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Discours du 4 juin 2026

Antoine Valentin · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°264

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Il y a quelques semaines, dans la circonscription que j’ai l’honneur de représenter, un éleveur dont le troupeau a été abattu, il y a dix mois, dans le cadre de la dermatose nodulaire contagieuse des bovins, et qui a attendu près de neuf mois pour bénéficier des dernières indemnisations, me disait, entre deux phrases : « Nous ne sommes pas faits pour demander de l’aide ».Cette phrase, on l’entend partout dans le pays ; elle dit tout : le silence comme culture, la résistance comme dignité, et derrière, parfois, l’irréparable.Trois cents agricultrices et agriculteurs se suicident chaque année – presque un par jour. Ce chiffre, qui devrait tous nous horrifier, ne fera cependant l’objet d’aucun grand débat national ni d’aucune une de journal. Pourtant, il est là, têtu et accablant, comme un aveu collectif de notre incapacité à regarder en face ce que vivent ceux qui nous nourrissent.La situation ne reste pas sans réponse : la MSA agit, les chambres d’agriculture sont mobilisées, ainsi que les associations. Mais elles agissent en silo, chacune dans leur couloir, sans passerelle, sans coordination, sans porte d’entrée commune. Le rapport Cabanel l’avait annoncé, le rapport Damaisin l’a confirmé. Nous avons accumulé les diagnostics ; ayons le courage du remède.C’est précisément ce qu’apporte cette proposition de loi : une synergie, une architecture. Des sentinelles formées pour détecter les premiers signaux, un guichet unique dans chaque département pour orienter sans délai, une mission nationale pour garantir l’égalité territoriale. Une chaîne, là où nous n’avions qu’une addition de dispositifs épars.Le groupe UDR votera pour ce texte, parce que cette réalité est indigne et que l’heure n’est pas aux tergiversations idéologiques. Cette souffrance mérite une réponse publique sérieuse.Permettez-moi toutefois d’exprimer quelques critiques et inquiétudes. Nous nous réjouissons que le guichet unique soit placé sous l’autorité du préfet et non des ARS – agences régionales de santé. C’est un choix de bon sens, qui s’appuie sur l’expérience du terrain, et non une énième couche de technocratie. Je note cependant une lacune : les chambres d’agriculture, qui ont enregistré 4 300 signalements en 2024 dans le cadre du réseau Réagir, ne sont pas positionnées comme cocoordinatrices du guichet. La MSA ne peut pas être seule aux commandes d’un dispositif qui doit irriguer l’ensemble du monde agricole. Nous devrons compléter ce dispositif.Nous avons plus de réserves sur la gouvernance de la mission nationale. En l’état, le texte place cette mission sous une quadruple tutelle ministérielle : agriculture, santé, travail et environnement. Quatre ministères au pilotage, c’est, en pratique, personne au volant. Cette savante dilution des responsabilités, dont la Macronie a le savoir-faire, ne nous assure qu’une chose : des notes et rapports enfouis dans les méandres de l’administration et l’espoir du concret envolé.Le ministre de l’agriculture doit être le chef de file incontestable de cette mission qui, si elle échoue à atteindre ses objectifs – délais de prise en charge inférieurs à trente jours et taux de traitement supérieur à 75 % –, devra se transformer automatiquement en groupement d’intérêt public (GIP).Le crédit d’impôt « répit » est une bonne chose ; permettre à un exploitant épuisé de souffler est une idée simple et juste. En l’état, le texte en conditionne l’accès à un certificat médical. Or pour un agriculteur qui ne va pas chez le médecin, et ils sont nombreux dans cet état d’esprit, c’est une barrière de plus. Il faut permettre à une sentinelle ou un travailleur social de la MSA d’attester de la souffrance psychique et ainsi ouvrir l’accès à ce droit. Sinon, nous créerons un outil que ceux qui en ont le plus besoin ne pourront pas saisir.Il y a dans nos campagnes une fierté honorable issue de la terre, mais aussi un silence forgé dans la rusticité et dans l’épreuve qui condamnent le sort de ceux qui nous nourrissent. Cette loi d’urgence est une réaction. Viendra le temps où il faudra reconstruire une nation agricole digne de celle qui fut la nôtre pendant des siècles. Ce temps, nous le préparons. Et dès 2027, nous répondrons, avec nos alliés du Rassemblement national, aux besoins les plus élémentaires des agriculteurs,…

…pour leur redonner espoir et dignité. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).