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Discours du 20 juillet 2026

Aurélie Trouvé · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22

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Le pays brûle, les sécheresses ravagent les récoltes ; pour seule réponse, vous proposez une loi poison qui attaquera la santé de toute la population et les écosystèmes.Voilà ce que vous avez décidé, porte close, en commission mixte paritaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il m’a été reproché de rompre avec l’usage et d’en briser le huis clos. Eh bien, oui, je le revendique ! Car quand on décide d’exposer des millions de nos concitoyens à des pesticides dangereux, de détruire le partage de l’eau, alors la CMP ne doit pas rester un conclave. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Claude Raux applaudit également.)La loi s’écrit au nom du peuple ; elle ne peut pas être cachée du peuple.

Le vrai scandale démocratique n’est pas que les Français aient su ce qui se décidait en CMP entre quatorze parlementaires ; c’est qu’on ait voulu le leur cacher.

Mais vous aviez peur, peut-être, que j’ébruite la formule de la potion toxique : un zeste de lâcheté macroniste et une grande louche de soutien lepéniste permettent à la droite sénatoriale de transformer cette loi agricole en une loi poison. (« Oh ! » sur quelques bancs du groupe EPR. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Dans la potion toxique, que trouve-t-on ? L’acétamipride et le flupyradifurone, des pesticides qui sont retrouvés dans le sang, les urines, le sperme, le liquide céphalo-rachidien d’enfants. Ils sont associés à un périmètre crânien diminué à la naissance, à des troubles du comportement chez l’enfant de 3 à 6 ans, à une diminution du nombre d’ovocytes, à des retards de croissance intra-utérine. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR.)Ne criez pas, collègues ; ce n’est pas moi qui le dis, mais l’Ordre des médecins. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Claude Raux applaudit également.) Seize sociétés savantes et médicales, pour la première fois de notre histoire, s’expriment ensemble publiquement pour nous dire à nous, députés, de ne pas céder à l’obscurantisme et de maintenir l’interdiction de l’acétamipride et du flupyradifurone. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) La réalité, c’est que 219 sénateurs ont pris en otage la loi d’urgence agricole pour en faire une loi criminelle pour nos enfants. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Collègues, ferez-vous de même ? Assumerez-vous que ces pesticides dangereux puissent à nouveau être épandus sur 400 000 hectares de betteraves – c’est-à-dire la superficie moyenne d’un département français –, sur les vergers de pommes, de cerises, de noisettes ?Collègues, qui écouterez-vous ? Quelle sera votre France ? La France des grands betteraviers, du sénateur Duplomb et de ses collègues, ou bien la France des millions de citoyens qui ont signé la pétition contre la loi Duplomb ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS) Celle de l’Ordre des médecins, des sociétés savantes et médicales, des associations environnementales, des représentants d’agriculteurs biologiques, d’apiculteurs et de paysans, dont certains auraient dû être présents dans les tribunes du public, mais à qui l’on a refusé l’accès parce qu’ils se sont inscrits trop tard ? (Exclamations sur les bancs des groupes EPR et DR.)Ce soir, chaque député sera mis face à ses responsabilités. Madame la ministre, vous nous dites que quoi qu’il arrive, vous ferez adopter ce texte. Voyez-vous, il existe une démocratie dans ce pays ; une Assemblée nationale et des députés élus par le peuple qui votent les lois. Si nous votons contre ce texte ce soir, il ne sera pas adopté, et ce sera tant mieux. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)L’histoire reviendra sans doute sur ce grave moment de régression où la science a été ignorée, la santé des êtres humains sacrifiée. On apprendra sans doute dans les manuels d’histoire les tristes raisons, les sombres prétextes qui l’auront justifié.La première excuse, Mme la ministre vient de la mentionner : l’Anses, une agence réglementaire. J’ai lu une formidable défense, consistant à dire : « Ne vous inquiétez pas, le pouvoir de dérogation appartiendra à l’Anses et à elle seule ; la science décidera, et elle seule. » Or ce n’est pas du tout ce que dit le texte que nous nous apprêtons à voter ; lisez-le bien ! L’Ordre des médecins et seize sociétés savantes et médicales se sont prononcés : il faut interdire les pesticides. Cela relève de notre responsabilité politique. À nous, élus du peuple, de les écouter. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)D’autres diront que ces pesticides dangereux pour les enfants sont indispensables à la survie de notre agriculture. Je vous le dis : c’est faux, archifaux. Le rapport de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), commandé par Mme la ministre de l’agriculture conclut qu’il n’y a pas de différence significative de rendement pour la culture de betteraves et de pommes en l’absence de ces pesticides. Pour la culture de cerises, les filets installés sur les vergers sont d’une très bonne efficacité.

Mais cela demande des moyens, bien sûr, de même que pour les producteurs de noisettes, dont on pourrait compenser toutes les pertes en attendant une solution efficace en cours de développement.Pour tout cela, il faut de l’argent public. Le problème, c’est que c’est complètement contradictoire avec les coupes budgétaires du gouvernement et de Mme la ministre qui frappent l’agriculture (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR) : 511 millions d’euros en moins en 2026, 100 millions en moins annoncés en 2027.Voilà la vraie raison de la loi d’urgence agricole : cacher la misère, cacher la sottise de la politique agricole de ce gouvernement. Car si l’agriculture va mal en France, si, pour la première fois depuis soixante ans, nous importons plus que nous n’exportons de produits agricoles, ce n’est pas à cause de la punaise diabolique ou de la jaunisse. C’est parce que les gouvernements ne font rien pour assurer aux agriculteurs des prix rémunérateurs. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Claude Raux applaudit également.) C’est parce qu’ils se sont agenouillés devant Mme von der Leyen en acceptant l’accord avec le Mercosur, la Nouvelle-Zélande, demain l’Australie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) C’est parce qu’ils ont accepté, l’année dernière, que les États-Unis exportent vers la France, à droit de douane nul, 500 000 tonnes de noix et de noisettes farcies de pesticides interdits chez nous.Dans le petit huis clos de la CMP, de grandes victoires de l’Assemblée nationale qui auraient pourtant changé les choses ont été écartées : les prix planchers pour les agriculteurs,…

…l’interdiction d’importer des aliments traités avec des substances interdites en France, l’approvisionnement des cantines avec des produits 100 % français.Reste un dernier prétexte pour voter cette loi toxique : M. Duplomb et ses collègues auraient accepté un compromis sur l’eau. Ah bon ? Et du coup, on peut empoisonner nos enfants, tout va bien ? C’est tout simplement ahurissant, et c’est faux.Les sénateurs ont maintenu des horreurs dans ce texte. Chacun pourra installer des mini-bassines dans les zones humides sans contrepartie. La loi nous dictera de stocker deux fois plus d’eau pour l’irrigation agricole. Collègues, l’eau est une ressource finie, de plus en plus limitée. À qui allons-nous retirer de l’eau pour irriguer davantage ? Aux villages qui sont ravitaillés en eau potable par camions-citernes en ce moment même ? Aux usines, y compris des industries agroalimentaires, dont certaines doivent déjà s’arrêter par manque d’eau ? Aux élevages de coquillages ou à la pêche côtière en aval ?Certains diront que sans cela, les champs seront grillés. Dois-je rappeler que la moitié de l’eau consommée en France ne sert à irriguer que 7 % des surfaces agricoles françaises, notamment du maïs d’exportation, alors que la plupart des agriculteurs n’irriguent pas ?L’urgence, c’est de déclarer aujourd’hui, dans une vraie loi d’urgence, les sécheresses comme catastrophes naturelles, pour que tous les agriculteurs soient indemnisés des pertes subies. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)Ce qu’il faut, c’est un grand plan d’adaptation au changement climatique : des aides massives pour stocker l’eau, non pas dans des mégabassines, mais dans les sols, avec des haies, des zones humides, du non-labour, c’est-à-dire des techniques de l’agroécologie ; pour adapter les races, les rotations de culture, les variétés ; pour adopter des modes d’irrigation plus économes, comme le goutte-à-goutte. (Bruit de conversations.)Collègues,…

…je finirai là-dessus : ne faites pas de notre République une République anti-écologique, frappée par des guerres de l’eau et des maladies politiques. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Claude Raux applaudit également.) Construisons la première République écologique, fondée sur des écorégions, où les agriculteurs seraient en paix avec leurs écosystèmes, avec tous les autres usagers de l’eau, avec tous les citoyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont de nombreux députés se lèvent, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – Mme Soumya Bourouaha applaudit également.)

C’est l’article 7 !

Sur la base de l’article 24 selon lequel le Parlement vote la loi et contrôle l’action du gouvernement. Je me demande en quoi l’Assemblée nationale est en train de contrôler l’action du gouvernement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.– M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Des sénateurs ont pris en otage cette loi agricole pour y faire entrer au forceps l’autorisation de pesticides dangereux pour le cerveau des enfants et… (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous sommes à l’aube d’une campagne présidentielle.

Dans moins d’un an, les Français s’exprimeront. Alors, j’interroge chaque député, mais aussi les candidats à la présidentielle – Mme Le Pen, M. Attal et les députés de M. Édouard Philippe : assumerez-vous de voter une loi dans laquelle figure l’autorisation de pesticides dangereux pour les enfants ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes SOC et EcoS.) Assumerez-vous de voter une loi contre l’avis de l’Ordre des médecins et des sociétés savantes médicales ? Assumerez-vous de le faire contre 2,1 millions de personnes qui ont signé la pétition l’an dernier ? C’est un véritable déni de démocratie que vous êtes prêts à accomplir !Chaque député est mis ici face à ses responsabilités et, croyez-moi, chaque Français s’en souviendra au moment de voter. Votez bien !

Parce qu’il s’agit de la vie de nos enfants !

J’ai une question pour Mme la ministre.

Oui, monsieur le président, et c’est sur la base de l’article 24 de la Constitution : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du gouvernement. […] ». Je considère qu’en l’occurrence, l’Assemblée nationale ne peut pas contrôler l’action du gouvernement. En effet, un amendement a été déposé par l’ex-première ministre Borne et par l’ex-ministre Pannier-Runacher ainsi que par vingt-trois autres collègues du groupe EPR. J’en viens à ma question, madame la ministre : allez-vous humilier ces vingt-cinq collègues du principal groupe parlementaire (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS), du… (M. le président coupe le micro de l’oratrice.)

Sur la base de l’article 100 relatif à la bonne tenue des débats. Monsieur le président Attal, ce n’est pas moi qui humilie vingt-cinq députés du groupe EPR : c’est le gouvernement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Et il n’humilie pas seulement ses vingt-cinq députés : il humilie, il méprise, il piétine la représentation nationale ! Voilà ce qui est en train de se passer dans cet hémicycle ! (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).