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Discours du 25 mars 2026

Bastien Lachaud · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179

L’adjudant-chef Arnaud Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces, est mort pour la France, dans l’exercice de sa mission en Irak. Au nom du groupe La France insoumise, je tiens à lui rendre hommage. (M. Jean-François Coulomme applaudit.) Nous exprimons notre émotion et notre solidarité à l’égard de ses frères d’armes blessés lors de cette même attaque. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Karim Ben Cheikh applaudit également.)Monsieur le premier ministre, quatre semaines ont passé depuis le début des agressions illégales du gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou et des États-Unis d’Amérique au Moyen-Orient. Quatre semaines d’errements de la diplomatie française. Quatre semaines pendant lesquelles la représentation nationale a été privée de son pouvoir de contrôle.Enfin, les parlementaires peuvent s’exprimer. Enfin, nous pouvons débattre de cette guerre qui sape tous les principes essentiels du droit international. Enfin, nous pouvons opposer à la propagande guerrière et belliqueuse la voix du non-alignement et de la diplomatie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Car le 28 février, lorsque l’Iran a été frappé, le droit international et la tradition non-alignée de la France vous dictaient de ne dire qu’une chose : la responsabilité première et dernière de cette guerre illégale revient aux États-Unis d’Amérique et à Benyamin Netanyahou. (Mêmes mouvements.)C’est lui qui est à l’initiative de l’escalade lors de la guerre des douze jours contre l’Iran en juin 2024. C’est lui qui relance depuis un mois un conflit encore plus meurtrier qui s’étend à toute la région. Il entraîne dans son sillage les États-Unis de Donald Trump dans un conflit illégal aux conséquences incontrôlables, qui réduit définitivement à néant l’accord sur le nucléaire que la France avait contribué à édifier en 2015, qui met en péril durablement la sécurité de toute la région et compromet, pour des années, toute perspective de paix.Benyamin Netanyahou sait ce qu’il fait. En entretenant ce chaos, dans une logique de guerre permanente, il accroît sans cesse sa domination militaire, poursuit son expansion territoriale et applique la même logique suprémaciste. Cette stratégie est à l’œuvre au Liban, à Gaza et en Cisjordanie, dans le silence complice des nations dites occidentales. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)À Gaza, malgré le prétendu cessez-le-feu, le génocide se poursuit. La ligne dite de sécurité est continuellement grignotée. Les Palestiniens sont chaque jour repoussés, pourchassés, expulsés.

En Cisjordanie, les agressions des colons israéliens sont quotidiennes, avec l’aval et l’appui du gouvernement de Benyamin Netanyahou.Au Liban, des villes entières sont promises à l’anéantissement par les ministres de Benyamin Netanyahou. Beyrouth est bombardée nuit et jour. Des centaines de milliers de civils fuient sur les routes. Les casques bleus sont pris pour cible. Les forces israéliennes mènent des incursions terrestres répétées qui violent la souveraineté du pays.Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït, avec lesquels nous avons noué des accords de défense, sont visés sur leurs territoires par des missiles et des drones iraniens. L’enclave britannique sur l’île de Chypre a également été frappée.L’onde de choc de la guerre menace aussi nos forces et nos militaires – une base française a été touchée.En outre, le conflit engendre des secousses économiques majeures. La fermeture du détroit d’Ormuz provoque une hausse brutale des prix de l’énergie. Le coût du gaz et des carburants explose. Les petites entreprises, les agriculteurs, les marins-pêcheurs et les classes populaires paient, les premiers, le prix de votre inaction.Face à l’explosion des prix, vous ne proposez que des mesures cosmétiques. Or la seule solution pour protéger l’ensemble des Français est le blocage des prix. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il faut agir maintenant. Le Parti socialiste et le Rassemblement national proposent des chèques cadeaux du contribuable vers les multinationales du pétrole. Ces grands groupes engrangent pourtant des milliards d’euros de bénéfices chaque année. C’est aux multinationales de payer, pas aux consommateurs. (M. Maxime Laisney applaudit.)

La France doit respecter les accords de défense qui la lient à ses partenaires dans la région. Lorsqu’un allié est attaqué, la parole de notre pays ne saurait manquer. Il est légitime, et conforme à nos engagements, d’apporter une aide à caractère défensif, notamment face aux attaques de drones et de missiles.Certes, vous réaffirmez constamment que la France n’est pas en guerre contre l’Iran, qu’elle se limite à une assistance défensive, mais vos actes contredisent vos paroles. En acceptant d’héberger sur nos bases militaires des avions ravitailleurs états-uniens et de les laisser survoler notre territoire, vous engagez de facto la France dans une dynamique d’escalade qui dépasse le cadre strictement défensif que vous revendiquez.Et que dire de votre action au Liban – ou plutôt de votre inaction totale ? Ce pays frère et ami de la France, avec lequel nous partageons des liens humains, culturels et linguistiques profonds, est aujourd’hui attaqué. Le Liban nous a demandé de lui venir en aide. Nous avons des devoirs envers ce pays. L’histoire nous commande d’agir pour le protéger. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Le président Mitterrand, au lendemain de l’attentat du Drakkar, qui coûta la vie à cinquante-huit parachutistes français, réaffirmait l’engagement de la France aux côtés du Liban en ces termes : « À tous, je dis qu’un pays est grand par sa force d’âme, par sa résolution comme par les amitiés et le respect qu’il mérite. C’est pourquoi au Liban, la France reste et restera fidèle à son histoire et à ses engagements. En défendant là comme ailleurs ses principes d’indépendance nationale et d’équilibre des forces dans le monde, la France ne défend pas autre chose que la paix. »Rien de ce que vous faites n’est à la hauteur de notre engagement historique. Vous laissez des nations bafouer le droit international sans réagir. Vous laissez faire dans un « deux poids, deux mesures » qui discrédite la parole de la France. Vous rompez avec la tradition gaullo-mitterrandienne du non-alignement et de l’indépendance nationale. Vous vous bornez à condamner mollement en parole et restez les bras croisés alors même que la situation humanitaire exige une réponse politique à la hauteur.Pourtant, un chemin existe. La France a les moyens d’agir. Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, elle doit défendre une initiative pour faire cesser les hostilités et faire respecter le droit international. Elle n’est pas seule : d’autres nations s’élèvent pour protéger le droit international. Travaillons avec elles dans cette voie. La France peut et doit être une puissance non alignée, au service de la paix et de l’intérêt général humain. Nous en avons les moyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, et sur quelques bancs du groupe GDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).