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Discours du 6 mai 2026

Aurélien Saintoul · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°222

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Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le peuple malien est la proie de grands tourments et le Mali menacé de grands périls. La dégradation de la situation a connu une acmé le 25 avril dernier avec l’attaque coordonnée de plusieurs villes lancée par les islamistes du Jnim et les indépendantistes du FLA, attaque qui a notamment causé la mort du ministre de la défense de la junte. À cette heure, la capitale de Bamako subit un blocus.En réaction à ces événements le gouvernement s’est borné à faire des recommandations de sécurité à nos ressortissants. Vous n’avez pas souhaité sortir du silence, mais il est trop lourd et susceptible de trop nombreuses interprétations pour que nous continuions simplement de l’observer. La France ne peut regarder le sort du Mali avec indifférence. Certes, l’histoire coloniale et l’histoire récente entre nos deux pays obligent à la réserve et à la prudence, mais nous ne comprendrions pas qu’elle conduise au mépris. Nos deux peuples sont étroitement liés. Nous avons en commun des milliers de personnes porteuses des deux nationalités. Les amis maliens de la France et les amis français du Mali se comptent par millions.La fin brutale de l’opération Barkhane, décidée par la junte sans concertation avec la France, faisant fi des dizaines de soldats français ayant perdu la vie au Mali, des dizaines d’autres revenus blessés dans leur chair et leur esprit, auxquels je veux rendre hommage, et la détention d’un agent français à Bamako sont des motifs légitimes d’amertume. De part et d’autre, le sentiment du gâchis prédomine incontestablement quand de si grands malheurs accablent tant d’innocents. Les points de vue se sont figés et le différend entre les gouvernements a empêché de faire le nécessaire bilan des années de notre engagement. Toutefois, nous ne pouvons en rester là, parce que la France doit avoir une parole humaine et fraternelle envers ses amis, parce qu’elle ne peut regarder la situation sans avoir un avis.Je vous le demande donc simplement : comment la France analyse-t-elle les récents événements au Mali ? Comment en discute-t-elle avec ses partenaires ? À quelles initiatives peut-elle s’associer pour adoucir les souffrances du peuple malien et pour aider le Mali à retrouver un peu de la stabilité auquel il a droit ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe GDR.)

Je suis d’accord avec la ministre et le rapporteur. Les parlementaires n’ont pas à recevoir d’ordres de la part de militaires. D’une certaine façon, c’est plutôt à nous de donner des ordres à ces derniers, pas de manière opérationnelle, mais en orientant la politique de défense comme nous sommes en train de le faire. Chaque jour, la garde républicaine prête allégeance à la présidence de la séance. Dans toute démocratie, il importe de s’assurer que les autorités civiles priment les autorités militaires. C’est pourquoi notre fonction est incompatible avec l’engagement dans la réserve opérationnelle.J’ai une autre question pour Mme la ministre. Hier a été publiée une interview du grand chancelier de la Légion d’honneur qui me paraît poser un sérieux problème du point de vue du devoir de réserve. Le général Lecointre, pour qui j’ai beaucoup d’estime, y explique qu’il n’a jamais cru en l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, qui fonde en réalité toute notre stratégie d’alliance. Sans l’article 5, il n’y a pas d’Otan.

Le grand chancelier de la Légion d’honneur joue nécessairement un rôle important au sein de l’État : a-t-il sollicité une autorisation pour s’exprimer ? Sa parole engage-t-elle celle de l’exécutif ? Le président de la République en a-t-il été informé ? Ce n’est pas un petit sujet, puisque nous discutons de l’actualisation de la programmation militaire !

Je ne m’éloigne pas de la question, madame la présidente, puisque nous débattons du devoir de réserve, des sujétions imposées aux militaires et du rapport entre les autorités civiles et les autorités militaires.

C’est un autre problème. Je reviendrai sur le sujet.

Sur celui de l’article 70, alinéa 3, madame la présidente. Mme Lingemann vient de mettre en cause les députés LFI – mais aussi, d’une certaine manière, votre présidence, puisque vous nous avez donné la parole. (Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.) Nous avons utilisé notre temps de parole ; je ne vois pas de problème à cela. En ce qui me concerne, je n’ai pas reproché à Mme Lingemann, qui vient de retirer son amendement, de l’avoir déposé alors qu’elle n’y croyait pas. Il me semble donc… (Mme la présidente coupe la micro de l’orateur.)

Cet amendement, qui rejoint d’autres amendements adoptés précédemment, me paraît intéressant.J’aimerais souligner un point un peu délicat – compréhensible dans le cadre de l’amendement – à savoir l’absence de hiérarchie. L’amendement dispose que « les appels d’offres devront notamment garantir que la conception, le design et l’assemblage final soient réalisés au sein de l’Union européenne ». Or cette formulation ouvre d’autres questions, dans la mesure où certains de nos partenaires – notamment l’Allemagne, pour ne pas la nommer – ont pour stratégie de développer la production de matériels qui seront assemblés sur leur territoire mais qui se trouvent souvent sous licence américaine. L’amendement tel qu’il est rédigé nous amène à nous interroger sur l’opportunité d’acheter sur étagère ce type de matériel estampillé made in Germany mais sous licence américaine.Je voulais attirer l’attention de nos collègues sur ce point, qui mérite réflexion. Il me semble que nous pourrions voter l’amendement, même s’il est un peu redondant avec d’autres dispositions déjà adoptées.

Cet amendement du Rassemblement national relève du truisme. Évidemment, nous n’imaginons pas que l’État n’entretienne pas de relations continues avec les entreprises de la BITD pour s’assurer que les objectifs qu’il leur assigne et les contrats qu’il passe seront respectés.Le signal que veut envoyer le Rassemblement national avec l’amendement précédent et celui-ci, c’est la soumission aux intérêts des grandes entreprises. C’est le tournant qu’essaie d’imprimer M. Bardella et que le RN essaie de prendre : faire entendre qu’il est le candidat du grand patronat, des directions des grandes entreprises, des majors de la défense. C’est un signal politique.Je saisis cette occasion pour signaler que, si nous souhaitons nous assurer que les besoins des armées – qui ont été définis, il faut le rappeler, en fonction des orientations données par le pouvoir politique – sont en totale adéquation avec l’appareil industriel de défense, le mieux est peut-être de nationaliser. Je sais que certains vont pousser de hauts cris, mais les arsenaux français ont à leur actif de très grandes réussites, et rien n’empêche d’imaginer qu’à l’avenir, ils puissent fonctionner à nouveau et avoir d’aussi beaux succès.

Je fais ce rappel sur le fondement de l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle. Monsieur Jacobelli, je ne connais pas suffisamment le russe pour lire la Pravda, mais j’en sais suffisamment pour vous dire que je n’ai pas de problème à ce que vous m’associiez à l’idée de vérité.

Je crois avoir plus que vous l’habitude de dire la vérité (Exclamations sur les bancs du groupe RN) et je préfère être associé à la Pravda qu’à Je suis partout, comme vous méritez de l’être.

J’ai bien compris l’objectif visé par les auteurs de l’amendement. Donner de la visibilité aux industriels est un bon principe car on ne peut pas toujours leur demander de travailler à vue, mais il me semble que la question devrait plutôt être formulée en termes de planification globale, de planification des besoins. Bien sûr, nous avons voté une loi de programmation et nous étudions à présent son actualisation – ce qui montre au passage que la programmation elle-même est soumise à des fluctuations –, mais je reprends un reproche que j’ai déjà formulé lors de la discussion générale : où est la planification industrielle ? Où sont les objectifs du gouvernement en la matière ? Bien sûr, j’ai remarqué que les grandes entreprises de la BITD n’étaient toujours pas nationalisées mais pourriez-vous nous dire, madame la ministre, dans quel domaine, dans quel secteur, nous créerons des lignes de production ? Où allons-nous implanter de nouveaux sites ? Combien d’emplois seront créés ?Contrairement à ce que disait M. Jacobelli, le député Je suis partout, la question se pose. Les relations que nous avons avec les entreprises ne nous permettent pas d’assurer un suivi aussi fin. J’ai visité hier, au Plessis-Robinson, une grande entreprise de défense, dans laquelle les effectifs auraient augmenté de 40 %. C’est bien, mais je crois que ce pilotage doit aussi être assuré par le gouvernement.

Le parti des SS français, c’est vous !

Cet amendement vise à préciser le rôle des armées dans la protection des populations et du territoire français face aux différentes catastrophes induites par le changement climatique.Si les armées participent déjà à ce genre de missions, notamment en appui à la lutte contre les incendies – nous avons tous en mémoire l’opération Héphaïstos et divers déploiements dans les outre-mer, en particulier après l’ouragan Chido –, il est clair que ces engagements, aujourd’hui exceptionnels, vont devenir coutumiers, ce qui aura un impact sur le format et la disponibilité de nos forces. L’objectif de cet amendement est de s’assurer que la réflexion sur le format et le rôle des armées dans la protection civile soit menée.

Vous êtes vraiment grotesque !

Je remercie Mme la ministre d’avoir répondu sur le fond, contrairement au rapporteur qui, manifestement, n’a toujours pas compris que quand il s’adresse à la gauche, il peut se tourner vers elle plutôt que lui tourner le dos.Le ton de sarcasme un peu grotesque que M. Thiériot vient d’employer n’est pas vraiment de saison. Il est question de la vie de nos concitoyens frappés par des catastrophes climatiques, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec la planification écologique telle que nous l’entendons, qui vise à orienter la production industrielle pour atténuer les effets du réchauffement climatique – mais peut-être faites-vous partie de ces gens obtus qui pensent que le réchauffement climatique n’existe pas ? –, ni avec le Gosplan, qui est une organisation de l’économie. Nous évoquons la participation des armées à la résilience de la nation.Précisément, monsieur Thiériot, vous qui vous rendez souvent à des hommages à nos armées en vous frappant le cœur – avec un style qui vous appartient, mais, sur le fond, à raison –, c’est montrer bien peu de considération pour la représentation nationale et pour les armées que de ne pas s’interroger sur le rôle que ces dernières devront remplir face aux crises à venir et de contester qu’elles aient à agir de façon adaptée.Encore une fois, si des missions existent déjà – la mission Héphaïstos, entre autres –, le fait que vous résumiez le problème à la doctrine des quatre « i » n’est franchement pas à la hauteur. Mais on n’en attendait pas moins de vous : après tout, vous n’avez été qu’un sous-ministre, et peu de temps ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR, DR et Dem.)

Nous souhaitons que la France s’engage à proposer la création, sous l’égide des Nations unies, d’une force internationale que nous pourrions appeler, par commodité, les casques verts – à l’image des casques bleus, forces d’interposition et de maintien de la paix. Contrairement à ce que certains semblent s’imaginer, les catastrophes climatiques vont continuer à se multiplier et à causer des dégâts très importants.Toutes les populations ne disposent pas d’outils aussi performants que les nôtres pour affronter ces changements : elles seront très souvent confrontées aux quatre « i » évoqués tout à l’heure. Si nous ne voulons pas que de telles situations dégénèrent et que la crise s’ajoute à la crise, le mieux est de faire preuve de solidarité.C’est un choix que la France a déjà fait, il y a plus d’une vingtaine d’années, en soutenant la création d’une agence onusienne, le centre satellitaire des Nations unies (Unosat). Cette agence met des images satellites à la disposition de pays qui ne peuvent se doter des outils adéquats pour affronter une catastrophe. Cette initiative a sauvé bien des vies. Dans cette lignée, la France pourrait exercer une forme de leadership vertueux en proposant la création d’une force d’intervention et de sécurité écologique.

Je remercie notre collègue et ancienne ministre…

…Delphine Batho de contribuer à la discussion. Elle relève un point important. Pour notre part, nous n’approuvons pas le présent texte, car nous défendons le principe d’une conscription citoyenne, qui renforcerait très sensiblement les services civils de protection de la population, et permettrait de répondre aux besoins en la matière. Néanmoins, notre proposition porte ici sur les forces armées. Celles-ci, en participant déjà à de telles missions, ont indéniablement développé une expertise. Par ailleurs, dans un cadre international, elles offrent des garanties en matière de coopération.J’entends très bien l’observation de Mme Batho. Nous pouvons encore affiner notre proposition d’ici à 2027, date à laquelle Jean-Luc Mélenchon…

…ira lui-même la présenter aux nations concernées. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RN et EPR.)

Si les travaux sont en cours, pourquoi ne pas le mentionner dans ce texte d’actualisation ? Certes, il n’a pas vocation à être exhaustif et, à l’inverse, des projets qui y figurent ne seront peut-être pas menés à leur terme, ou pas avec l’ampleur espérée.En l’occurrence, nous parlons de la nature des carburants qui permettent aux armées d’opérer. C’est une question particulièrement structurante, au même titre que celle des minerais critiques pour notre industrie. Notre amendement ne ferait rien d’autre que reconnaître son caractère fondamental, que l’on ne peut pas nier. Il permettrait aussi d’entrer dans le détail, en particulier des investissements.Nous débattons d’une loi de programmation militaire, donc, par définition, il s’agit de programmer ! Or dans le domaine de la défense, les investissements doivent être envisagés à très long terme ; il faut prendre en compte une certaine inertie et le temps nécessaire à la mise en œuvre des programmes. Par conséquent, inscrivons cet objectif dans le texte dès aujourd’hui ! Dans un second temps, nous pourrons dresser un bilan et mener des travaux prospectifs sur la nature des carburants et le volume des investissements requis.Madame la ministre, vous avez évoqué l’hydrogène. Cette affaire-là est loin d’être évidente ! M. Andriès, le PDG de Safran – contrairement à ce que prétend M. Jacobelli, je consulte les entreprises –, a expliqué que son entreprise ne croyait pas au potentiel de l’hydrogène, à l’inverse d’Airbus, pourtant partenaire de Safran dans le projet d’avion de combat du futur.Ces questions ne sont pas périphériques et méritent de faire partie des priorités. C’est pourquoi nous devrions adopter cet amendement.

Ce n’est pas antinomique !

Dans le même esprit que l’amendement précédent mais sur un périmètre plus restreint, il s’agit ici de demander au gouvernement de remettre un rapport sur l’opportunité de passer à des carburants alternatifs. La question a d’ailleurs été soulevée tout à l’heure par Mme la ministre. Il serait utile que la représentation nationale dispose d’informations précises pour juger de la pertinence d’une telle stratégie. Nous avons bien conscience que la question des carburants alternatifs doit être posée dans un cadre plus général, car la constitution de filières pour la production d’un carburant durable d’aviation, dit SAF, ne relève pas seulement de l’industrie de défense.Pour répondre à notre collègue Darrieussecq, elle aussi ancienne ministre – c’est fou ce qu’il y a comme anciens ministres dans cet hémicycle ! –, s’il est vrai que 1 % de notre consommation de pétrole est produit en France, ce n’est pas antinomique avec l’amendement précédent. Vous me dites que vous l’avez voté, madame Darrieussecq ? À la bonne heure ! En tout cas, le présent amendement permet lui aussi de soulever la question du mix le plus pertinent.

Notre collègue Girard a rappelé que les pouvoirs publics avaient la possibilité d’agir de manière très volontariste pour préserver l’outil industriel, en particulier quand il contribue à la souveraineté et à la continuité des activités en matière de défense. Le rapporteur lui-même a mentionné l’article du code de la défense qui permet de procéder à des réquisitions.L’amendement ne tombe pas dans l’écueil pointé hier par M. Thiériot, à savoir que la loi doit être de portée générale. En effet, ledit amendement vise à rappeler un principe et à fixer une orientation générale dans le cadre d’un rapport annexé qui n’est pas strictement contraignant. Je ne peux évidemment qu’approuver cette orientation, puisque je donne l’alerte depuis de longues années sur la situation des Forges de Tarbes et de Fonderie de Bretagne, qui ont été reprises par le même industriel voyou – je suis sûr que c’est un voyou, moins que c’est un industriel.La question posée est la suivante : revendiquons-nous, en tant que Parlement, de faire pleinement usage de ce que la loi permet déjà ? Je crois que nous devrions répondre oui, dire que nous y sommes prêts et que c’est pertinent. M. Girard le pense s’agissant de Fonderie de Bretagne, et moi aussi. Nous avons pour notre part déposé un amendement en ce sens s’agissant précisément des Forges de Tarbes et de Fonderie de Bretagne. Actons dès maintenant, tous ensemble, en notre qualité de parlementaires, que nous sommes décidés à ne pas laisser tomber en désuétude des prérogatives que la loi donne à l’exécutif et que nous avons bien l’intention de les lui faire employer le cas échéant.

Actuellement, la Fonderie de Bretagne n’a pas d’activité industrielle liée à la défense. Il est possible que cela change, mais ce qui est certain, c’est que les salariés sont dans le désarroi.

Je vais y venir. La mobilisation des salariés de la DGA ne garantit pas la survie durable du site, puisqu’Europlasma a annoncé la cession de ses activités de défense. Il faut réagir maintenant et envisager le rachat de l’entreprise – je ne vous dis pas pour autant d’accepter le prix auquel Europlasma voudrait la vendre.J’en arrive à l’amendement. Il est proche de celui défendu hier par notre collègue Bénard à propos du renforcement du statut des ouvriers d’État, mais vise à ajouter que les étudiants des établissements d’enseignement supérieur placés sous la tutelle du ministère des armées sont bien mis au service de l’État et, en particulier, de la défense nationale. Cela concerne au premier chef les polytechniciens, ainsi que les étudiants d’autres écoles moins connues.

Quand j’ai évoqué tout à l’heure une prise de parole un peu particulière du grand chancelier de la Légion d’honneur, on m’a dit que c’était hors sujet. Mais en l’occurrence, je crois que nous sommes en plein dans le sujet, puisqu’il est question des engagements que nous avons pris auprès de nos alliés et, réciproquement, des leurs à notre égard.Dans un entretien accordé à L’Express, l’ancien chef d’état-major des armées affirme qu’il n’a jamais cru à l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, ce qui est particulièrement embarrassant. Que faut-il en conclure ? Que nous-mêmes ne répondrions pas aux obligations que nous impose l’article 5 ? Le fait est qu’il n’a été mobilisé qu’une fois – il s’agissait de l’Afghanistan – et que nous avons répondu présent – je mets de côté à cet instant la question de savoir s’il le fallait ou s’il ne le fallait pas.Il s’agit en tout cas d’une question particulièrement grave. Je peine à croire que l’ancien chef d’état-major des armées, qui, même placé en deuxième section du point de vue statutaire, n’en occupe pas moins un rôle dans l’État, une fonction, aussi éminente que sa personnalité – il est grand chancelier de la Légion d’honneur –, puisse dire quelque chose d’aussi déstabilisant s’agissant des engagements de la France et de notre stratégie de défense. Étant favorable à la sortie de l’Otan à titre personnel, je suis plutôt d’accord avec lui. Nous n’en avons pas moins un sujet d’embarras. Il faut, me semble-t-il, que vous nous expliquiez quel est le statut de sa parole et, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il a cru devoir tenir des propos de cette nature.

Nous pouvons demander une suspension de séance, si vous voulez…L’amendement en question rendrait la phrase incohérente. Je cite la phrase du rapport annexé : « Il s’agit d’être prêts à répondre à un engagement majeur et de rester maîtres de notre destin et moteurs d’une Europe qui se défend. » En l’occurrence, cela deviendrait : « Il s’agit d’être prêts à répondre à un engagement majeur et de rester maîtres de notre destin face aux tentatives d’ingérence de la Commission européenne. »Je ne suis pas favorable à ce que la Commission européenne s’arroge des compétences qui ne sont pas les siennes. Le groupe La France insoumise – suivi par le Rassemblement national, qui manque parfois d’idées et qui en général en cherche chez les autres (Exclamations sur les bancs du groupe RN) – a été le premier à relever ce problème lorsque M. Kubilius a été nommé commissaire européen à la défense. Cependant, ce n’est pas de cela qu’il est question, mais de la possibilité d’une confrontation militaire.L’amendement n’est donc pas pertinent : il déforme complètement le sens de la phrase.Le rapporteur a évoqué les ingérences russes. On a un peu oublié que le parti pro-russe, c’était le Rassemblement national.

Peut-être est-ce de cela qu’il était question. Je m’en tiendrai là.

Essayons d’éclaircir la position du gouvernement en cas d’adoption du sous-amendement. J’ai entendu la ministre dire qu’elle était plutôt contre ce dernier, sans doute un peu réservée au sujet de l’amendement ; or je n’ai pas l’impression que le sous-amendement dénature à ce point la volonté de la France d’être un partenaire fiable en Europe.Il vise simplement à préciser que ce ne sera pas dans le cadre de l’Europe de la défense, notion assez floue dont on ne sait ce qu’elle recouvre ; autrement dit, il permettrait au contraire de ne pas s’avancer – même si telle n’est pas l’intention de notre collègue Sitzenstuhl – en direction de formats que l’on pourrait imaginer sous l’autorité de la Commission européenne, par exemple. Il sécuriserait les choses tout en témoignant que la France est prête, volontaire, en vue d’un rôle dans la protection du continent. Encore une fois, j’aimerais comprendre comment s’articulent l’avis du rapporteur et celui de la ministre.

Merci, monsieur le rapporteur, de vos arguments, qui néanmoins ne tiennent pas la route. Tout d’abord, en dépit des qualités que je lui connais, François Cormier-Bouligeon ne saurait constituer une délégation parlementaire à lui tout seul.

Même s’il tentait d’informer en détail l’ensemble de l’Assemblée, il n’y parviendrait pas. Ensuite, je gage et j’ose espérer qu’il n’a fait l’objet d’aucune enquête d’habilitation, non plus que nos collègues membres de la DPR ; cette absence d’enquête n’interdit donc pas l’habilitation, rendant votre argument nul et non avenu.Enfin, vous avez repoussé par principe notre demande de rapport. Je le comprends : pour ma part, je préférerais, plutôt que le no 165, voir adopter l’un des deux autres amendements. N’ayant pas opposé d’arguments solides à ces derniers, vous auriez du moins pu admettre celui-ci.

Sur le fondement de l’article 70.Je tiens à apporter le soutien de mon groupe à M. Sitzenstuhl. (Rires et exclamations sur les bancs du groupe RN. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)Certains se croient autorisés à insinuer qu’il existerait une cinquième colonne dans ce pays dès lors qu’on exprime le moindre désaccord. C’est un problème démocratique grave. À cet instant, c’est M. Sitzenstuhl qui fait les frais de cette pratique détestable. La réalité, il vient de le dire, c’est qu’il est un député avec ses convictions ; il porte un nom d’origine allemande, mais cela ne change rien à nos problèmes. Notre groupe lui apporte son soutien, parce que ce genre de pratiques doivent cesser. (« Ce n’est pas un rappel au règlement ! » sur les bancs du groupe RN. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

Comme Mme la ministre, j’entends la logique de notre collègue et camarade. Toutefois, l’idée d’unités européennes, si elle n’est pas précisée, ne peut pas emporter l’adhésion de mon groupe – elle susciterait même une certaine hostilité.Que pourraient être concrètement des unités européennes ? Un assemblage de soldats ou de techniciens de différentes nationalités, à la rigueur – mais sous quel commandement, sous quelle autorité, dans quel cadre institutionnel ?La création d’unités européennes pourrait même signifier que la Commission européenne aurait la main sur l’emploi de ces effectifs. Tout cela est évidemment impossible à admettre – je crois même que ce serait inconstitutionnel dans ces conditions. Votre proposition nécessite d’être retravaillée en profondeur.

Il y a effectivement beaucoup à reprocher à l’Union européenne et à la Commission, mais ce n’est pas ce qui est en cause dans cet amendement. La question qu’il pose est de savoir s’il faut un budget européen. On a le droit – encore heureux – de questionner sa ventilation, mais le raisonnement de notre collègue Jacobelli, si on peut appeler cela un raisonnement, consiste à dire que la France ne doit pas contribuer au budget européen, car celui-ci ne devrait même pas exister. Je ne sais pas s’il s’agit d’une disposition pro-Frexit, mais il s’agit certainement d’une disposition qui aurait pour effet de détruire l’Union européenne.L’autre question est de savoir si le niveau de 130 milliards est excessif ou suffisant. Si on le compare aux ordres de grandeur des investissements d’autres puissances, de certains États ou d’entreprises comme les Gafam, il n’est pas si important. Je ne suis donc pas favorable à cet amendement.Il faut poser le problème dans les bons termes. La France contribue en excédent au budget européen. C’est un fait acquis et nous devrions en tirer argument pour négocier des réformes de l’Union européenne et des choix politiques plus cohérents avec nos propres intérêts. Cela n’a rien à voir avec l’idée de saborder l’Union européenne.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).