Discours du 6 mai 2026
Arnaud Saint-Martin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°223
Par cet amendement, nous souhaitons définir une doctrine, une idéologie – il faut bien qu’un groupe parlementaire en déploie une sur le spatial ! Encore aujourd’hui, nous sommes les seuls à en proposer une. Je vous recommande à ce titre la lecture de la contre-stratégie spatiale publiée par l’Institut La Boétie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous proposons que l’actualisation explicite les besoins et les objectifs de la France dans ce domaine.Comme un peu de politique et de technique ne fait pas de mal avant de légiférer, car ces informations nous permettent de décider en connaissance de cause, voici quelques éléments de fond, exposés brièvement : la France est une grande nation spatiale indépendante et elle doit le rester. Elle dispose de dotations suffisantes pour assurer une maîtrise complète de tous les segments – connectivité, exploration, observation de la Terre, suivi du dérèglement climatique, défense, dissuasion de demain. Elle a cependant perdu sa place de première contributrice à l’Agence spatiale européenne (ESA), a privatisé son lanceur et s’enlise dans des collaborations qui la desservent. Elle investit trop peu, et mal. Elle a ainsi enjoint à son fer de lance, le Centre national d’études spatiales (Cnes), de baisser la voilure. Les coupes budgétaires, 2 millions par an jusqu’en 2028, mettent en péril la capacité du Cnes à assurer ses missions et sèment le désarroi au sein de l’organisation.Il faut agir à contre-courant de cette tendance afin que la France conserve un accès pleinement souverain à l’espace et développe des technologies souveraines et innovantes, comme l’avion spatial, qui correspondent aux besoins de la population et œuvrent pour le progrès.La France doit s’inscrire dans la longue tradition qui est la sienne en agissant en faveur du multilatéralisme. Elle doit mener une diplomatie non alignée, en rappelant les usages pacifiques de l’espace et son statut de patrimoine commun de l’humanité.Enfin, notre pays doit insister au sein des instances internationales sur la nécessité de démilitariser et dénoncer les tendances mortifères de l’arsenalisation, que nous rappelons constamment.À l’heure de l’inflation dans le déploiement des capacités en orbite basse circumterrestre et de la guerre des fréquences, la France doit redoubler d’efforts pour voir advenir une régulation forte du spatial et du trafic.Cet amendement sert à fixer une doctrine ; il est consensuel et j’imagine que vous allez l’adopter. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Je ne suis pas parfaitement convaincu par vos réponses. En novembre, le président de la République a certes présenté la stratégie spatiale lors d’un événement organisé par le commandement de l’espace (CDE) mais devant un aréopage de spécialistes et d’experts, et non aux parlementaires ! Cette stratégie n’a jamais fait l’objet d’une discussion particulière en commission de la défense, ce qui est regrettable. Nous légiférons presque à l’aveugle ! Pour combler cette lacune, nous proposons une doctrine. Un débat parlementaire sur ce segment est absolument nécessaire. Nous défendrons donc une série d’amendements sur le sujet. Quoi qu’il en soit, nous devrons avoir une vraie discussion sur les décisions prises dans le huis clos de l’Élysée ou du SGDSN. Cette question doit être repolitisée, et c’est le moment opportun pour le faire. J’espère que nous pourrons continuer cette discussion.
Il s’agit d’un amendement d’appel, afin de garantir la mise en service de la constellation Iris2 – j’enfonce le clou ! Nous avions défendu un amendement similaire l’année dernière, qui avait été adopté. Le programme Iris2 s’enlise, quand bien même les choses progressent à Bruxelles. Nombreuses sont les incertitudes en matière de financement, de gouvernance, de partage des tâches entre les différents industriels et même d’identification des communautés d’utilisateurs. Il s’agit pourtant d’une solution essentielle pour assurer la connectivité et disposer de communications sécurisées.Ce projet n’est pas simplement en retard ; il est en péril. Comme l’a dit le député Lachaud, un de ses contributeurs, l’Allemagne, développe sa propre constellation de type Starlink, qui sera déployée par Rheinmetall, OHB et Airbus. Ce programme dispose de financements très importants, atteignant 10 milliards d’euros.Eux avancent très vite, très fort. Quant aux premiers services d’Iris2, ils devaient être initialement fournis fin 2024 pour être pleinement opérationnels en 2027, quand Thierry Breton était commissaire chargé du programme, mais il est désormais prévu que le programme ne sera pleinement opérationnel qu’en 2030, et encore est-ce l’espérance la plus optimiste. Je ne reviens pas sur Syracuse 4C. En attendant, Starlink se déploie massivement, y compris dans des services publics – Air France, France TV, peut-être bientôt la SNCF –, ce qui va déjà saturer les usages.OneWeb est en effet une solution qui vise à combler la période lacunaire actuelle, mais elle arrive elle-même tardivement, la prochaine génération étant encore en cours de fabrication à Toulouse. Il y a un risque de rupture de capacité. Par cet amendement, nous voulons insister sur la nécessité d’accélérer le programme Iris2. Je pense qu’on peut tous s’entendre sur le fait que c’est indispensable.
J’interviens en soutien de cet amendement, que notre groupe La France insoumise va voter. En effet, les industriels ont besoin de pouvoir se projeter et ils sont d’ailleurs déjà au travail, il y a déjà des équipes qui turbinent sur cette capacité. Ce sera un message de soutien envoyé non seulement aux industriels, mais aussi aux communautés d’utilisateurs qui vont, à un moment donné, se saisir de cette infrastructure. On sait que Thales Alenia Space traverse aussi des trous d’air, qu’il y a des regroupements industriels et que le projet Bromo est susceptible de changer la face de l’industrie du satellite en France et en Europe. Devant tant d’incertitudes, il faut envoyer des messages forts incitant à planifier les capacités. Je pense qu’on pourrait tous s’entendre pour reconnaître qu’il est nécessaire de se projeter en vue de Syracuse V. Quoi qu’il en soit, notre groupe entend apporter son soutien aux équipes et à tous les opérateurs qui endosseront cette mission.
Il vise à s’assurer que Désir – le démonstrateur des éléments souverains en imagerie radar – est opérationnel. Il s’agira d’un rattrapage technique, car si notre pays dispose d’un savoir-faire en imagerie radar, il ne l’a pas approfondi pour cause de division du travail, notamment avec les Allemands et avec les Italiens : tandis que nos partenaires investissaient sur cette capacité, nous nous concentrions plutôt sur l’optique. Le développement de cette capacité pourrait se faire entièrement en France, avec des industriels qui savent faire – j’ai cité tout à l’heure Thales Alenia Space, évidemment – et nous permettent ainsi de disposer des compétences et de l’autorité technique requises.Le projet de démonstrateur a été confié aux groupes Thales Alenia Space et Tekever France ainsi qu’à l’entreprise franco-américaine Loft Orbital, laquelle assure notamment le développement du satellite ainsi que le segment sol de contrôle. Cependant, cette dernière étant basée en Californie – son siège est à San Francisco –, il conviendra pour des raisons de souveraineté que le développement de Désir ne conduise pas à des dépendances envers des acteurs technologiques du Newspace états-unien qui, rappelons-le, sont par ailleurs contractants de l’État fédéral américain.Pour le moment, et c’est un point très important, on n’est pas certain que la démonstration aboutira à un service opérationnel. En effet, les stratégies d’acquisition de ce type peuvent se révéler décevantes : après l’achat sur étagère, clef en main, suivi d’une démonstration, on ne va pas forcément au bout du processus. L’enjeu, c’est tout de même d’avoir de vraies capacités qui répondent à des besoins opérationnels, ceux notamment de la DRM, la direction du renseignement militaire. Et non seulement il faut des capacités opérationnelles, mais il faut aussi les pérenniser, c’est-à-dire planifier une acquisition dans la durée, et ce qui adviendra après. Par ailleurs, il faudra aussi s’assurer qu’il n’y ait pas de dépendance non contrôlée sur les segments spatiaux et le contrôle au sol.Nous allons ainsi conclure cette séance par un amendement qui vise à concrétiser le Désir (Sourires)…
Dans la même logique que les précédents, il vise à s’assurer que les programmes Céleste et Iris respectent les trajectoires votées en 2023. Céleste – capacité électromagnétique spatiale – a pour objet de renforcer la résilience des services de renseignement électromagnétique et, à terme, de remplacer les satellites d’orbite basse Ceres – capacité de renseignement électromagnétique spatiale.De son côté, Iris, qui doit permettre de remplacer les satellites CSO – composante spatiale optique – du programme Musis – système multinational d’imagerie spatiale pour la surveillance, la reconnaissance et l’observation –, opérera dans la surveillance et le renseignement optiques, secteurs pour lesquels la demande de la DRM est très importante. En effet, ma visite du centre de contrôle de la CSO m’a permis de vérifier que le téléchargement d’images est permanent.Les calendriers de ces deux programmes ont été réaménagés, alors que les crédits augmentent de 36 milliards d’euros. L’amendement vise à soutenir ces programmes et à alerter sur leur caractère critique. En effet, une fois déployés, ils permettront de contrôler les données de façon souveraine et autonome par rapport aux systèmes, souvent américains, sur lesquels on compte jusqu’à présent. L’amendement vise à envoyer un message et à consolider une ligne budgétaire.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).