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Discours du 3 février 2026

Antoine Vermorel-Marques · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°139

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Bravo !

Il est des dirigeants qui croient à la force du droit et il en est qui ne croient qu’au droit de la force. Donald Trump ne croit ni aux règles, ni aux peuples, ni aux alliances. Il croit à lui-même. Il croit à l’argent. Il croit au rapport de domination. Et aujourd’hui, c’est cette vision du monde, brutale, vulgaire et dangereuse, qui s’exprime à travers ses propos sur le Groenland.Depuis des mois, Donald Trump parle d’un territoire européen comme un promoteur parle d’un terrain à bâtir. Il ne parle pas de souveraineté. Il ne parle pas de peuple. Il parle d’intérêt. Il parle de contrôle. Il parle de possession.Car chez Donald Trump, tout devient marchandise. La diplomatie devient un deal. Les alliances deviennent des contrats léonins. La géopolitique devient un bras de fer permanent. Le Groenland, dans cette logique, n’est pas une terre habitée, c’est un actif stratégique, un stock de ressources, une occasion à saisir.C’est bien ainsi que Donald Trump regarde le monde : comme un plateau de Monopoly géant, où l’on avance ses pions en écrasant les autres, où l’on achète ce qui ne nous appartient pas, où l’on érige des bases militaires comme on poserait des hôtels de luxe, où l’on encaisse les ressources pendant que d’autres paient le prix, et où la loi du plus fort remplace le droit international.Dans ce monde-là, il n’y a ni alliés ni principes. Il n’y a que des gagnants et des perdants. Il n’y a que des dominants et des dominés. Mais ne nous trompons pas d’adversaire. Donald Trump n’est pas les États-Unis d’Amérique, il n’est qu’une parenthèse dans une histoire bien plus longue, celle d’une nation fondée sur le refus de la tyrannie, sur la primauté du droit et sur l’idée que la liberté se défend collectivement. L’histoire des États-Unis est aussi celle d’une alliance profonde avec l’Europe, et avec la France en particulier. Une alliance forgée dans les combats pour l’indépendance, consolidée dans les tranchées de 1917, scellée sur les plages de 1944.Et précisément parce que nous ne jouons pas au Monopoly, nous parlons de souveraineté, de droit, de paix. C’est précisément pour cela que cette affaire est aussi une épreuve de vérité pour l’Europe car, à chaque fois que Donald Trump menace, teste, provoque, il ne cherche pas seulement à imposer sa volonté, il cherche à mesurer notre dépendance, à jauger notre faiblesse, à vérifier si l’Europe est une puissance ou une variable d’ajustement.Être souverains, ce n’est pas proclamer notre force, c’est la construire. Cela suppose d’abord de sécuriser ce que nous ne maîtrisons plus : nos approvisionnements énergétiques, nos matières premières critiques, nos chaînes industrielles stratégiques et, pour la France, notre indépendance financière et alimentaire.Cela suppose ensuite d’investir là où nous avons reculé : une base industrielle de défense européenne capable de produire vite et en masse, une capacité technologique indépendante dans le numérique, l’espace et les télécommunications.Cela suppose enfin d’utiliser pleinement ce que nous avons déjà : le marché commun, non pas comme un simple espace d’échanges, mais comme un instrument de puissance. Accès au marché, normes, investissements, commandes publiques : ce sont des leviers géopolitiques, pas des variables techniques.Une Europe capable de dire non à Donald Trump, c’est une Europe qui n’a pas peur de conditionner l’accès à son marché, de défendre ses intérêts commerciaux et de parler le seul langage que ce type de pouvoir respecte, celui du rapport de force économique.L’histoire nous a pourtant prévenus. Quand les puissants cessent de respecter les règles, ce sont toujours les plus faibles qui payent. Quand le droit recule, la violence avance. Et quand on commence à tolérer l’intolérable, on finit par s’y soumettre. Aujourd’hui, c’est le Groenland, mais demain, quel territoire sera jugé trop petit pour résister ? Quel peuple sera jugé trop faible pour dire non ?Chers collègues, on ne construit pas la paix en lançant des dés. On ne dirige pas le monde en empilant des hôtels militaires. Et on ne gouverne pas la planète comme on joue au Monopoly. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR, EPR et Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).