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Discours du 4 février 2026

Arnaud Le Gall · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°140

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Si !

Non !

Tout dirigeant attaché à notre indépendance doit rejeter cet accord commercial entre l’Europe et les États-Unis. Après les menaces d’annexion du Groenland, qui ne sont que suspendues, la procédure d’adoption de cet accord, brièvement gelée, aurait dû être purement et simplement annulée. Or nous apprenons aujourd’hui qu’elle est relancée.La servitude volontaire des dirigeants européens ne semble pas avoir de limite, et elle vient de loin. En 2018 déjà, Donald Trump déclarait : « Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. » La même année, Emmanuel Macron proposait à son homologue américain de « réinventer le monde libre » avec lui. Le président se faisait alors le porte-voix des atlantistes zombies – j’entends par là ces dirigeants qui refusent, en dépit des évidences, de voir que les États-Unis ne sont pas nos alliés.Cela n’a pas commencé avec Donald Trump. Pensons au renforcement, par Joe Biden, des mesures protectionnistes directement dirigées contre l’Europe. Nous vous avions alertés à l’époque, mais le ministre Bruno Le Maire avait répondu : Circulez, y a rien à voir !Et cela ne s’arrêtera pas avec Donald Trump. Par paresse intellectuelle, par affairisme ou par aveuglement sur les réalités des relations transatlantiques, beaucoup, à commencer par les macronistes, ont vu en lui une sorte de clown affairiste que l’on pouvait amadouer par la flagornerie. C’est oublier que, aussi détestable soit la vision du monde de Donald Trump, il en a une, et elle est cohérente : c’est celle du président d’extrême droite d’une puissance impériale, qui espère compenser, par sa suprématie militaire et l’embrigadement de vassaux, la perte de sa suprématie économique au profit de la Chine.Dans cette vision, l’Union européenne, ectoplasme géopolitique, est vue comme un satellite. C’est pourquoi l’administration de Donald Trump, pour laquelle les atlantistes de tendance classique ne sont pas encore assez serviles, entend aider ses partenaires et amis d’extrême droite, au premier rang desquels le Rassemblement national et ses alliés zemmouristes, à prendre le pouvoir ici même.

Sans surprise, ce projet a été officialisé, début décembre 2025, dans la stratégie de sécurité nationale états-unienne. Quand, à peine réélu, Donald Trump avait placé un drapeau états-unien sur le Groenland, certains n’y avaient vu qu’une simple provocation sans lendemain. Pas nous, qui vous alertions déjà par la voix de Jean-Luc Mélenchon.Quand le vice-président états-unien Vance a prononcé en février 2025, sur le sol européen, un discours de guerre idéologique visant l’Union européenne, le premier réflexe de la plupart des dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, a été de chercher à contenter le nouveau chef de l’Empire.C’est pourquoi la présidente de la commission européenne Ursula von der Layen a « dealé » en juillet dernier avec Donald Trump cette capitulation de l’Europe face aux États-Unis – je parle bien de capitulation, car cet « accord » n’en mérite pas le nom : c’est une entente, asymétrique, entre un vassal et son suzerain.Pour limiter à 15 % les droits de douane sur la plupart des produits européens exportés aux États-Unis – en réalité 20 %, du fait de la faiblesse du dollar par rapport à l’euro – von der Layen a lâché sur tout le reste : promesse de 600 milliards de dollars d’investissements européens aux États-Unis, au moment où il faudrait au contraire relancer massivement les investissements productifs sur notre sol ; 750 milliards de dollars pour acheter à prix d’or, et au détriment de l’environnement, des produits énergétiques états-uniens, notamment du gaz de schiste ; démantèlement des régulations écologiques, sanitaires et sécuritaires qui pourraient freiner l’arrivée des produits états-uniens sur le marché européen.C’est une des raisons pour lesquelles, sans que votre gouvernement n’y trouve rien à redire, l’objectif d’un cloud européen indépendant des seigneurs états-uniens du numérique vient d’être, de fait, abandonné ; raison aussi pour laquelle l’accord laisserait entrer en Europe des centaines de milliers de tonnes de noisettes traitées avec des pesticides interdits en France, dont l’acétamipride, cancérigène et dangereux pour le cerveau des enfants et le développement des fœtus.Les oligarques européens et autres fonds d’investissement ont soutenu cette orientation. Leur seul objectif est de continuer à s’engraisser en cédant nos actifs au plus offrant, comme vous l’aviez déjà permis avec Alstom, racheté ultérieurement après que ses brevets furent passés sous contrôle de capitaux états-uniens – et comme vous l’avez laissé se produire pour tant d’autres entreprises stratégiques.

En amont de cette capitulation, les pays européens membres de l’Otan avaient accepté, sous les injonctions de Trump, de consacrer 5 % de leur PIB aux dépenses d’armement. Il s’agit d’un tribut à l’empire, puisque ces dépenses vont massivement gaver les carnets de commandes de l’industrie états-unienne.Cette disposition est contraire à toute forme d’indépendance, les armes états-uniennes les plus sophistiquées pouvant être désactivées à distance, si leur usage déplaît au pouvoir états-unien. Sans même aller jusque-là, il lui suffit de bloquer les livraisons de pièces de rechange. Cela ne vous a pas empêché d’autoriser, il y a quelques jours, la cession de LMB Aerospace, fabricant des pièces du Rafale, à un groupe états-unien.L’accord signé par Mme von der Leyen constitue une étape de plus sur cette route de la servitude. C’est pourquoi nous avions alors déposé une motion de censure au Parlement européen : les macronistes n’ont pas voté en sa faveur – pas plus que les socialistes et M. Glucksmann, d’ailleurs.De même, les macronistes ont rejeté en commission la présente proposition de résolution européenne. Leur vote a le mérite de la clarté : ils soutiennent cet accord, qui a encouragé Trump dans son offensive.L’alternative est simple : indépendance ou vassalisation. Entre autres exemples, répondons à Donald Trump par la taxation selon le chiffre d’affaires réel des Gafam ; par l’interdiction des importations néfastes pour la santé et le vivant ; par le refus des rachats d’entreprises stratégiques ; par un plan d’investissements massifs pour assurer une souveraineté productive, alimentaire, industrielle et numérique.Tout le contraire de ce que prévoit cet accord de la honte, qui ne doit être adopté sous aucun prétexte. C’est pourquoi nous voterons en faveur de la proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous voterons pour cet amendement. Je souhaite toutefois interpeller M. le ministre sur l’argumentaire qu’il a développé à propos de l’amendement précédent. Vous soutenez que, parce qu’il s’agit d’un accord commercial, la résolution ne devrait pas évoquer le cas du Groenland ni d’autres enjeux connexes.

Or chacun le sait : Donald Trump a une conception militaire du commerce. Dans cette perspective, tout ce qui relève de l’économie relève aussi, directement, des affaires stratégiques et géopolitiques.C’est précisément pour cette raison qu’il faut inscrire dans la résolution des enjeux qui dépassent la seule dimension économique. C’est bien notre indépendance qui est en jeu.Au temps pour moi si j’ai mal compris vos propos, mais j’espère en tout cas que nous partageons ce constat et que les députés macronistes voteront pour la proposition de résolution.

Non !

Tout à fait !

Le ministre et Mme Le Grip, qui défendent cet accord, en ont une vision très formaliste : puisque le démantèlement des régulations n’est pas écrit noir sur blanc, vous estimez que nous pourrons continuer à réglementer grâce au droit européen.Mais c’est un immense malentendu. Dans les faits, soit le droit européen est mal appliqué, soit il est progressivement détricoté, souvent à l’issue de conversations de couloir ou sous l’influence de lobbys.Un exemple récent : la semaine dernière – pas il y a un an, pas il y a six mois –, l’Union européenne a abandonné le projet de labellisation d’un cloud souverain.Or, dans les discussions de cet été, l’accord entre von der Leyen et Trump comportait notamment l’abandon de plusieurs réglementations sur le numérique. Ce n’est pas parce que ce n’est pas formellement écrit dans l’accord – opaque par ailleurs –, que ce ne sera pas appliqué. On sait comment ça se passe : les lobbys, notamment ceux des Gafam, passent à la Commission et détricotent tout ce que nous faisons pour bâtir une indépendance numérique.La mention de ce genre de risques doit donc évidemment figurer dans cette proposition de résolution, sinon on ne sait plus de quoi on parle. En ce qui concerne les intérêts, existe-t-il un intérêt français, européen ou états-unien ? Non, les acteurs ont des intérêts plus ou moins différents et divergents. C’est pourquoi M. Bernard Arnault, qui avait sûrement autre chose à faire, est intervenu en plein mois d’août pour dire c’était un bon accord, quand le premier ministre, M. Bayrou, disait qu’il était mauvais et tentait de faire croire que la France s’y était opposée. Bernard Arnault possède des entreprises dont l’activité y gagnerait, mais nous avons à perdre sur tout le reste : notre indépendance stratégique, le numérique, l’alimentation, etc. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

Pas « peut-être » ! C’est sûr, c’est démontré !

Nous pouvons le retirer, mais cela ne changera rien au fond.M. le ministre prétend que je ne serais pas rationnel, que nous ne serions pas sérieux parce que nous parlons de lobbying. Mais celui-ci est documenté, précis, entériné – même légal –, au sein de la Commission européenne ; tout le monde sait que Mme von der Leyen s’est notamment engagée à limiter l’indépendance et la réglementation du numérique. Ce n’est pas une ou deux enquêtes sur X qui changeront le fond de l’affaire.Le Cyber Security Act 2, proposé par la Commission la semaine dernière, n’abandonne-t-il pas le critère de souveraineté dans la certification des clouds ? Cet enjeu n’est-il pas stratégique ? Il s’agit de savoir si les données que des entreprises ou des citoyens européens stockent dans des clouds appartenant notamment à Microsoft dépendront ou non du droit états-unien. Vous trouvez que c’est une mince affaire ?Ce n’est pas parce que ce n’est pas écrit dans l’accord que cela n’a pas été négocié. Ou alors, démontrez-moi le contraire – nous ne croyons que ce que nous voyons ! On peut faire preuve de sérieux et de rationalité en partant du réel. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Il est retiré.

Réglementer et avoir un minimum de contrôle sur ce que nous échangeons avec le reste du monde, ce serait être communiste ?

Voilà le genre de caricature derrière lequel s’abritent les macronistes pour justifier leur refus de voter cette proposition de résolution. En réalité, être indépendant, ce n’est pas s’isoler, ce n’est pas se couper du monde ; être indépendant, c’est choisir les termes de notre relation avec le reste du monde. C’est ainsi que le général de Gaulle avait pensé notre politique d’indépendance en matière stratégique vis-à-vis des États-Unis. Déjà, à l’époque, des gens comme vous l’accusaient de vouloir isoler la France – l’extrême droite allant même jusqu’à essayer de l’assassiner. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Nous ne sommes pas du tout contre le commerce.

Le commerce international a précédé les accords de libre-échange et il leur survivra. En réalité, voulons-nous, oui ou non, mettre dans la balance des entreprises stratégiques ou des secteurs stratégiques ?

Vous êtes contre ce texte parce qu’il essaye de porter un coup d’arrêt à votre bilan. Vous avez tout laissé partir ! Vous avez laissé vendre Alstom – votre président de la République était alors secrétaire général adjoint de l’Élysée – parce qu’il y avait des intermédiaires qui s’engraissaient. Bouygues voulait vendre ses actions… Et vous continuez ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Vous laissez des fonds d’investissement vendre des industries stratégiques parce qu’il y a des gens en France qui gagnent de l’argent comme ça. Cela nuit à notre indépendance.Arrêtez de caricaturer ! Il n’est pas question d’isoler la France ni de fermer les frontières, mais de comprendre que le commerce n’est pas une activité comme les autres, dès lors qu’il concerne des industries et des produits stratégiques – alimentation, santé, etc. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous sommes en plein dedans et ce n’est pas fini !

Non ! Il ne s’agit pas de simples divergences mais de menaces contre un territoire de l’UE !

Oui !

Vous êtes une provocation à vous tout seul !

Un arc, qui va du RN à la Macronie, nous explique qu’on doit considérer comme allié un pays qui menace d’annexer un territoire de l’Union européenne.

Vous êtes sûrement sincères ! Voilà la servitude volontaire ! Vous n’êtes plus capables de voir autrement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) Si j’étais impoli…

Arrêtez les caricatures !Je comprends pourquoi le RN défend subitement l’atlantisme. L’un des objectifs de Trump, inscrit dans la nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis, est de faire gagner l’extrême droite en Europe. Il ne se passe pas une semaine sans que vous rencontriez tout sourire les intermédiaires de Trump – le proconsul à l’ambassade des États-Unis, entre autres. Vous avez un objectif politique commun, je vous comprends.

Nous n’avons pas non plus dit qu’ils étaient nos ennemis ! Simplement qu’ils n’étaient plus nos alliés. Il y a une gradation. Cela reste un pays puissant, avec lequel il faut certainement discuter – personne ne dit le contraire –, mais ce n’est plus un allié, encore moins au sens militaire du terme.

Vous êtes incapables de penser autrement ! C’est comme dans les années 1960 quand de Gaulle a décidé de sortir du haut commandement intégré de l’Otan. On a écrit, notamment dans Le Figaro, qu’il ouvrait la porte aux « hordes asiatiques » !Vous n’avez pas changé ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)À vous entendre, refuser d’être lié par une alliance avec un pays qui nous maltraite, signifierait forcément s’aligner sur le reste du monde, alors qu’en fait, c’est être indépendant !Vous n’avez rien d’autre à répondre, vous êtes pathétiques ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Est-ce que les États-Unis menaçaient alors d’envahir un territoire européen ?

Il s’est aussi rendu à Moscou, ce qui lui a été reproché par votre camp à l’époque !

À l’époque de de Gaulle, les États-Unis ne menaçaient pas l’Europe !

Oh, ça va !

Quelle suffisance !

Quelle suffisance, quel mépris ! Encore un vieux truc des libéraux : faire croire que lorsqu’on est contre les accords de libre-échange et les négociations commerciales de ce type, on est contre le commerce. Mais non ! Il y avait du commerce international avant vos accords bidons, il y en aura après ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Et je vais vous dire une chose : le protectionnisme unilatéral et agressif à la Trump et le libre-échange sont les deux faces d’une même médaille qui, à certains moments de l’histoire, ont pu servir à faire croire qu’on réussirait à résoudre les crises du capitalisme.

Nous proposons un protectionnisme solidaire, négocié, selon lequel on discute de ce qu’on échange et de ce qu’on n’échange pas. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) Réguler le commerce international, ce n’est pas s’enfermer ! L’indépendance, c’est le contraire de l’isolement, c’est choisir son rapport au monde.Quant à vous, vous reprenez tous les mots de Trump. Vous reprenez sa négation des méthodes de négociation. Quand il menace d’annexer un territoire européen, vous le défendez et vous dites qu’il est encore un allié ! Vous reprenez son racisme (« Oh ! » et protestations sur les bancs du groupe EPR), vous reprenez toute sa vision du monde (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

…et vous venez nous accuser d’être trumpistes ? À la fin des fins, le vote de ce texte dira qui est trumpiste et qui ne l’est pas !Cessez de vous cacher derrière des attitudes d’atlantistes zombies ! Même quand il n’y aura plus d’Otan, vous défendrez l’Otan ! Même quand il n’y aura plus d’États-Unis, vous défendrez les États-Unis ! (Sourires et applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Vous ne savez pas faire autre chose, vous êtes incapables de penser autrement ! Arrêtez de croire que l’impérialisme actuel s’arrêtera avec Trump ! Et si vous faites semblant, c’est encore pire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Lénine parle du stade suprême du capitalisme !

Ils ne veulent pas la voter, ils sont en ligne directe avec les ambassades !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).