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Discours du 26 janvier 2026

Anne Genetet · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°125

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Quel est le rapport avec le sujet ?

Qui a permis la prise en charge des consultations ?

On est en Australie ?

Cette motion de rejet préalable est pour moi, comme pour notre groupe politique, un renoncement coupable. Elle revient à refuser de voir l’urgence de santé publique qui met en péril un grand nombre de jeunes. Mme la rapporteure a rappelé que les jeunes avaient été associés à la consultation. Ils ont été presque 20 000 à y répondre.Avec cette motion de rejet, nous faisons face à une double faute, politique et morale. La faute politique, c’est, une fois de plus, La France insoumise qui refuse le débat.

Ce sujet peut susciter le débat, mais nous sommes dans l’enceinte du débat national. Une fois de plus, vous refusez le débat, guidés par votre idéologie : le « contrisme ».

La faute morale vous conduit à dire que vous souhaiteriez finalement que nous soyons les spectateurs de ce drame sanitaire. C’est tout à fait inacceptable.Le ministre de l’éducation nationale a souligné qu’il y avait urgence en matière de santé publique : les jeunes passent trente-cinq heures par semaine sur des écrans, contre trente heures en cours. On sait quels effets cela a sur leur sommeil, leur concentration, leur attention. Or l’orientation demande du temps de réflexion, tout comme la lutte contre le harcèlement dont on peut être victime.

Cela n’est pas possible quand on a moins de 15 ans et que l’on est otage, pris au piège des réseaux sociaux.

Vous êtes coupables de vouloir offrir un blanc-seing à ceux qui veulent acheter du temps de cerveau de nos enfants – c’est inacceptable.Pour conclure, je pense à toutes les familles dont les enfants ont été des victimes prises au piège d’une spirale – le « trou de lapin » comme disent les chercheurs – qui les enferme dans une situation de non-choix. Ils sont privés de leur liberté de choix. On ne leur permet pas d’apprendre à choisir, notamment leur destin.

J’aurai donc une pensée pour ces familles ainsi que pour les 75 % de jeunes qui attendent l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Pour toutes ces raisons, nous voterons contre cette motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

C’est ce qu’on fait !

Permettez-moi un pas de côté, une projection vers l’avenir. Imaginons que nous ne soyons pas en 2026, mais en 2046. Imaginons que je m’adresse à mes petits-enfants. Et qu’ils me demandent : « dis-moi, quand tu étais députée, qu’avez-vous fait quand vous avez compris que des réseaux sociaux détruisaient nos cerveaux d’enfant ? ».

Je voudrais alors pouvoir leur répondre…

…sans détour. Je voudrais pouvoir leur dire que, lorsque les signaux sont devenus alarmants et impossibles à ignorer, nous n’avons pas détourné le regard. Que lorsque les données scientifiques se sont accumulées, lorsque les alertes sanitaires, éducatives et psychiques ont convergé, nous avons agi. Je voudrais pouvoir leur dire que, ce jour-là, la représentation nationale n’a pas traité ce sujet comme un débat abstrait ou technique, et encore moins politique (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP),…

…mais comme ce qu’il était réellement : une urgence de santé publique. Une urgence qui touche le développement cognitif, le sommeil, l’attention, l’estime de soi, la santé mentale de millions d’enfants – de nos enfants. Une urgence qui engage notre responsabilité collective d’adultes, de législateurs, de protecteurs.Je voudrais leur dire que la France – et particulièrement le président de la République – n’a pas attendu. Qu’elle a été précurseur, qu’elle a soutenu ce combat avec constance, avec audace, avec courage politique. Que des responsables ont pris ce sujet à bras-le-corps, bien avant qu’il ne s’impose dans l’opinion. Merci à Gabriel Attal qui a, très tôt, fait de la protection des enfants face aux dérives du numérique un axe politique fort, assumé et structurant. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Je voudrais leur dire que des travaux parlementaires rigoureux ont mis en lumière, preuves à l’appui, les mécanismes délétères de plateformes conçues pour capter, pour retenir, pour enfermer. Merci à ma collègue Laure Miller, rapporteure de la commission d’enquête sur les effets psychologiques des plateformes sur les mineurs, pour son engagement sincère et la force de son travail. Je voudrais leur dire aussi que le gouvernement a soutenu cette démarche, en donnant à ce texte les moyens d’être débattu rapidement – merci, madame et monsieur les ministres.Je voudrais leur dire, enfin, que l’Europe a avancé, que le cadre européen a fixé des principes essentiels. Mais que nous avons eu la détermination d’aller plus loin lorsque la protection des enfants l’exigeait, parce que nous avons eu la lucidité de reconnaître les limites de ce cadre et le manque de courage à le faire appliquer vraiment.Le texte que nous examinons n’est pas parfait ; mais il est indispensable. Il pose une borne claire : avant 15 ans, l’accès aux réseaux sociaux n’est jamais anodin, il n’est jamais neutre et il ne doit donc pas être accepté sans garde-fous. Il affirme un principe simple : quand un risque grave est établi, la loi doit protéger.

Je voudrais pouvoir dire à mes petits-enfants que nous avons refusé l’inaction. Parce que l’inaction aurait été une faute. Parce que ne rien faire aurait signifié accepter que des enfants soient exposés, seuls, à des logiques économiques prédatrices. Parce que protéger l’enfance, ce n’est pas la restreindre, c’est lui permettre de s’ouvrir, de grandir.Je voudrais finalement leur dire que nous avons aussi protégé l’école,…

…que nous avons réaffirmé qu’elle devait rester un lieu d’attentio, un lieu de relations réelles, un lieu d’émancipation intellectuelle. Un lieu où l’on apprend à penser, pas à scroller. Protéger notre jeunesse, ce n’est pas la vendre au plus offrant. C’est tenir notre promesse républicaine : celle de transmettre à tous nos enfants, sans distinction, sans discrimination, la capacité à penser librement.

Si, dans vingt ans, mes petits-enfants me posent la question, je veux pouvoir leur répondre ceci : nous savions…

…et nous avons agi. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR ainsi que sur ceux des commissions.)

Même si la réécriture proposée pour l’article a déjà été longuement présentée, je souhaite rappeler qu’il ne s’agit pas d’interdire aux jeunes l’accès à internet. Ils pourront toujours consulter les encyclopédies en ligne, les contenus éducatifs et culturels ou encore des messageries privées. Le texte ne vise pas à les couper de leur monde numérique, mais à en retrancher des contenus dont il a été prouvé qu’ils étaient délétères.À cet égard, le DSA peut apparaître comme une contrainte, mais il constitue en réalité une chance. Les normes européennes visent à protéger les consommateurs et les citoyens que nous sommes. En voyant de grandes puissances servir leurs intérêts sans se soucier de protéger leurs citoyens, nous devrions nous réjouir de disposer de ces normes, dont beaucoup ont d’ailleurs un effet extra-européen. Exigeons donc l’application complète du Digital Services Act, le règlement sur les services numériques, réjouissons-nous de pouvoir aller plus loin en droit français et agissons au bénéfice de nos jeunes.

Ce n’est pas l’objectif du texte !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).