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Discours du 26 mai 2026

Annie Genevard · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°246

Comment pouvez-vous dire que la viticulture est la grande oubliée des politiques agricoles du gouvernement ? Je travaille constamment avec les viticulteurs et je ne vais pas, au risque d’y voir passer tout mon temps de parole, vous énumérer toutes les mesures que nous avons déployées ces derniers mois pour les aider à faire face à la crise violente que traverse le secteur.Parmi les mesures exceptionnelles, mon ministère a ainsi permis, par dérogation, l’épandage par drone dans les vignes inondées qui ne permettent pas l’usage d’engins terrestres. L’usage de drones en agriculture est, permettez-moi de le rappeler, soigneusement réglementé au niveau européen (« Ah… » sur quelques bancs du groupe RN) : il est interdit sauf en cas de conditions qui empêchent manifestement d’utiliser d’autres moyens. C’est exactement ce qui s’est passé dans votre région, l’Occitanie, et plus largement dans les régions du sud : compte tenu de l’urgence, nous avons autorisé le recours aux drones.La proposition de loi de votre collègue Jean-Luc Fugit permettra sous peu l’utilisation de drones dans certains types de situations – notamment pour épandre des produits de biocontrôle –, pour les parcelles de vigne en pente, les vignes mères et les bananeraies. Vous dénoncez une technocratie, mais vous pouvez sûrement comprendre la nécessité d’encadrer l’utilisation des drones par des règles. (Mme Stéphanie Galzy proteste.) Mon ministère a été très réactif, répondant à l’urgence dans les meilleurs délais pour limiter l’infestation de champignons, conséquence du niveau d’humidité. Je suis très mobilisée pour la filière viticole, qui a toute mon attention.

Ce n’est pas sérieux et c’est injuste ! Vous devriez dire le contraire.

Comme nous ne prendrons pas toujours la parole ou que nous le ferons brièvement en réponse à tous vos amendements, voici quelques mots liminaires pour fixer le cadre de notre réflexion.Merci aux orateurs des différents groupes. C’est vrai, le loup charrie beaucoup d’émotions, beaucoup de passions et beaucoup de tristesse aussi. C’est bien normal, tant est immense la détresse des éleveurs qui, rejoignant leur pâture le matin, y découvrent des bêtes mortes ou, pire, agonisantes.Dans mon territoire, qui connaît lui aussi la présence du loup, il faut entendre les éleveurs parler des bovins. Une attaque est terrible pour une brebis, mais pour un bovin…

…ou un cheval, elle est affreuse. Ces animaux étant plus gros, ils sont dévorés par les parties les plus molles de leur corps, leurs mamelles. Nous devons avoir conscience de cette réalité, nous qui défendons tous, et à juste titre, le bien-être animal !Je voudrais également évoquer la détresse des éleveurs. Vous avez été nombreux – Mme Allemand, Mme Bonnivard, M. Bentz – à l’évoquer. Moi, je l’ai vue. J’ai vu des éleveurs de chez moi,…

…de solides gaillards – vous les connaissez bien, monsieur le député –, qui n’ont pas l’habitude de s’épancher, pleurer ! J’ai vu des familles traumatisées, des éleveurs en dépression. C’est une réalité humaine que nous n’avons pas le droit d’ignorer : je parle des répercussions sur les éleveurs, leur santé et celle de leur famille.Le loup est une espèce protégée. Personne, ici, ne dira le contraire. C’est aussi un prédateur, qui détruit le travail de nos éleveurs et étend de plus en plus sa présence. Il décourage les éleveurs de s’installer – je rappelle souvent l’exemple frappant de la Haute-Marne où pas un éleveur d’ovins ne s’est installé en 2025 ! Les éleveurs sont découragés !Permettez-moi de vous rappeler quelques données. En 2025, nous avons connu 4 400 attaques, en hausse de 8 % ; 12 500 victimes, en hausse de 11 % ; 61 départements ont été concernés. Face à cette réalité, environ 190 loups ont été éliminés, pour une population désormais établie à 1 082 individus. Surtout, le territoire du loup s’étend : nous avons relevé 37 % d’attaques supplémentaires dans les territoires d’expansion, et 23 % de bêtes victimes en plus.Bien sûr, madame Meunier, personne ne vous contredira : la protection des troupeaux est une des solutions. C’est pourquoi nous lui consacrons, chaque année, 40 millions d’euros de fonds publics. Mais elle ne règle pas tout.Vous vous insurgez contre le fait que les troupeaux de bovins ne soient pas protégeables ; c’est ce qui a été inscrit dans la loi d’orientation agricole lancée par mon prédécesseur Marc Fesneau. Si nous y revenons dans ce texte, c’est parce qu’il faut actuellement déposer une demande d’autorisation pour procéder à un tir de défense, là où nous voulons passer, comme pour les autres espèces, au régime déclaratif – s’il n’y avait qu’une seule raison de voter en faveur de cet article, ce serait celle-là, eu égard à l’élevage bovin.L’article 14 ne se limite toutefois pas à cela. D’abord, il transcrit en droit français la modification du statut de protection du loup dans le droit européen ; ensuite, et surtout, il consacre le principe selon lequel il faut tenir compte du niveau de prédation et de la pression exercée par celle-ci : il faut bien sûr tenir compte de l’état de conservation de l’espèce, mais aussi de l’état de la prédation et de ses conséquences sur l’élevage.Je conclurai sur ce point : n’oublions pas, à côté de l’article 14, les arrêtés qui régissent la gestion et le niveau de prélèvement du loup et que nous avons pris avec mon collègue Mathieu Lefèvre et Monique Barbut, ministre de la transition écologique – Mathieu Lefèvre a particulièrement travaillé sur cette question à mes côtés.Je m’adresse ici à tous ceux qui sont attachés à l’amélioration du dispositif de prélèvement : ces arrêtés ont prévu un relèvement du plafond de tir de 19 % à 21 %, voire à 23 % si nécessaire – nous sommes passés ainsi de 192 à 227 loups prélevés ; le passage du régime d’autorisation au régime de déclaration préalable ; la possibilité d’un tir de défense, même lorsque l’élevage ne dispose pas de moyens de protection ; la possibilité, en cas de dommage exceptionnel, de bénéficier du déploiement de la brigade mobile d’intervention (BMI) de l’Office français de la biodiversité (OFB) ou d’une battue administrative, y compris pour les élevages non encore protégés – cette possibilité étant ouverte toute l’année, sauf en période de reproduction ; enfin, l’association la plus étroite possible de la profession agricole à toutes les décisions de mise en œuvre des battues. Ces mesures sont des avancées. Elles peuvent paraître modestes aux yeux de ceux qui voudraient aller plus loin – nous y reviendrons au cours du débat –, mais les éleveurs, eux, en ont mesuré l’importance.Il faut agir vite et fort. Nous ne laisserons pas des animaux d’élevage mourir car cela démotive nos éleveurs, et c’est inacceptable. L’article 14 crée un régime spécifique, sécurise encore davantage les textes réglementaires et procède à quelques assouplissements, notamment pour ce qui concerne les bovins. Son adoption est indispensable. Je remercie chacun de l’attention qu’il lui portera. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR.)

Non !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).