Discours du 15 juillet 2026
Audrey Abadie-Amiel · Première session extraordinaire 2026 · séance n°14
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Nous débattons depuis trois ans d’un droit à l’aide à mourir – j’adresse une pensée à Olivier Falorni, car c’est grâce à sa persévérance que nous sommes réunis. (De nombreux députés des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS, Dem et GDR se tournent vers les tribunes et applaudissent. – Mme Frédérique Meunier applaudit également.) Nous avons tous – partisans du texte, hésitants ou opposants – été sincères au cours de débats qui nous ont éprouvés parce que la mort est sans doute le moment le plus intime de toute existence, celui face auquel personne ne peut avoir de certitudes.Le texte que nous examinons une dernière fois touche au cœur de notre pacte républicain : la manière dont une société accompagne chacune et chacun jusqu’au terme de son existence. Nos débats ont été marqués par des mots très durs – « permis de tuer », « suicide légal », « abandon des malades », « rupture du serment d’Hippocrate », voire « condamnation à mort ». Je respecte ces inquiétudes, elles sont à la hauteur de l’enjeu, mais ces mots ne rendent pas compte de ce que nous avons construit collectivement : des conditions d’accès strictes, une procédure réversible à tout moment et la volonté du patient placée en son cœur. Surtout, ils ne disent rien du quotidien de celles et ceux qui réclament ce droit depuis des années, de la souffrance de patients voyant leur maladie progresser inexorablement, de familles qui accompagnent l’agonie d’un proche qu’elles aiment. Certes, dans neuf cas sur dix, les personnes en soins palliatifs qui demandent l’aide à mourir y renoncent une fois leurs douleurs soulagées, mais que faisons-nous pour les 10 % restants, ceux pour qui la médecine ne peut plus rien ?Cette loi n’est pas une loi sur la mort ; elle est une loi sur la liberté et la dignité de personnes bien vivantes, dont la mort est déjà l’horizon, qui refusent de subir les derniers instants que la maladie leur impose. Elle offre la possibilité à celles et ceux confrontés à une maladie grave et incurable, dont le pronostic vital est engagé et dont les souffrances ne peuvent plus être apaisées, de choisir les conditions de leur départ.On nous oppose aussi le risque d’une pression sur les personnes vulnérables. Je le redis ici : cette loi ne crée aucune obligation de mourir et n’impose rien à personne. Elle respecte ceux qui ne souhaiteront jamais recourir à l’aide à mourir, comme ceux qui, dans le cadre strict fixé par le législateur, feront un autre choix. La République étant laïque, elle ne privilégie aucune conception philosophique, morale ou religieuse de la fin de vie (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et SOC. – Mme Sandrine Rousseau applaudit également), elle garantit à chacun la possibilité de vivre selon ses convictions, dans le respect de celles des autres. Aucun texte ne fera disparaître la douleur des familles confrontées à ces épreuves, mais cette loi évitera à certains de nos concitoyens l’exil, la clandestinité ou une fin de vie qu’ils avaient lucidement refusée.Il est des moments où le législateur ne peut se contenter de préserver l’ordre établi. Notre histoire républicaine est jalonnée d’avancées redoutées avant de devenir des évidences : les droits des femmes, le droit à l’avortement, les droits des patients, etc. Chacune de ces conquêtes a été précédée des mêmes procès en dissolution du corps social, des mêmes mises en garde contre l’irréparable, et chacune reposait sur une même conviction, plus exigeante qu’il n’y paraît : reconnaître aux individus leur aptitude à décider pour eux-mêmes, leur légitimité à être les premiers juges de ce qui les concerne au plus près.Au moment de voter définitivement ce texte, je remercie l’ensemble des députés pour la qualité de nos échanges et salue les soignants, les aidants et les familles dont les témoignages nous ont rappelé que derrière chaque disposition législative se trouvent des vies.Voter cette loi, ce n’est pas choisir la mort contre la vie, c’est affirmer que la dignité humaine ne s’interrompt pas au seuil de la mort et que la République accompagne chacun jusqu’au terme de son existence.Mes chers collègues, j’espère que nous pourrons dire à celles et ceux en proie aux pires souffrances qu’ils sont aptes à disposer de leur corps jusqu’au bout. Cette loi est une loi de liberté et de dignité. C’est avec cette conviction, républicaine et humaniste, que je vous invite à adopter définitivement ce texte. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS, Dem, HOR et GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).