Discours du 24 juin 2026
Antoine Vermorel-Marques · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°282
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Je veux vous parler d’une femme roannaise. Elle s’appelle Simone. Elle vit encore à Roanne, rue Mulsant. Elle a 74 ans.En 1968, âgée de 16 ans, Simone est entrée dans une grande bonneterie du faubourg Clermont. Comme beaucoup, Simone avait des doigts agiles. Elle venait de Saint-Just-en-Chevalet, un village de la montagne. À 16 ans, elle a appris le métier en trois mois ; à 20 ans, elle était experte aux métiers circulaires ; à 25 ans, elle était maîtresse bonnetière et gagnait bien sa vie. Elle s’est mariée avec un ouvrier des ARCT, les Ateliers roannais de confection textile. Ensemble, ils ont eu deux enfants.Elle était fière. Elle était bonnetière. À Roanne, ça voulait dire quelque chose : ça voulait dire porter des siècles de savoir-faire ! Elle se levait à 5 heures du matin ; prenait le bus de 6 heures devant la mairie de Roanne ; arrivait à l’usine à 6 h 45, au faubourg Clermont et y enfilait son tablier bleu. Pendant trente ans, elle a continué ce travail que les femmes de Roanne faisaient depuis deux siècles. De la maille de qualité. Pas n’importe quelle maille. Des pulls. Des tricots fins. Des vêtements sans couture. Des matières nobles. Des choses qui durent. Elle avait une réputation dans l’usine : « Si c’est fait par Simone, c’est bien fait. »Elle était bonnetière. Elle faisait ce qui faisait la réputation de mon territoire dans le monde entier. La plus grande fierté de Simone était de voir ses filles habillées avec les vêtements qu’elle avait créés, achetés lors de la vente d’usine, comme on transmet un beau vêtement de génération en génération.Le dimanche, elle allait au stade car, à Roanne, le textile avait créé plus que des pulls : Henri Rhodamel et la chorale de Roanne – deux fois championne de France –, Claude Devernois et le rugby à XIII, Raoul Griffon et le rugby à XV. Simone avait le droit à une vie, à des dimanches. Elle vibrait pour sa ville. C’était ça, le textile roannais et français ! Pas juste des pulls mais une vraie vie.Et puis, dans les années 1990, tout s’est arrêté. L’usine a fermé ; délocalisée, du jour au lendemain. Simone avait 46 ans. Elle était au cœur de sa vie professionnelle et avait encore quinze ans devant elle. On lui a dit : C’est fini ! Deux cents ans d’héritage envolés ! Du jour au lendemain, la promesse que Simone pensait tenir, celle que sa mère lui avait transmise et qu’elle aurait transmise à ses filles, s’est brisée. Elle a pleuré, pas devant son mari ou ses enfants mais en fermant son casier, à l’usine et en enlevant son tablier bleu pour la dernière fois.À 46 ans, sans autre qualification que la bonneterie, elle a essayé de se reconvertir. Elle a été caissière au magasin Continent, à Mably, puis, agente d’accueil à la mairie. Elle a perdu 30 % de son salaire mais elle a tenu jusqu’à la retraite.Simone a désormais 74 ans. Elle regarde ses deux enfants. Sa fille aînée habite à La Pacaudière, petit village de ma circonscription. Maman solo, elle a du mal à s’en sortir avec ses 1 200 euros par mois. Elle achète sur Shein parce que c’est moins cher et parce qu’on a délocalisé, au prix de notre pouvoir d’achat.Sa fille cadette travaille à Lyon et gagne bien sa vie. Mais le dimanche, lors d’un repas de famille, elle lui a dit : Maman, à quoi ça sert de dépenser 80 euros pour un pull qui durera cinq ans, quand je peux acheter cinq pulls pour 80 euros ? Simone n’a pas la réponse ou plutôt, elle en a une mais ne sait pas comment la dire à sa fille et aux Français. Parce que c’est elle qui, dans son usine, faisait les pulls à 80 euros, de vrais pulls durables.Simone a des petites-filles. Alors que la plus jeune d’entre elles a 8 ans, Simone a découvert récemment qu’on vendait des poupées sexuelles à caractère pédopornographique sur Shein. « Monsieur le député, comment est-ce possible ? » Voilà ce qu’elle m’a dit lorsqu’elle est venue me voir dans ma permanence.Si c’est pour elle que je suis ici, ce discours n’est pas une complainte. C’est un cri du cœur de toutes ces bonnetières ! Cette proposition de loi constitue notre réponse. Elle ne défend pas un protectionnisme aveugle ou la fermeture des frontières mais simplement la restauration de l’ordre ; l’ordre du travail bien fait, de la concurrence loyale et des règles égales pour tous. Cela signifie : Vous pouvez rivaliser avec nous mais à armes égales, en appliquant les mêmes normes sanitaires et environnementales et en étant soumis aux mêmes contrôles douaniers que nous.À l’image de Simone, les bonnetières ont prouvé pendant deux cents ans qu’il était possible de créer du beau, du durable, du made in France. Aujourd’hui, à Roanne, dans ma circonscription, on relocalise. Chez Griffon, Devernois, Deveaux, MSI, Ithac, Pacau Couture, au tri d’Emma, aux Tissages de Charlieu, et chez tant d’autres, on produit de nouveaux vêtements mais on a besoin d’aide. Et vite, face à la concurrence déloyale !Voilà pourquoi il faut voter ce texte. Mon groupe le votera pour dire à toutes les Simone de France : Oui, nous croyons en vous, et pour que Roanne et la France redeviennent ce qu’elles ont toujours été, une cathédrale du travail, où les cheminées crachent à nouveau la fierté ouvrière. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR.)
Quid de la TVA ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).