Discours du 10 février 2026
Arnaud Saint-Martin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°144
La semaine dernière, en ouvrant ma boîte mail électronique de parlementaire, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une offre de formation d’une improbable école « Robert de Sorbon » : 500 euros de frais de jury pour un diplôme bidon, qui ne vaut rien sur le marché de l’emploi, et 1 200 euros pour une procédure accélérée. Robert de Sorbon est pourtant un multirécidiviste connu des services de l’État, condamné pour arnaque aux faux diplômes et pratiques commerciales douteuses. On pourrait en sourire, tant c’est grossier, mais les études postbac sont bel et bien en proie à une Robert de Sorbonnisation des formations supérieures.Le nombre d’établissements privés à visée lucrative a explosé ces dernières années, aidé par l’inaction des gouvernements macronistes qui, faute de réguler sévèrement ce commerce douteux, préfèrent proposer des réformes paramétriques ou pire, un projet de loi qui achève de brouiller les frontières entre le public et le privé, normalisant l’idée que les études supérieures sont un business parmi d’autres – vieux mantra de la stratégie de Lisbonne. Peut-être espérez-vous faire oublier des années d’attentisme. Sur les quatre-vingts établissements contrôlés par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), 56 % présentaient des anomalies graves, allant de la publicité mensongère à la proposition de diplômes sans habilitation. Les contrôles de la qualité des formations sont insuffisants, les sanctions sont rares et les exclusions quasi inexistantes.Le gouvernement annonce de nouveaux labels, de nouveaux agréments, un nouveau tri sur Parcoursup, mais l’accumulation de labels du répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) – Qualiopi, accréditation privée, et autres – a déjà rendu le système incompréhensible, sans empêcher les fraudes. Les salons de l’étudiant sont de véritables miroirs aux alouettes, remplis de ces fausses universités qui prolifèrent aux côtés de celles du public, promettant aux étudiants un bachelor ou un mastère sans passer par Parcoursup en oubliant de spécifier que ces diplômes n’existent pas. Quelle aubaine ! Combien faudra-t-il encore d’étudiants endettés et en détresse, faute d’orientation fiable, pour des diplômes sans valeur, avant que l’État assume enfin sa responsabilité ? Quand interdirez-vous l’enseignement supérieur privé lucratif qui prospère sur l’abandon du service public ?
Permettez-moi de faire un pas de côté et d’interroger la pertinence de la demande d’un tel débat par le groupe UDR…N. Il est cocasse de constater que ce groupe s’inquiète soudainement des limites du système d’orientation postbac, alors même que ses membres ont voté, année après année, les pires lois contre l’université.Les limites sont pourtant claires. Elles sont le fait de votre famille politique qui, on le sait, méprise l’université publique.La première n’est autre que Parcoursup, un système de sélection made in Macronie, dont, à ma connaissance, vous n’avez jamais vraiment contesté la rationalité. Parcoursup survit grâce à une logique néolibérale de mise en concurrence selon laquelle la prétendue main invisible du marché est censée produire la meilleure orientation possible pour des candidats soumis, toujours plus tôt, à une injonction au darwinisme social. En 2024, plus de 85 000 jeunes se sont retrouvés sans affectation à la fin de la première phase – 77 000 l’année précédente. Plus qu’une limite, c’est un désastre.La deuxième limite, c’est une université asphyxiée financièrement, contrainte de voter des budgets en déficit, alors que le privé est largement subventionné et encouragé. Cette année encore, le projet de loi de finances imposé par 49.3 ne fait pas exception. Dans une université publique où il y a ni assez d’enseignants ni assez de places pour les étudiants, on compte 4 millions d’euros en moins pour la vie étudiante. On se demande d’ailleurs comment le gouvernement entend financer le repas à 1 euro avec ce genre de budget, à moins de couper dans le programme, comme il l’avait fait pour les bourses.Ma question n’est qu’un prétexte, vous l’aurez compris. En résumé, nous avons donc une université publique, largement sous-financée, qui est en crise et qui manque de places, assortie d’une plateforme opaque qui sélectionne selon des critères incompréhensibles et qui laisse des dizaines de milliers de lycéens sur le carreau ; dans l’éducation nationale, 4 000 postes supprimés, donc moins de conseillers d’orientation, moins d’accompagnement et moins de suivi tout au long de la scolarité. Chers collègues de l’UDRN, si vous cherchez des limites à l’orientation postbac, regardez donc ce que vous avez voté, ce que vous avez laissé faire et le désastre que cela constitue pour les lycéens et pour les étudiants !
Vous êtes solidaires du RN !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).