Discours du 12 mai 2026
Antoine Valentin · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°231
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Il est dans la vie d’une nation des dates qui ne figurent dans aucun livre d’histoire et qui pourtant en disent davantage sur l’état d’une République que les grands traités. Le 30 mars 2025 est de celles-là. Ce jour-là, dans une commune de ma circonscription, située au pied des massifs de Haute-Savoie, un adolescent de 17 ans a déposé sa vie.Il s’appelait Yanis. Il avait l’âge où l’on rêve, l’âge où l’on aime, l’âge où l’on s’apprête à entrer dans le monde des adultes en croyant qu’il sera plus juste que celui des enfants. Je veux saluer la présence ici de ses parents, Farid et Delphine, de son frère, Lounis, ainsi que sa mémoire.Yanis venait d’apprendre, non par l’État, non par la justice, non par la voix solennelle d’un magistrat, mais par son père qui le tenait lui-même d’une connaissance, que l’homme qui avait brisé son enfance, plusieurs fois condamné pour agression sexuelle aggravée en récidive légale, marchait à nouveau libre sur les chemins de Haute-Savoie, à moins de 3 kilomètres de chez lui – 3 petits kilomètres : la distance d’une promenade, la distance d’une rencontre fortuite, la distance d’un cauchemar redevenu géographie.Arrêtons-nous, mes chers collègues, sur l’arithmétique de cette tragédie.Cinq années de prison ont été prononcées, vingt-huit mois purgés. Il manque plus de la moitié de la peine, trente-deux mois que la République s’était solennellement engagée à faire purger et qu’elle a laissés filer dans le silence administratif. C’est dans cet écart entre la parole donnée à la victime et la parole tenue par l’État que se loge, depuis trop longtemps, le malheur français.Le texte que nous examinons ce soir répare une partie de cette honte. Il transforme un droit facultatif en une obligation. Il fait passer la victime de la marge du procès à son cœur. Pour cela, nous le voterons. Nous le voterons parce qu’il fallait, en mémoire de Yanis, qu’aucune victime de France n’apprenne plus jamais par un bavardage une nouvelle aussi terrible.Mais nous voulons dire ici ce que ce texte ne fait pas. Informer une victime que son agresseur est dehors n’a jamais arrêté un agresseur. La notification n’est pas la protection. Prévenir n’est pas empêcher. Ce que Yanis attendait de l’État, ce n’était pas qu’on lui annonce une libération : c’était qu’il n’y ait pas de libération. Pas après seulement vingt-huit mois. Pas pour un homme multicondamné. Pas à 3 kilomètres de chez lui. Voilà pourquoi nous disons avec gravité : ce texte est un seuil, il n’est pas une réponse. La réponse, elle, exigera davantage de courage : des peines réellement exécutées ; des peines planchers assumées pour les récidivistes ; la rétention de sûreté lorsque la dangerosité persiste. Que la République cesse de trembler là où elle devrait protéger !La pédocriminalité n’est pas une question parmi d’autres. Elle touche à ce que nous sommes en tant que civilisation, à l’idée qu’il existe, dans le contrat moral français, un seuil en dessous duquel nous ne descendrons jamais. Et ce seuil, c’est l’enfance. Que cette lutte devienne enfin une grande cause nationale, avec les moyens, la doctrine pénale et la constance politique qui s’attachent à ce mot-là.Encore faut-il, pour que cette cause soit véritablement nationale, qu’elle le soit pour toutes les sensibilités de cet hémicycle. Nous nous souvenons tous de ces intellectuels de gauche et d’extrême gauche qui, il y a encore quelques années, défendaient publiquement des thèses infâmes aujourd’hui frappées d’un opprobre unanime.
Les indignations sélectives n’ont jamais protégé personne. Elles ne servent qu’à se donner bonne conscience à peu de frais.Nous voterons cette proposition de loi. Nous la voterons sans triomphe et même avec une forme de douleur, parce qu’elle laisse sans réponse la question plus grave : celle de savoir si nous serons demain capables de tenir la parole de fermeté que nous devons aux victimes de France.Que le décès de Yanis ne soit pas une parenthèse qu’on referme avec un texte : qu’il soit le commencement d’une exigence et que cette assemblée ne se contente plus jamais de plaindre les victimes après, quand il aurait fallu les protéger avant. La France ne se mesurera pas à ses indignations, mais aux peines qu’elle exécutera, aux récidives qu’elle empêchera et aux noms d’enfants qu’elle n’aura plus à graver. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).