Discours du 15 mai 2025
Antoine Villedieu · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°195
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Il est des silences que notre République ne peut plus se permettre, des engagements qui, par leur constance, leur intensité et parfois leur héroïsme, appellent une reconnaissance explicite. Chaque année, en France, plus de 250 000 femmes et hommes, militaires, professionnels ou volontaires, interviennent quotidiennement, par tout temps, en tout lieu, pour porter secours, protéger, sauver. Ils sont présents dans nos villes, dans nos campagnes, dans les territoires d’outre-mer, dans nos territoires les plus reculés, dans les moments critiques où tout vacille. Ils interviennent face aux flammes, à l’effondrement, à la désolation. Ils affrontent les accidents, les drames familiaux, les violences urbaines, les catastrophes. Ils le font avec courage, sang-froid, humilité.Je le dis ici avec une émotion toute particulière, car je suis fils d’un sapeur-pompier – mon père, ce héros – dont j’ai naturellement suivi l’exemple pendant cinq années. J’ai choisi d’emprunter la même voie que lui, en m’engageant à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, où j’ai eu l’honneur de servir au sein de la dixième compagnie. Je sais ce que représente cet uniforme, ce que coûte un engagement total au service des autres : les départs précipités, les nuits sans sommeil, les interventions marquées par le risque, la souffrance, parfois la mort. Je sais aussi l’attente silencieuse des familles, les sacrifices consentis loin des projecteurs et la force intérieure qu’il faut pour continuer, jour après jour, mission après mission.Je peux vous le dire en conscience : nous ne cherchons pas la reconnaissance mais, quand elle vient, quand la République l’affirme avec solennité, elle donne du sens, de la fierté, du souffle pour continuer.Pourtant – c’est la contradiction à laquelle il nous faut remédier –, l’engagement exceptionnel des sapeurs-pompiers n’est reconnu que par des médailles qui saluent l’ancienneté, le temps passé, mais jamais la valeur démontrée ; des médailles qui, dans la hiérarchie de nos distinctions nationales, occupent l’un des échelons les plus bas. Est-ce cela que la République veut dire à ceux qui risquent leur vie pour en sauver d’autres ? Est-ce là tout ce que nous pouvons leur offrir en retour du sacrifice personnel, familial, parfois vital, qu’ils acceptent ? Je ne le pense pas !Nous savons qu’il est possible de faire autrement. En 2019 a été créée une médaille des réservistes volontaires de défense et de sécurité intérieure. Cette distinction, légitimement respectée, occupe une place honorable dans l’ordre protocolaire. Pourquoi, alors, ce déséquilibre ? Pourquoi une telle lacune au détriment de ceux qui interviennent physiquement, quotidiennement, au péril de leur intégrité, dans chaque département de notre France ?C’est ce vide que la proposition de loi entend combler par la création d’une croix de la valeur des sapeurs-pompiers. Elle ne récompensera pas l’ancienneté, mais l’acte, le courage, l’héroïsme, le sens du devoir accompli dans des circonstances exceptionnelles. Elle sera accessible à tous les sapeurs-pompiers sans distinction de statut car, face aux flammes, il n’y a ni volontaires, ni bénévoles, ni professionnels : il n’y a que des serviteurs ! Nous proposons que cette décoration trouve sa juste place dans l’ordre des distinctions nationales, entre la croix du combattant et la médaille de la reconnaissance française, un rang symbolique fort, qui reflète la nature du service rendu, un service de protection, de bravoure, de sacrifice, au bénéfice direct de nos concitoyens.Mes chers collègues, à une époque où le doute s’installe, où les repères vacillent, il est des gestes simples, forts, fédérateurs. Je pense que la création de cette croix en est un. Elle dira officiellement, institutionnellement ce que tant de Français ressentent à chaque fois qu’ils croisent un camion rouge : « Merci, merci d’être là pour nous ! » Ce texte ne divise pas, il rassemble. Il n’est ni partisan, ni polémique. Il est juste. Il est temps que la nation honore ses pompiers comme il se doit, pas seulement par des mots, mais par un signe visible, durable, digne, qui élève et inspire.Comme nous l’avons toujours fait, nous, députés du groupe Rassemblement national, soutiendrons cette proposition de loi. Nous remercions encore une fois tous les pompiers engagés pour leurs concitoyens. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).