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Discours du 27 janvier 2026

Aurélien Taché · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°127

« Une société qui renonce à prendre en charge sa jeunesse et à la doter des outils d’une promotion optimale enterre son propre avenir. C’est une société suicidaire. » Cette citation du célèbre historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo résonne en chacun de nous.En Martinique, l’insertion est devenue un mot vidé, épuisé, un leurre que l’on agite sans vraiment y croire pendant qu’une grande partie de la jeunesse martiniquaise demeure dans le désespoir. Stages sans lendemain, contrats précaires à répétition, formations qui forment… au chômage : l’État parle d’accompagnement mais organise l’oisiveté. Il parle d’opportunités mais installe la dépendance.Pendant ce temps, le chômage des jeunes reste massif, le RSA devient une étape normale d’entrée dans la vie d’adulte et nos forces vives s’exilent, non par choix mais en raison d’une absence cruelle de perspectives.En conclusion de la lecture du rapport officiel du Conseil d’orientation des politiques de la jeunesse, publié en juillet 2025, on arrive d’ailleurs à une affirmation lapidaire : jeunes ultramarins, jeunes ultra-oubliés. Mon collègue Jean-Philippe Nilor ajouterait : jeunes ultra-sacrifiés.En Martinique, quarante homicides, dont trente-quatre par arme à feu, ont été commis en 2025. L’escalade se poursuit malheureusement cette année. Le fond du problème, c’est que les politiques standardisées, déconnectées, ne sont pas adaptées à ce territoire car elles sont conçues ailleurs pour faire face à d’autres réalités. Elles permettent de gérer la pauvreté mais pas de construire de réelles perspectives ; elles donnent aux jeunes la possibilité de s’occuper mais pas de se projeter.Or la jeunesse martiniquaise ne manque ni de potentiel, ni de talent, ni de volonté. Elle manque de cadre, de repères, d’exigence accompagnée et de vraies passerelles vers l’emploi. Loin de prendre la mesure de cette triste réalité, l’État semble au contraire se contenter des seuls résultats du RSMA, le régiment du service militaire adapté, et s’attaque à tous les dispositifs ou structures d’accompagnement, d’éducation et d’insertion au point de compromettre l’avenir des missions locales, qui ont pourtant depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme.La question de M. Nilor est simple et repose sur une proposition concrète : pourquoi aucun territoire dit d’outre-mer ne dispose-t-il à ce jour d’un Epide, un établissement pour l’insertion dans l’emploi, alors que ce dispositif a fait ses preuves par ailleurs pour remobiliser des jeunes en rupture, pour redonner discipline, qualification, confiance et trajectoire professionnelle ? Mon collègue vous avait signalé, madame la ministre des outre-mer, que la mission locale de l’espace Sud Martinique défendait d’ores et déjà ce projet.Dans un territoire confronté au décrochage, à la perte de repères et à un chômage structurel des jeunes, un Epide constituerait un outil de reconstruction sociale autant que professionnelle.Êtes-vous donc prête à vous engager sur la création d’un Epide en Martinique, doté de moyens pérennes, pour offrir à notre jeunesse autre chose qu’un parcours d’attente : un véritable chemin vers l’emploi, la dignité et l’émancipation ? La jeunesse martiniquaise ne demande pas la charité mais une place, une vraie. Notre responsabilité est de la lui donner.

Je remercie Mme la ministre pour sa réponse. En général, quand la volonté est là, le reste suit. Dès lors, je ne doute pas que le député Nilor sera heureux de cette réponse et surtout de la perspective du déploiement d’un Epide en Martinique.

Je souhaite vous interroger sur l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Vous connaissez ce dispositif, créé en 2016 et prolongé par une loi de 2020, dont l’objectif est d’embaucher des personnes privées d’emploi depuis plus d’un an et domiciliées depuis au moins six mois dans le territoire concerné. Grâce à lui, des milliers de personnes sont employées en CDI par des entreprises de l’économie sociale et solidaire, dites entreprises à but d’emploi, les EBE.À Cergy, dans ma circonscription, l’EBE créée en juin 2024 emploie 32 personnes, 29 équivalents temps plein et 3 encadrants. Ce dispositif, qui fonctionne très bien, a amélioré la santé économique et la vie du quartier, mais les crédits de 66,8 millions d’euros prévus dans la copie initiale du budget 2026 ne suffiraient pas pour continuer à déployer le dispositif et permettre notamment des embauches cette année.Je voudrais savoir si le gouvernement compte en rester là pour la budgétisation de ce dispositif. Ma collègue écologiste Marie Pochon avait déposé un amendement, qui a été adopté au cours des débats budgétaires, afin d’augmenter d’environ 20 millions la dotation du dispositif, ce qui permettrait à toutes les EBE de l’Hexagone d’assurer les embauches prévues cette année. Cet amendement sera-t-il retenu dans la copie budgétaire finale ?Monsieur le ministre de l’industrie, j’en profite pour vous interpeller sur la situation de l’entreprise Lisi, dans ma circonscription, à Cergy-Pontoise : elle a annoncé la semaine dernière un plan social de 130 licenciements dans son usine de pièces automobiles, Lisi Automotive, de Puiseux-Pontoise. La direction présentera demain matin aux salariés, réunis en comité social et économique, ce plan social extrêmement violent. On leur a demandé de rester travailler pendant les vacances de Noël et ils l’ont fait. Ils pensaient que c’était pour déployer leur propre site, mais on leur apprend de manière brutale la semaine dernière qu’il va être délocalisé en Hongrie, en Allemagne et au Maroc. Cette entreprise, présente depuis trente-cinq ans sur le territoire, entrée au CAC40, qui fait 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 9 % de bénéfices, explique à des gens qui ont pour la plupart plus de vingt ans d’ancienneté qu’ils sont licenciés du jour au lendemain !Monsieur le ministre, je doute que vous ayez prévu une réponse sur ce sujet, mais je voulais vous en parler et je vous invite à venir avec moi à Puiseux-Pontoise pour voir ce que l’on peut faire. Cette entreprise est un fleuron de l’industrie et nous ne pouvons pas accepter qu’elle soit, de manière aussi brutale, rayée de la carte économique du Val-d’Oise.

Je vous remercie et je suis satisfait d’entendre que le dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée sera renforcé. Mais à quelle hauteur, je ne le sais pas, car vous n’avez pas donné de montant précis.En ce qui concerne Lisi Automotive, je suis persuadé que la situation appelle un engagement très fort de l’État. Je contacterai votre cabinet. Nous ne pouvons pas laisser les salariés de cette usine dans cette situation. Le site doit être repris ou maintenu pour sauver les emplois.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).