Discours du 21 juillet 2026
Anne Genetet · Première session extraordinaire 2026 · séance n°23
Vous refusez tous les budgets !
Cette motion de rejet préalable est totalement incompréhensible. Voilà des mois que nous travaillons et que nous auditionnons. Nous avons entendu les témoignages des scientifiques, la détresse des parents, la souffrance des jeunes confrontés à ces réseaux sociaux et les difficultés de nos enseignants face à ce constat. Tous nous appellent à l’aide. Tous nous demandent un point d’appui qui leur permettra d’expliquer à nos jeunes que les réseaux sociaux ne sont pas faits pour eux.J’ai dit que la motion était incompréhensible, mais il y a bien un fait que je comprends et que la rapporteure Laure Miller rappelait tout à l’heure : à travers le propos de M. Boyard, nous entendons qu’il cautionne et soutient le discours des grandes plateformes.
Elles travaillent sur l’économie d’une attention qu’elles captent, elles accaparent le cerveau de nos enfants. Or ce que nous souhaitons protéger pour eux, c’est la liberté d’apprendre sans ces outils qui leur broient totalement le cerveau.
Nous avancerons au fur et à mesure. Nous corrigerons, nous améliorerons le dispositif pour faire en sorte de protéger un maximum de nos jeunes. La proposition de loi nous permettra de les protéger ; au nom de tous ceux qui en bénéficieront, nous pourrons en être fiers.Pour toutes ces raisons, notre groupe votera contre cette motion de rejet préalable, qui prouve une nouvelle fois que La France insoumise soutient les grandes plateformes américaines. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
« Trop tard. » Ces deux mots, je ne veux jamais les entendre prononcer à propos d’un enfant. Trop tard pour apprendre, trop tard pour protéger, trop tard pour agir ; aujourd’hui, nous refusons qu’il soit trop tard. Il y a six mois, dans cet hémicycle, je vous ai parlé de mes petits-enfants. Je les imaginais me poser une seule question : « Vous avez fait quoi quand vous avez compris ? » La réponse, c’est ce texte, dont nous pouvons être fiers. La France franchit ici et maintenant une étape décisive : elle choisit de protéger ses enfants. Tous ensemble, nous pourrons leur dire que nous n’avons pas attendu que les dégâts soient irréversibles,…
…que nous n’avons pas cédé à la facilité du « c’est pas le moment », du « on verra plus tard », du « c’est pas possible ».
Ce texte constitue une avancée majeure : nous sommes le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Je forme le vœu que beaucoup d’autres pays européens empruntent à leur tour le chemin que nous traçons ainsi. Nous ne pouvons plus laisser croire que le numérique relève uniquement de la responsabilité individuelle des familles. Ce n’est pas vrai : lorsque des entreprises parmi les plus puissantes au monde conçoivent des outils pour capter l’attention de nos enfants, quand leur modèle économique repose sur le temps qu’ils passent devant un écran, alors la puissance publique a le devoir d’intervenir. C’est exactement ce que nous faisons.
Nous protégeons la jeunesse mais aussi l’école : c’est tout l’objet de l’interdiction du téléphone portable au lycée.
Cette mesure n’est pas contre la technologie, mais pour l’attention, pour la concentration, pour les échanges entre les élèves, pour des salles de classe où l’on regarde son professeur plutôt que son écran, où l’on débat plutôt que de scroller, où l’on apprend à penser plutôt qu’à buller.Rien de tout cela ne serait arrivé sans une volonté politique. Je remercie tous ceux qui ont rendu ce texte possible : notre collègue rapporteure Laure Miller, dont la détermination et le travail remarquable ont permis cet aboutissement, Gabriel Attal, notre président de groupe, qui, lorsqu’il était premier ministre, érigeait déjà la protection des enfants en priorité politique, bien avant que le sujet ne devienne consensuel, et le président de la République, qui a très tôt assumé cette ambition. Je veux dire aussi ma gratitude à tous les collègues qui, au-delà de leurs sensibilités politiques, ont accepté de regarder les faits, qu’il s’agisse des études scientifiques ou des témoignages douloureux des familles que nous avons entendues, de la souffrance de trop nombreux enfants, des drames qu’ils ont subis.Bien sûr, ce texte ne réglera pas tout. Il faudra veiller à son application et continuer à agir au niveau européen et à accompagner les parents. Mais aujourd’hui, nous faisons ce que la République doit toujours faire : protéger les plus faibles avant qu’il ne soit trop tard. Nous devons refuser qu’un enfant soit une cible commerciale ou, pire encore, une donnée de consommation. Chaque enfant est un trésor, une promesse, un avenir. Notre assemblée lui dit une chose très simple, qui nous honore toutes et tous : ta liberté vaut plus que leurs algorithmes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).