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Discours du 4 mai 2026

Aurélien Saintoul · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218

Il se fonde sur l’alinéa 3 de l’article 70. Les propos du président de la commission constituent une provocation. Pour la sérénité de nos discussions, tous les orateurs, lui compris, devraient s’abstenir d’accuser qui que ce soit de trahison. Nous parlons d’un sujet très grave. Ni vous ni nous ne constituons de cinquième colonne. Nous ne faisons que défendre des convictions. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

C’était une provocation. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent ce dernier.)

Et où en est la lutte contre le harcèlement dans les armées ?

C’est vous qui décidez, car c’est vous qui êtes au pouvoir !

Il faudrait surtout mettre fin à ce gouvernement !

Si elle est éligible !

La loi de programmation militaire, adoptée en 2023 par anticipation sur la précédente, est entrée en vigueur en 2024. Sa révision a été entamée en 2025 et fait l’objet d’un vote en 2026. La loi est maintenant redessinée par une augmentation de plus de 10 % des crédits votés. Comment prétendre, après cela, que la loi de programmation militaire est l’outil du temps long ?Cette petite chronologie rappelle plutôt que vous avez échoué, en 2023, à faire une loi crédible et sincère ; que vous avez engagé des dépenses que vous saviez ne pas pouvoir honorer – et que vous attendez aujourd’hui de nous que nous fassions passer le pays à la caisse.Le contexte international, si dégradé, offre une dissimulation flatteuse à votre incurie ; mais cela ne trompe personne.Tout d’abord parce que l’inaction du président et du gouvernement face à la multiplication des crimes commis au Moyen-Orient par Israël et par les États-Unis n’est pas pour rien dans cette dégradation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Si la France, quand il en était encore temps, avait conduit un véritable front du refus, croit-on qu’Israël aurait envahi le Liban ou que les États-Unis auraient engagé une guerre illégale en Iran, qui mène au blocage du détroit d’Ormuz et à l’asphyxie de l’économie mondiale ?Vous prétendez de même qu’il aura fallu trois ans de guerre en Ukraine – voire quatre – pour que devienne évident le rôle que les drones jouent dans la guerre contemporaine. Forts de cela, vous annoncez aujourd’hui que nos investissements dans ce secteur sont désormais prioritaires – manière de reconnaître qu’ils ne l’avaient pas été jusqu’à présent. Permettez-moi cependant de vous rappeler ce qu’indiquait, noir sur blanc, le programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2022, publié avant l’invasion de l’Ukraine : les retours d’expérience des conflits en Libye ou au Haut-Karabagh avaient montré sans équivoque que l’usage des drones que nous avions jusqu’alors privilégié, largement déterminé par la stratégie américaine, était dorénavant obsolète et qu’il fallait se doter sans tarder des moyens matériels et humains nous permettant de nous mettre à niveau – dans le domaine offensif comme dans le domaine défensif. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) La prescience du programme de Jean-Luc Mélenchon ne s’arrêtait d’ailleurs pas à la dronisation, puisqu’il nous engageait dès 2017 à investir massivement dans les nouvelles frontières de l’humanité que sont le spatial, le cyber et l’océan. Avec près de dix ans de retard, on nous explique maintenant que c’est en effet prioritaire : il était temps !L’honnêteté commande cependant de dire aussi que si ces domaines sont maintenant prioritaires – paraît-il –, ce n’est pas au point d’attacher à leur actualisation une stratégie industrielle crédible. Cela aurait sans doute été difficile, ou difficilement crédible, de la part d’un exécutif organisant en ce moment même le démantèlement d’Atos : nous avons appris la semaine dernière, à la faveur de l’audition de Roland Lescure par la commission d’enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, dont Aurélie Trouvé est la rapporteure, que les activités de cybersécurité, qui contribuent notamment au programme Scorpion, ont vocation à être vendues à la découpe.Nulle part ce défaut de pilotage n’est peut-être plus visible que dans le domaine des munitions. Que ne nous dit-on pas sur le sujet ! Plus de 8 milliards sur la table pour un programme France Munitions : la belle affaire, mais qu’en est-il réellement ? Y aura-t-il avec cela une seule usine rénovée ou construite dans le pays ? Le sait-on seulement ici ? Le sait-on sur les bancs du gouvernement ? Le sait-on même à la DGA ? En tout cas, personne n’a jugé utile de le dire à la représentation nationale.En revanche, voici ce qui est certain : les margoulins d’Alpha Blue Ocean et d’Europlasma, qui font de la cavalerie budgétaire avec les Forges de Tarbes et les Fonderies de Bretagne, qui ruinent les petits porteurs en misant sur les effets d’annonce de l’économie de guerre, ont toujours la bride sur le cou pour continuer à ne rien produire. Cinq ans après le rachat des Forges de Tarbes, l’entreprise ne produit même pas 60 000 corps d’obus par an, quand, en Allemagne, Rheinmetall a multiplié sa production par quinze, la portant à plus de 1 million ! Voilà qui fait sérieusement relativiser les ambitions affichées par M. Macron en matière d’autonomie stratégique, européenne ou non.Disons enfin un mot de l’Europe. Des années d’échec n’auront manifestement rien changé à votre compréhension du problème. Scaf, MGCS, tous les voyants sont au rouge. Tout ce que nous redoutions – tout ce que nous annoncions – s’est produit ; mais s’il est bien une caractéristique du macronisme, c’est de persévérer dans l’erreur. Actualiser la LPM sans la changer : voilà ce que signifie l’observation régulièrement entendue, notamment en commission : « Ce n’est pas un texte sur le format. »Nous voici donc appelés à voter 36 milliards de crédits supplémentaires, sans aucune garantie ni aucun mea culpa de votre part, mais au contraire l’assurance tranquille que vous donne le sentiment de pouvoir faire un chantage au patriotisme aux députés qui demanderaient des comptes sur le bon usage des deniers publics.Apparemment, les temps sont durs dans le secteur de la défense, et – passez-moi l’expression –, « pour 35 milliards, t’as plus rien ». Nous n’y croyons pas, pas plus que les actionnaires des multinationales de la défense, qui voient avec gourmandise leur cote en bourse monter encore et encore. Dans le reste de la société, on pense au nombre d’écoles, de crèches et d’hôpitaux que l’on pourrait ouvrir avec 36 milliards. Peut-on faire cela et, en même temps, assurer la protection de la France ? Bien sûr, on le peut : on le peut parce qu’on le doit. Le moyen est connu : prélever le juste niveau d’impôts sur les plus grandes fortunes de ce pays, car c’est leur désertion fiscale qui nous met en danger. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Puisque le président des riches est si soucieux des forces morales de la nation, faites-lui dire que c’est la désertion fiscale des plus riches qui démoralise le peuple ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Ce n’est pas vrai !

Cet amendement, presque traditionnel, vise à supprimer la mention d’un objectif de dépenses en faveur de la défense, exprimé en pourcentage du PIB. La raison en est très simple : il faut prendre pour point de départ le besoin et non un chiffre ou un totem. À La France insoumise, nous n’avons pas ce genre de préventions. Ce que nous voulons, c’est pourvoir aux besoins des armées et de la défense nationale.Évidemment, en formulant notre objectif de dépenses en pourcentage du PIB, on donne un gage à l’Otan et à M. Trump, qui a exigé que nos dépenses atteignent 5 % ou 3,5 %, suivant le mode de calcul choisi. C’est ce dont nous ne voulons pas ! Nous ne voulons pas organiser les dépenses de défense de notre pays pour satisfaire un quelconque intérêt étranger. Notre but n’est pas de payer, payer, payer pour que, in fine, je ne sais quel fournisseur américain en bénéficie. Encore une fois, notre but est de pourvoir aux besoins de nos armées.Effaçons donc cette mention, d’autant plus qu’en raison des fluctuations de la conjoncture, nos dépenses pourraient bien atteindre 2 % du PIB à l’occasion d’événements divers – on peut prendre l’exemple de la crise du covid.Des objectifs de cette sorte ont donc peu de pertinence. Ils n’ont qu’une fonction d’affichage visant à donner des gages à l’impérialisme américain. Mais on n’est pas toujours obligé de se mettre à plat ventre !

Je formulerai trois observations. D’abord, fixer un objectif et évaluer, ce n’est pas la même chose, monsieur le rapporteur. Or le texte prévoit de fixer un objectif.Deuxièmement, madame la ministre, vous ne me convainquez pas. Les industriels sont capables de lire des chiffres en valeur absolue. Si vous leur présentez un tableau d’engagements financiers, sous forme de crédits de paiement ou d’autorisations d’engagement, ils parviendront tout aussi bien à anticiper ou à planifier et le budget sera ventilé de la même façon. Votre argument n’est donc pas pertinent.Le troisième point tient à la parité de pouvoir d’achat. Quel sens y a-t-il à comparer des barres représentant le PIB de telle ou telle économie ? L’économie de la Chine, celle de la France, celle des États-Unis ne sont pas structurées de la même façon et l’achat de matériel de guerre ne se fait pas au même prix et dans les mêmes conditions. En conséquence, si vous vous livrez à des comparaisons sur le seul fondement de la part de PIB consacrée aux dépenses de défense, vous n’aurez pas idée de la quantité de matériels que les uns et les autres achètent. Vous comparerez des choux et des carottes ! Fixer un objectif de cette manière n’est donc pas non plus très pertinent.Nous ferions preuve de sagesse en admettant que cet objectif exprimé en pourcentage du PIB est un accessoire, un gadget qui fait plaisir aux Américains et que nous ne sommes pas toujours obligés de leur faire plaisir – on a le droit de réfléchir !

Cet amendement du Rassemblement national illustre parfaitement leur méthode : surenchérir, surenchérir, toujours surenchérir, même sans fondement.M. Jacobelli vient d’expliquer qu’une simple baisse du PIB suffirait à atteindre l’objectif. Alors quoi ? Ils applaudiront et crieront « youpi !» après avoir atteint un objectif qui leur paraîtra acceptable ? J’ose espérer que non. J’ose espérer qu’ils ne seront pas incohérents à ce point.Selon la ministre, le poids de forme est de 100 milliards. Dans ce cas, pourquoi ne pas inscrire un objectif en valeur absolue, par honnêteté, même si cela comporte quelques limites ? Ne vous accrochez pas à un totem aussi fluctuant et fragile qu’un pourcentage de PIB.Cet amendement n’a pour but que de permettre au Rassemblement national de bomber le torse et d’affirmer qu’avec eux, ce sera encore plus, toujours plus.

Mais personne n’y croit, alors évitons ce type d’amendement.

La faute à qui ?

Je trouve un peu curieux que le rapporteur nous dise qu’on peut voter un amendement puisqu’il ne portera pas à conséquence parce que c’est dans le rapport, ou parce qu’il s’agit d’un objectif pour une date postérieure à une élection présidentielle.

J’aimerais que ce que nous votons ici porte à conséquence et il me semble que l’argument selon lequel il ne faut pas préempter le débat présidentiel devrait être retenu.Je note que M. Wauquiez, signataire de l’amendement, aurait dû avoir envie de débattre en tant que président de son groupe, mais il n’est pas venu le défendre. (Exclamations sur les bancs du groupe DR.) S’il a signé cet amendement, c’est qu’il apportait de l’importance à ce sujet, mais il n’a pas daigné rejoindre l’hémicycle. C’est un peu dommage, d’autant que je l’ai vu ce midi au restaurant de l’Assemblée. (« Oh ! » sur les bancs des groupes RN, DR et HOR.) Je le regrette.

Enfin, monsieur Thiériot, vous invoquez les 3 ou 3,5 % d’autrefois – nous avons même dépassé ces chiffres – pour justifier que l’on fixe le même objectif pour 2035, mais à combien était-on sous M. Sarkozy ? Pourquoi avoir changé d’objectif ?S’il faut vingt ans pour construire une politique de défense, pourquoi ne pas avoir anticipé l’évolution du pays et du monde ? Pourquoi avoir laissé M. Sarkozy engager la révision générale des politiques publiques (RGPP) alors qu’elle a fait tant de mal à nos armées ?Vos arguments manquent de constance, tout comme les Républicains. Nous, nous n’en manquerons pas : les objectifs en pourcentage du PIB ne sont pas pertinents et nous ne voterons donc pas ces amendements.

Cet amendement porte sur l’article 1er, qui caractérise ce que doit être le rapport annexé. Nous opposer le secret-défense n’est donc absolument pas pertinent : il n’y a aucun sens à dire que, en légiférant, en amendant l’article 1er ou le rapport annexé, nous y introduirions des éléments couverts par le secret-défense – il faudrait pour cela que nous en ayons connaissance !J’ai tendance à penser qu’il est pertinent d’aborder ce sujet dans le rapport annexé. En revanche, je ne suis pas totalement convaincu de la nécessité d’y faire référence dès l’article 1er car je ne vois aucune raison de cadrer davantage ce qui figure dans le rapport. Je suggérerais donc plutôt à notre collègue Gosselin d’examiner si ces éléments figurent bien dans le rapport lorsque nous en débattrons.

C’est encore un cas typique d’amendement d’affichage du Rassemblement national. Il pose en effet un problème élémentaire de hiérarchie des normes. Je ne suis pas un juriste émérite, mais vous imaginez bien qu’un article d’actualisation de la loi de programmation militaire ne peut en aucun cas empêcher la modification des traités. Pour ce faire, il faut suivre une procédure d’adoption et de ratification. Vous construisez un épouvantail pour expliquer que vous allez l’abattre. Cela n’a pas beaucoup de sens.Ce qui est en cause, c’est le fait que les traités européens n’aient pas été totalement respectés. Nous avons protesté contre la nomination du commissaire européen Andrius Kubilius à la défense, car ce commissariat n’avait pas lieu d’être. Le gouvernement aurait dû prendre ses responsabilités et s’assurer du changement de la composition de la Commission européenne. Cependant, si vous voulez mener ce débat, il faut le faire devant les bonnes juridictions, et non ici, en soutenant un dispositif qui ne répondra pas à votre objectif.

Je formulerai quelques observations. La première, c’est que le Rassemblement national nous explique qu’il n’est, dans le fond, pas favorable à cette loi de programmation militaire, mais qu’il souhaite sanctuariser son exécution. Allez comprendre ! La réalité, c’est qu’ils ne savent plus où ils habitent ; ils sont pour, mais dès qu’il s’agit de dire qu’il faut augmenter, alors ils sont contre, ou peut-être pour. En somme, plus personne ne comprend rien à ce qu’ils défendent. (M. Emeric Salmon s’exclame.)

La deuxième, c’est que M. Cormier-Bouligeon nous dore quand même un petit peu la pilule – passez-moi l’expression – parce qu’en l’occurrence cette exécution de la loi de programmation militaire à l’euro près ne tient pas compte des reports de charges qui s’accumulent année après année et des difficultés que nous aurons à l’exécuter.La troisième, c’est que dans leur hâte à déposer un amendement d’affichage, le Rassemblement national s’est un peu pris les pieds dans le tapis. Je signale qu’il faudrait rerédiger cet amendement dans lequel il manque au moins deux mots, et que si jamais vous deviez adopter votre propre amendement, il faudrait qu’un amendement rédactionnel soit ensuite voté au Sénat pour en faire quelque chose.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).