Discours du 11 juin 2026
Aurélie Trouvé · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°267
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C’est dedans !
Ce n’est pas vrai !
Vous avez mal travaillé votre dossier !
Oui, mais vous n’avez rien compris, alors…
Entre 1 et 6 milliards !
Eh oui !
Du métal sans Mittal ! C’est le cri du cœur des salariés en lutte, celui que j’ai entendu il y a un an à Dunkerque. Beaucoup de ces travailleurs sont en ce moment devant l’Assemblée nationale, et je veux leur rendre hommage. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)Du métal sans Mittal ! C’est leur façon de nous dire : voyez, cet acier produit par et pour la France, cette usine, ce n’est pas à la famille Mittal que nous les devons, c’est à nous et au savoir-faire des générations de travailleurs qui se sont succédé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Et si, demain, nous conservons une production d’acier, ce sera grâce à eux – et peut-être à grâce à nous, si nous votons la nationalisation d’ArcelorMittal.Regardez autour de vous, dans cet hémicycle : il y a de l’acier partout. Imaginez que demain, pour nos bâtiments, trains, automobiles, avions, centrales nucléaires, éoliennes, fusées, nous devions importer tout cet acier. Imaginez si nous devions subir le chaos des marchés internationaux et des ruptures d’approvisionnement, alors que les chocs géopolitiques se multiplient et que les prix des matières premières flambent. Imaginez.Tel sera le cas si nous ne prenons pas la décision courageuse et indispensable de nationaliser ArcelorMittal. La famille Mittal n’a qu’une stratégie, qu’une obsession : délocaliser la production aux États-Unis, en Inde ou au Brésil.ArcelorMittal a laissé dépérir nos usines en France. Le groupe refuse obstinément d’investir dans la décarbonation. Or il ne reste que quatre ans avant que tout acier produit avec du charbon ne soit condamné. Quatre ans, c’est justement le temps qu’il faut pour sortir du charbon, construire des fours électriques et des unités de réduction de fer. C’est donc maintenant qu’il faut investir, maintenant !ArcelorMittal n’a plus d’excuse. L’Europe et la France ont répondu à toutes ses exigences : des droits de douane multipliés par deux, un super-contrat avec EDF, sans compter les aides publiques et l’absence totale d’impôt sur les sociétés. Ça suffit, maintenant, le chantage de la famille Mittal !Monsieur le ministre, combien de temps encore vous laisserez-vous balader par la famille Mittal ? Qu’avez-vous fait depuis six mois et notre vote pour la nationalisation du groupe ? Rien. Pire, la famille Mittal ne prévoit plus, éventuellement, qu’un seul projet de four électrique, à peine un quart de la production actuelle. Tout le reste est balayé.Il est temps de reprendre la main sur nos usines et sur nos vies. La seule solution, sérieuse et pragmatique, c’est la nationalisation : 3 milliards pour sauver notre indépendance économique et des dizaines de milliers d’emplois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)Collègues,…
…notre vote d’aujourd’hui dépasse le cas d’ArcelorMittal. Ce matin, nous apprenons que, dans douze ans, si rien n’est fait, notre planète prendra 2 degrés. Serons-nous une grande nation de la reconversion écologique ou un pays incendiaire parmi tant d’autres ? Serons-nous une grande nation de l’acier vert ou un petit pays qui renonce à sa souveraineté industrielle ? Serons-nous un peuple qui reprend ses droits ou les imbéciles de l’histoire néolibérale, alors que les Britanniques et les Italiens renationalisent leurs usines d’acier ? Serons-nous un peuple souverain qui construit sa voie ou un pays de plateformes logistiques, une colonie numérique obligée de s’en remettre aux puissances étrangères pour ses besoins essentiels ?L’an dernier, encore cinquante-sept usines en moins et 20 000 emplois perdus dans notre industrie ; des filières entières qui s’effondrent, dans l’acier, la chimie, l’automobile. La course tous azimuts aux capitaux étrangers, vendue dans des salons Choose France, finit irrémédiablement par la destruction de notre production. Combien de temps encore les gouvernements vont-ils cacher cette réalité ? Il est temps d’en finir avec cette idéologie néolibérale à laquelle plus personne ne s’accroche, en dehors de l’Europe et des gouvernements de M. Macron.Voilà pourquoi je remercie nos collègues du groupe GDR et mon corapporteur, M. Nicolas Sansu, d’avoir repris notre proposition de loi défendue en novembre dernier dans la niche du groupe La France insoumise. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – MM. Benjamin Lucas-Lundy et Marcellin Nadeau applaudissent également.) Chers collègues, renouvelons aujourd’hui notre vote historique : votons la nationalisation de la grande entreprise d’acier ArcelorMittal ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. Philippe Brun applaudit également.)
Je complète rapidement les propos de mon excellent corapporteur, Nicolas Sansu.Monsieur le ministre, le PDG d’ArcelorMittal France nous l’a confirmé lors de son audition : ArcelorMittal Méditerranée, donc le site de Fos-sur-Mer, est bien une filiale d’ArcelorMittal France ; je propose que nous ne revenions plus sur ce point.Deuxièmement, la valorisation à 3 milliards découle d’une méthode classique de valorisation des actifs pour les entreprises qui, comme ArcelorMittal France, ne sont pas cotées en Bourse.Troisièmement, ArcelorMittal ne prévoit que la construction d’un four électrique à Dunkerque. Cela représente à peu près un tiers de la production actuelle en amont et un sixième de la production historique. Vous égrenez des projets en aval, mais ce n’est pas ce dont il est question. L’acier galvanisé ou laminé dont vous parlez est l’arbre qui cache la forêt de la destruction de la production d’acier en amont. Or sans unité de réduction du fer, sans plusieurs autres fours électriques, nous serons dépendants des importations, donc des puissances étrangères, pour l’acier, ce bien essentiel dont presque toutes les industries françaises ont besoin.Certains ont parlé de gabegie budgétaire à 3 milliards d’euros – mais la gabegie budgétaire, ne sont-ce pas plutôt les 300 millions d’aides publiques distribuées en 2023 à ArcelorMittal, le très avantageux contrat de long terme – sur 18 ans ! – signé avec EDF, l’absence depuis plusieurs années de paiement d’impôt sur les sociétés par ArcelorMittal ? Nous proposons précisément d’en finir avec la gabegie budgétaire pour un groupe qui n’a prévu que de délocaliser sa production au Brésil, aux États-Unis et en Inde.Pour finir, vous parlez des décisions fortes prises par l’Europe, mais c’est parce que l’Europe a multiplié ses droits de douane par deux et parce qu’il existe désormais un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières qu’ArcelorMittal n’a plus d’excuses. Se faire balader par la famille Mittal, cela suffit ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)
Monsieur le ministre, la France n’est pas une île, mais elle n’en demeure pas moins un peuple souverain. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) La question est de savoir si nous voulons encore être capables de produire de l’acier dans quelques années – et vous n’avez aucune réponse, aucune solution à apporter.
Nous, nous en avons une : la nationalisation d’ArcelorMittal, qui est un choix pragmatique et raisonnable – le plus raisonnable qui soit. (Mêmes mouvements.)Vous avez évoqué les cas du Royaume-Uni et de l’Italie. Le premier a en effet décidé il y a quelques semaines de nationaliser British Steel. Vous avez raison de vouloir tirer des leçons de ces exemples. Évitons de faire comme les Britanniques et les Italiens, et de nationaliser trop tard, quand tout va mal. Faisons-le dès maintenant ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)Ce que vous voulez, vous, c’est faire de la France une île sans industrie. En l’espèce, nous voulons faire comme nous avons fait pour EDF. Nous allons d’abord stopper la désintégration géographique, parce que c’est la famille Mittal qui a décidé de délocaliser les fonctions support. Alors que toutes les fonctions pouvaient être réunies et intégrées sur le territoire français, elles sont en train de partir ailleurs. Nous saurons y mettre fin !Quant aux brevets, ce que vous avez dit ne sont que des foutaises. Une grande partie d’entre eux tombera en 2026-2027 dans le domaine public. De plus, nous disposons de moyens juridiques pour imposer leur transfert, et vous le savez.Quand nous gouvernerons, nous saurons créer un groupe intégré, comme l’avait été EDF. L’énergie et l’acier sont des biens essentiels que nous devons produire en France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Soumya Bourouaha applaudit également.)
Collègue Tanguy, vous n’avez pas défendu votre amendement, qui tend à instituer une golden share. Serait-ce parce que vous n’y croyez pas vous-même ? Vous parlez de nationalisations inutiles mais, en l’occurrence, vous défendez une participation au capital inutile : alors que le problème est d’obliger ArcelorMittal à investir, une golden share ne fournit à son propriétaire qu’un droit de veto, à exercer en cas de cession, par exemple. En outre, la disposition que vous proposez n’entre pas dans le cadre juridique actuel des actions spécifiques. Avis défavorable, donc.Un mot, collègue Kasbarian.
Aujourd’hui, nous sommes tous les deux députés, mais sachez que j’ai été vingt ans prof, pendant que vous, vous viviez aux crochets de cabinets de conseil. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)
C’est un peu McKinsey qui s’adresse aux ouvriers que nous sommes, aux soignants que nous sommes, aux agriculteurs que nous sommes ! Franchement, collègue Kasbarian, vous devriez avoir honte ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent, suivis par plusieurs députés des groupes SOC, EcoS et GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).