Discours du 24 juin 2025
Aurélien Taché · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°253
Nous touchons là aux limites du débat, comme vient de le montrer l’échange entre Mme Youssouffa et Mme Le Pen. Les habitants de Mayotte subissent la surpopulation de l’île et demandent que des mesures soit prises, soit pour raccompagner les gens, soit pour partager le devoir d’accueil et de solidarité avec l’ensemble du territoire français – Mayotte, je le rappelle, est le seul département où l’obtention d’un titre de séjour légal ne permet pas de se rendre dans un autre département. Par contre, il est parfaitement inutile de compliquer la vie des parents dont l’enfant est né à Mayotte ou des personnes ayant un conjoint mahorais. Briser la vie des familles, affaiblir le lien familial en rendant plus difficile l’accès au séjour, alors que le département est le plus pauvre de France, ne fera qu’accroître la précarité sur l’île.Tout au long de la séance, hier soir, nous avons eu droit à des petites remarques des députés du Rassemblement national, qui soulignaient que la gauche obtenait des résultats électoraux assez faibles à Mayotte. Après l’adoption de ce texte, après l’adoption du texte qui a quasiment supprimé le droit du sol sans apporter la moindre solution aux problèmes des Mahorais, il deviendra clair que la voie à suivre est celle que nous préconisons depuis des années : réaliser des investissements à la hauteur de ceux que perçoivent les autres départements ; mettre fin au droit au séjour dérogatoire. Nous prenons date pour les prochaines élections ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Nous assistons, depuis une vingtaine de minutes, à des débats absolument improbables. Le rapporteur Gosselin a dû danser d’une jambe sur l’autre pour nous expliquer qu’il fallait se méfier de l’appel d’air, avant de repousser, quelques minutes plus tard, les amendements de suppression, au motif que réduire les droits des gens ne les empêchait pas d’arriver.Notre collègue Sitzenstuhl conserve au moins une forme de cohérence. Il nous explique clairement qu’il n’a aucun problème à ce que Mayotte soit un département de la République française – ce qui permet d’étendre le territoire maritime de la France, de capter les ressources halieutiques, de jouer les gendarmes dans le canal du Mozambique – sans que cela justifie la moindre solidarité envers les Mahorais ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les droits sociaux, le smic, l’aide personnalisée au logement (APL), on verra en 2030 si on est encore là ! Le collègue, lui, sait qu’il ne sera plus là, donc cela ne l’engage pas à grand-chose. Pour lui, la fin du visa territorial, jamais de la vie ! Mayotte est un département, mais les gens doivent y rester assignés.Et pour finir le débat, des représentants de la nation issus de deux collectivités ultramarines différentes disent combien ils n’ont plus confiance dans la République et dans l’État central, au point que l’un d’entre eux souhaite exclure La Réunion de la déterritorialisation.Monsieur le ministre des outre-mer, j’ai bien vu, lors de votre réponse, que vous aviez honte. Vous avez eu honte parce que vous savez que la République française ne devrait pas traiter ainsi la question ultramarine. Vous avez eu honte parce que vous savez que l’on peut faire différemment, que l’on peut amener entre 50 000 et 100 000 personnes, chiffre donné par notre collègue, et que l’on peut organiser un accueil – on l’a fait en d’autres circonstances, dans tous les départements du territoire national.Pourquoi les choses se passent-elles ainsi à Mayotte ? Parce que c’est une ancienne colonie, qui n’est pas traitée comme un département à part entière. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Si Mayotte se trouvait en métropole, jamais vous n’accepteriez cela.Vous avez eu raison d’avoir honte. Mais il est encore temps d’agir, en adoptant l’amendement no 153 : il nous laisse six mois pour supprimer le visa territorial et permettre à la République de recouvrer son honneur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).