne s’agit plus seulement de soigner, mais de prévenir, et ce, dans toutes les sphères et dans tous les milieux. Il faut donc investir massivement dans la prévention, en généralisant les formations et en formant les adultes de référence pour les jeunes, mais aussi garantir un réel accès aux soins, partout, du territoire le plus rural au plus urbain.Il convient aussi d’intégrer les déterminants sociaux et environnementaux dans toutes les politiques publiques, et, surtout, de décloisonner la gouvernance pour faire travailler ensemble santé, éducation, environnement, recherche et aménagement du territoire.La force de la proposition de loi transpartisane est d’avoir créé un consensus politique sur des enjeux qu’on ne peut pas traiter en s’arrêtant à des positions dogmatiques. C’est de plus en plus rare dans notre hémicycle ; c’est donc encore plus précieux.Cette ambition doit continuer à s’étendre, car la santé mentale des jeunes n’est pas seulement un enjeu de santé publique, c’est un enjeu de société. Les maux de notre jeunesse ne sont que le reflet du monde que nous leur construisons. Soyons plus ambitieux et soyons plus bienveillants pour leur avenir. Sachons aussi les écouter.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).