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Discours du 3 février 2026

Arthur Delaporte · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°139

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Mais c’est le sujet, justement ! Vous n’avez rien compris !

Qu’est-ce que vous racontez ? C’est indécent !

J’ai déposé douze amendements, dont plusieurs sont rédactionnels : cette proposition de résolution ayant été rédigée l’an dernier, il s’agit de mettre à jour les années évoquées ainsi que les chiffres mentionnés.Si vous le permettez, monsieur le président, je défendrai en même temps les amendements nos 1 et 2. Le premier vise à actualiser la référence à la stratégie mondiale de lutte contre le VIH de l’Onusida, en remplaçant 2021-2026 par 2026-2031. Le deuxième vise à actualiser la référence aux objectifs de lutte contre le VIH de l’Onusida afin de l’aligner sur l’échéance internationale actuellement en vigueur, désormais fixée à 2030.

Il s’agit d’actualiser le nombre de personnes contaminées par le virus du VIH dans le monde – on en compte 900 000 de plus que l’année dernière – ; je précise que « contaminées » ne signifie pas forcément « condamnées », dans la mesure où l’on peut vivre aujourd’hui avec le VIH.Cet amendement me permet de rebondir sur la question de l’efficacité de la politique d’aide à la lutte contre le VIH, qui a été évoquée d’une façon assez abjecte par notre collègue du Rassemblement national dans la discussion générale. Sachez, chers collègues, qu’il n’y a pas d’aide plus efficace que celle relative à la lutte contre le VIH. Il suffit d’ouvrir le rapport et de regarder les chiffres : vous verrez que le taux de mortalité a considérablement diminué.Aujourd’hui, je le redis, on peut vivre avec le VIH. Ce n’est pas parce qu’on est contaminé qu’on meurt du sida. Et la baisse des taux de contamination montre aussi que les politiques publiques fonctionnent – j’y reviendrai. Tous les arguments consistant à dire qu’il faut une évaluation pour voir si l’aide est efficace sont semblables à ceux utilisés par Donald Trump pour couper le financement de l’aide internationale. Mais évidemment, face aux faits, face à une politique qui marche et qui ne peut pas être le support de vos théories racistes, vous restez bouche bée. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Oh ! Quand même !

Ma collègue a raison.

Il est rédactionnel. Je vais également défendre l’amendement no 5, qui vise à tenir compte de la baisse du nombre de contaminations en France, passé de 3 650 à 3 400. L’évolution est plutôt positive et témoigne que, quand on met les moyens, quand on renforce la prévention, quand on a une politique publique qui marche, ça marche.

Toutefois, madame la ministre, ce qui se passe en ce moment nous inquiète. Comme notre collègue Danielle Simonnet l’a indiqué, des centres de santé sexuelle sont menacés, des associations mettent la clé sous la porte et la direction générale de la santé a réduit de 20 % les financements de certaines structures travaillant dans la prévention. Si on veut que les contaminations continuent de baisser, il y a urgence à renforcer et à soutenir les politiques de santé publique. Au moment des débats budgétaires, nous avons discuté de la prise en compte du Ségur de la santé – autre sujet évoqué par Danielle Simonnet. Vous vous êtes alors engagée à examiner la situation des associations, notamment de santé sexuelle et d’aide aux femmes victimes de violences. (Mme Danielle Simonnet applaudit.)

Il va revenir à la charge, et il a raison de le faire…

Il s’agit d’un amendement rédactionnel, comme le no 6. Je vais défendre le no 8, qui vise à tenir compte de l’évolution du nombre de nouveaux diagnostics en Europe, passé de 24 731 à 24 164. Cette baisse très faible – on pourrait presque parler de stabilité – doit nous alerter collectivement sur la nécessité de mener des politiques publiques de santé européennes, n’en déplaise à certains. Pour continuer de répondre au Rassemblement national, je souligne que la baisse de moitié de la mortalité depuis 2010 est une conséquence de cette politique de santé publique, que la baisse de 60 % des nouvelles contaminations entre 1995 et 2023 est une conséquence des politiques ambitieuses menées à l’échelle mondiale. On ne sortira pas du sida avec une politique limitée à la France, car les épidémies ne connaissent pas les frontières. Des données fiables, produites notamment par l’Onusida, prouvent l’intérêt d’une politique publique de santé mondiale.

Il est rédactionnel. Je vais défendre aussi le no 10, qui vise à ce que le texte tienne compte de la diminution significative des contributions financières de plusieurs États européens. Cette tendance, qui ne concerne pas les seuls États-Unis, a été évoquée par de nombreux collègues. Si la baisse n’est que de 1 % en Allemagne et de 2 % au Canada, elle est beaucoup plus importante en Suède – 15 % – au Japon – 18 % – et au Royaume-Uni – 69 %. La France était jusqu’ici le deuxième donateur international. Madame la ministre, je ne me souviens pas de vos termes exacts mais, en substance, vous avez dit que la France conserverait une place primordiale ou de premier plan. (Mme la ministre acquiesce.) Est-ce à dire qu’elle va rester le deuxième financeur du Fonds mondial ? On a évoqué l’arrêt du PEPFAR, mais les États-Unis continueront de contribuer au Fonds mondial et, potentiellement, demeureront son premier financeur. La France va-t-elle rester à son niveau, en mettant plus d’argent que l’Allemagne – 1,15 milliard d’euros – ou que le Royaume-Uni – 1,1 milliard d’euros ? La question est aussi simple que cela.

Ah !

Je vais également défendre le no 12.

L’amendement no 11 vise à actualiser la rédaction proposée l’année dernière en tenant compte du fait que le PEPFAR n’a pas été totalement arrêté, comme nous l’anticipions alors, mais réduit – il représente désormais 1,4 milliard, contre 6,9 auparavant. Le caractère erratique de la politique américaine a des effets dévastateurs sur l’organisation de l’offre et de l’acheminement des médicaments.L’évolution de PEPFAR est liée à celle de la diplomatie américaine, qui conditionne son aide à la signature d’accords bilatéraux. L’amendement no 12, auquel j’espère que Mme la ministre adhérera, vise à ce que la France défende un multilatéralisme de projets. Nous ne devons pas basculer dans le bilatéralisme égoïste que pratiquent les États-Unis, qui consiste à mettre sous pression des pays ayant besoin de financements et à conditionner leur aide à un accès aux données. La France défend une science ouverte et le partage des données, essentiel pour maîtriser l’épidémie.Je regrette, madame la ministre, que malgré des demandes répétées, vous n’ayez pas pu apporter les précisions nécessaires sur la question des moyens, car la France est attendue sur cette question. Ce débat était prévu et j’ai relancé à plusieurs reprises le cabinet du ministre des affaires étrangères pour avoir des réponses chiffrées.Le multilatéralisme que nous défendons est progressiste. Il s’oppose au bilatéralisme obscurantiste de Donald Trump. (L’orateur se tourne vers les bancs des groupes RN et UDR.) Or j’ai entendu ici des mots qui sont ceux de l’extrême droite américaine.Quand vous dites que cette résolution comporte des termes « wokistes », est-ce à dire qu’il faudrait écarter la question de la transsexualité, celle des minorités discriminées et toutes celles où figurent des termes dont l’emploi vaut exclusion de l’aide allouée par les États-Unis sous prétexte qu’il s’agirait de termes wokistes ? On sait pourtant qu’ils renvoient aux populations les plus précarisées, qui ont le plus besoin d’être suivies, d’être accompagnées et qui doivent en priorité faire l’objet de la prévention, parce que c’est là que se situe la clé pour enrayer l’épidémie. Par conséquent, en développant cet argumentaire antiwokiste, celui de Donald Trump, vous ne participez pas seulement à la victoire de l’obscurantisme, vous soutenez aussi des politiques contraires aux principes fondamentaux de la santé publique. Voilà ce que je voulais dire à l’extrême droite, soutien de Donald Trump. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et LIOT.)

J’invite le collègue du Rassemblement national qui vient de s’exprimer à écouter ou à lire l’intervention de M. Fayssat,…

…à laquelle il n’a peut-être pas assisté tout à l’heure. Ce dernier a explicitement qualifié de wokistes des termes dont il jugeait la présence inopportune dans cette résolution. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) De tels propos font écho à ceux que l’on a pu entendre aux États-Unis et qui ont motivé la suspension du PEPFAR en conditionnant le financement des associations au bannissement de certains termes, au risque de causer des millions de morts. Voilà la réalité ! Il faut maintenant assumer vos propos, chers collègues.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).