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Discours du 18 mars 2025

Aurélien Pradié · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°133

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Ça vous rappellera Staline !

Depuis plus d’une décennie, la France est en proie à une guerre nouvelle dont la montée en puissance a déjà dépassé tous les seuils d’alerte. Face à cette crise, la parole politique semble se déployer chaque jour ou presque, mais sommes-nous vraiment à la hauteur de la menace mortelle qui s’étend sous nos yeux ?Trois fléaux ont pris racine dans les profondeurs du pays. La corruption est le premier d’entre eux : elle devient, année après année, un mal systémique qui ronge une part de nos institutions et de notre administration. La corruption au sein des institutions judiciaire, policière et politique est un fléau dont on peine, en France, à prendre pleinement conscience.En juin 2023, une greffière du tribunal de Saint-Nazaire est arrêtée pour avoir transmis des informations à un trafiquant ; en janvier 2024, neuf personnes, dont un fonctionnaire de police aux frontières à l’aéroport d’Orly, ont été mises en examen dans une affaire de trafic de cocaïne et de cannabis ; la même année, une magistrate est mise en examen sous onze chefs d’inculpation pour ses liens avec le grand banditisme. Et il en est de même pour plusieurs élus.Considérer que notre pays et notre État sont en proie à un sabotage corruptif peut sembler excessif. C’est pourtant la réalité. Un véritable proto-État alternatif à notre démocratie et à l’État français se structure et s’organise chaque jour un peu plus. Le trafic de drogue pèse aujourd’hui entre 3 et 6 milliards d’euros ; c’est colossal ! Cette énorme masse d’argent de la drogue ne connaît ni frontière territoriale ni limite hiérarchique ou sociale ; il peut acheter et vassaliser des dockers, des bagagistes, des forces de l’ordre, des magistrats, des préfets et des élus de la République.Le deuxième fléau est celui de la circulation et du trafic d’armes. En 2024, 110 personnes sont mortes et 341 ont été blessées dans des violences en lien direct avec le narcotrafic. Le temps où l’accès aux armes de guerre était réservé au grand banditisme est révolu et le trafic d’armes connaît une croissance alarmante. En 2022, 8 027 armes ont été saisies par les autorités françaises, contre 7 330 en 2021 ; parmi ces 8 027 armes, 297 étaient des armes de catégorie A, c’est-à-dire des armes de guerre, en l’occurrence des fusils d’assaut AK-47, des pistolets-mitrailleurs et des armes de poing, qui proviennent de pays instables tels que la Libye ou la Syrie, mais aussi désormais du front ukrainien, qui alimente les marchés noirs français.Aux frontières, notamment avec l’est de l’Europe, les contrôles sont quasi inexistants. Et les conséquences du trafic d’armes sont catastrophiques : les actes de violence à l’arme de guerre se banalisent, avec des règlements de compte en pleine journée à Avignon, à Montpellier, à Marseille, à Dijon ou encore à Nîmes. Pour imposer leur domination territoriale, les groupes criminels ne reculent devant rien, y compris le recrutement de tueurs à gages de 14 ans.Enfin, le dernier fléau est peut-être le plus important et le plus sournois : c’est la corruption morale du pays. Car le combat contre le narcotrafic est un combat identitaire, un combat culturel, peut-être même le combat d’une civilisation. Les narcotrafiquants ne menacent plus seulement l’ordre public : ils menacent désormais notre modèle de société.Autour du narcotrafic s’est progressivement installée une société alternative, dotée de ses codes et de sa culture. Loin d’être marginal, ce modèle est porté par une vision magnifiée de la criminalité au travers du cinéma, de films à succès et de séries grand public, de la musique et de clips, des réseaux sociaux, mais aussi d’une esthétique conquérante de la violence. Dans cet environnement, des pseudo-codes d’honneur sont revendiqués, les armes de guerre sont glorifiées, les exécutions et la perte de valeur de la vie humaine érigées en règle de vie ! La corruption des esprits et des individus depuis l’intérieur de nos institutions et de notre État jusqu’à une partie de la classe politique qui revendique sa tolérance envers le deal et la consommation de drogue sans aucune honte : tout contribue à l’écosystème du narcotrafic ! (M. Ian Boucard applaudit.)

C’est une société post-républicaine qui se structure et prospère sur les ruines de notre identité et de nos valeurs.

Au fur et à mesure du recul de la République, de la nation, de la démocratie et de l’État de droit, nous n’affirmons plus rien, alors que le crime devient une offre alternative d’affirmation. Le djihadisme islamiste a prospéré sur nos lâchetés et sur nos abandons de valeurs. C’est maintenant au tour du crime organisé, plus précisément du narcotrafic, d’envisager la construction d’un narco-État alternatif à la nation !Au milieu de nos débats techniques et opérationnels, je veux alerter : la bataille que nous avons à mener contre la drogue, contre le trafic d’armes et contre la corruption est une bataille de civilisation. Réarmer un pays nécessite un réarmement moral. Sinon, tout ne sera que pansement sur une jambe de bois. Et sans cette lucidité, il n’y a pas de vrai courage politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Maud Petit et M. Laurent Mazaury applaudissent également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).