Discours du 2 avril 2026
Bastien Lachaud · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°191
Ce n’est pas rien !
C’est dur de perdre, hein ?
Refuser ce texte, c’est refuser un nouvel acte de la longue histoire coloniale en Kanaky Nouvelle-Calédonie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) Déjà, en mai 2024, vous avez tenté d’imposer le dégel du corps électoral sans accord consensuel préalable. Votre inconséquence a causé quinze morts.Pourtant, vous tentez à nouveau de passer en force pour imposer le projet dit de Bougival alors que le consensus n’est pas là. Je rappelle que trois parlementaires de Nouvelle-Calédonie sur quatre refusent de voter ce texte (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR. – Mme Sandra Regol applaudit également) et que la commission des lois en a rejeté tous les articles.Dès lors, discuter de l’accord de Bougival dans cet hémicycle revient à saper les engagements pris par l’État lors de l’accord de Nouméa et à saper le crédit même de notre Constitution. Vous avez tenté par deux fois une révision constitutionnelle sans consensus. Vous avez enterré le conclave de Deva en raison de la seule opposition des anti-indépendantistes. Vous maintenez Bougival alors que les représentants du peuple kanak, reconnu comme peuple premier par le peuple français dans la Constitution, s’y opposent fermement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est pourtant bien ce peuple premier, et lui seul, qui dispose d’un droit à l’autodétermination reconnu par le droit international. S’il a accepté de partager ce droit à Nainville-les-Roches, cela n’autorise pas tout. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe GDR.) Le consentement de ses représentants légitimes est une condition nécessaire et indispensable à tout accord. Vos coups de force et votre parti pris affiché pour le camp anti-indépendantiste rendent ces conditions de plus en plus difficiles à réunir. Vous en portez la responsabilité historique.Tant qu’un nouvel accord consensuel n’est pas trouvé, l’accord de Nouméa s’applique sans limitation de durée. La prétendue urgence institutionnelle que vous agitez n’existe pas. Vous passez en force pour une seule raison : maintenir la Nouvelle-Calédonie française. Cette révision constitutionnelle est un acte colonial chimiquement pur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également. – Les députés des groupes RN et UDR appellent au respect du temps de parole.) La seule issue conforme à la parole donnée par l’État est de convoquer les élections provinciales immédiatement, d’abandonner Bougival, de relancer un cycle de négociations avec les nouveaux élus relégitimés par l’onction du suffrage populaire. C’est la seule solution pour tirer l’archipel de l’abîme dans lequel vous l’avez plongé en 2024. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, dont les députés se lèvent, et GDR ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).