Discours du 26 janvier 2026
Antoine Vermorel-Marques · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°126
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Très bien !
C’est le mouvement no kids !
Vous êtes hors sujet !
Ça ne vous a pas réussi ! On voit le résultat !
Vous remettez en cause la présidence !
C’est sans rapport avec l’amendement !
Clément, 15 ans, Charlize, 15 ans, Nicolas, 15 ans, Lindsay, 13 ans, Lilou, 15 ans, Lucas, 13 ans, Darline, 15 ans, Dinah, 14 ans, Chanel, 12 ans, Matteo, 13 ans, Marion, 13 ans : des enfants, des adolescents, des vies brisées, des vies suicidées.Pourquoi sont-ils morts ? Parce qu’Instagram a décidé qu’une vidéo sur le suicide leur était destinée, parce que Snapchat a transformé une rumeur en condamnation à mort, parce que TikTok a calculé que leur détresse rapportait plus en clics qu’en vies sauvées. Ils ne sont pas morts par accident : ils ont été poussés vers la mort par des machines, des plateformes, des réseaux sociaux.Dans le monde d’avant, le harcèlement s’arrêtait aux grilles de l’école. L’enfant rentrait chez lui et retrouvait un refuge, un espace de paix. Aujourd’hui, le cyberharcèlement ne s’arrête jamais. Il poursuit nos enfants dans leur chambre, dans leur lit, à 2 heures du matin, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, sans répit, sans échappatoire.Et ce n’est pas seulement du harcèlement. Nos enfants sont bombardés de pornographie avant d’avoir connu leur premier amour. Ils sont enfermés dans des bulles de filtres où la maigreur extrême devient un idéal et l’anorexie une religion. Aujourd’hui, l’algorithme est devenu le nouveau marchand de sable, sauf qu’il ne veut pas que nos enfants dorment, il veut que nos enfants s’effondrent. Il suffit de vingt minutes à TikTok pour submerger un adolescent de vidéos sur le suicide et l’automutilation, sans même qu’il ait interagi avec le contenu.Vingt minutes, c’est moins qu’un épisode de série, c’est le temps d’un trajet en bus. C’est le temps qu’il faut à un réseau social pour convaincre un adolescent que le monde se porterait mieux sans lui. On y entend des phrases qui glacent le sang, des recommandations distillées entre deux vidéos de danse, comme celles-ci, qui ont été rapportées lors de notre commission d’enquête : « La nuit porte conseil. Moi, elle m’a dit de prendre une corde et un tabouret. » et « Si ça ne saigne pas, c’est pas assez profond. »À l’heure où nous parlons, à minuit vingt, des enfants, des mineurs voient des vidéos qui les invitent au suicide. Ce ne sont pas des erreurs informatiques, ce sont des chiffres d’affaires, ce ne sont pas des graffitis sur un mur, ce sont des lignes de code soigneusement calibrées pour transformer la détresse en dividendes. (M. Erwan Balanant applaudit.)Sans doute faut-il éduquer nos enfants. Mais comment les éduquer contre des géants qui dépensent des milliards pour capter leur attention ? Comment les éduquer quand un algorithme connaît mieux que nous ce qui les fera pleurer, rager ou sauter par la fenêtre ?On nous dit que les réseaux sociaux, c’est la liberté d’expression. Mais quelle liberté y a-t-il dans un système qui pousse nos enfants vers l’abîme ? La liberté de mourir à 13 ans, la liberté de se haïr à 15 ans, la liberté de devenir une cible à 12 ans, la liberté d’être harcelé sans interruption, jour et nuit.Assez ! Assez de minutes de silence dans cet hémicycle, assez de déclarations sans lendemain, assez de rapports qui finissent dans des tiroirs.Nous avons le pouvoir d’arrêter ça. Clément, Charlize, Nicolas, Lindsay, Lilou, Lucas, Darline, Dinah, Chanel, Matteo, Marion. Des enfants, nos enfants. Ils n’avaient pas choisi leur âge, ils n’avaient pas choisi leur époque. Mais nous, ici, dans cet hémicycle, nous avons le choix : le choix de les protéger, le choix de ne pas laisser les prédateurs s’en prendre à eux ; le choix de dire non, le choix de dire non aux réseaux sociaux avant 15 ans. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et EPR. – M. Dominique Potier applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).