Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 1 juillet 2026

Arnaud Bonnet · Première session extraordinaire 2026 · séance n°1

Nous avons la possibilité, par ce vote, d’envoyer un signal fort aux enfants ! Ils ne seront plus seuls !Tout d’abord, je souhaite rappeler le contexte dans lequel nous votons la proposition de loi de ma collègue Ayda Hadizadeh, que je remercie pour sa détermination à faire aboutir ce texte. Notre société découvre petit à petit, pour celles et ceux qui ne les voyaient pas encore, l’ampleur et la gravité des violences envers les enfants – des violences que les anciens enfants placés, souvent victimes eux-mêmes, et les associations dénoncent depuis des années.Nous-mêmes, parlementaires, alertons sur le caractère systémique de ces violences et sur le poids des institutions dans la domination de l’adulte sur l’enfant. Nous sommes à un tournant sociétal, et nous ne pouvons pas passer à côté d’une occasion de protéger davantage les enfants et d’opérer une bascule essentielle. J’ai à cœur qu’avec ce texte, nous puissions enfin mettre leur voix et leur ressenti au premier plan.Imaginez seulement que l’on décide sans vous et sans explication où vous dormez, avec qui vous vivez, comment se composent vos journées. C’est cruel ; c’est ce que vivent les enfants confiés.Ces procédures conduisent à laisser un enfant seul face à un ou des parents maltraitants, accompagnés d’avocats. La position ascendante des parents, l’autorité de l’institution judiciaire, la solitude, la peur des audiences, l’importance des décisions prises pour la vie de l’enfant, le manque de confiance en leur parole… le poids que nous faisons peser sur leurs épaules est insoutenable. Ils nous ont alertés, il faut maintenant agir.Au cours de son examen, cette proposition de loi a subi de nombreux amendements qui visaient à en restreindre la portée, surtout de la part de nos collègues du Sénat – au nom de fausses considérations budgétaires, une fois de plus. Or la prévention permet le moindre coût, à tous les niveaux.Les agresseurs, les violeurs, les meurtriers d’enfants ont le droit à un avocat pour les représenter et personne ici, moi le premier, ne remettrait ce droit en cause. Il paraît juste et évident. Mais il devrait l’être encore plus pour les enfants, qui n’ont jamais demandé à se retrouver dans ces situations et n’ont aucune capacité à choisir.Enfin, je ne peux parler de ce texte sans parler du projet de loi relatif à la protection des enfants dont nous discutons en ce moment même à marche forcée – la manière dont nous travaillons, dans la précipitation, alors que nos travaux sur l’enfance sont très nombreux, est d’ailleurs inadmissible.Nous n’en sommes même plus à dire que ce projet de loi loupe sa cible. Des problèmes fondamentaux sont abordés, mais traités dans l’urgence, sans réflexion de long terme. C’est ce qu’illustre l’article relatif au délaissement parental et l’accélération de l’adoption : des problèmes urgents n’y sont pas abordés, notamment celui de l’accompagnement à la parentalité tout au long de la vie. La prévention, une fois de plus !Nous avons besoin de moyens : nous, les professionnels du secteur, le Conseil national de la protection de l’enfance et les départements ne cessons de le dire. Que va-t-il falloir pour en obtenir réellement ? Les articles, les reportages et les vidéos documentent le naufrage de la protection de l’enfance, dont nous devrions toutes et tous avoir honte. Il faut agir ! Les destins tragiques des enfants sont le douloureux témoignage de cette situation : ils auraient toutes et tous dû compter sur la voix d’un avocat pour les défendre, les protéger, se battre pour leur mise en sécurité.Avec le groupe Écologiste et social, nous nous positionnons bien entendu en faveur de ce texte qui propose un changement structurel, avec la garantie d’une représentation juridique pleine et entière pour chaque enfant. Les enfants seront enfin accompagnés tout au long d’une procédure qui conditionnera toute leur vie et qui, même pour un adulte, est excessivement difficile. Nous voterons contre les amendements pour que soit adoptée une version conforme à celle du Sénat. En première lecture, le 8 décembre, le texte avait fait l’unanimité sur ces bancs.Nous n’avons plus le temps. Pour les enfants !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).