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vie-politique.fr

Discours du 4 mai 2026

Bastien Lachaud · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218

Enfin !

Ils le demandent depuis des années !

Dans un an !

Le gouvernement français, par exemple !

Je souhaite rendre hommage, au nom de mon groupe, au sergent-chef Florian Montorio et au caporal-chef Anicet Girardin, décédés des suites de leurs blessures au Liban. Plus largement, j’ai une pensée pour l’ensemble des casques bleus de la Finul, qui accomplissent une mission particulièrement difficile en ce moment. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)« Jamais nous n’avons été […] dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes […]. » Ainsi parlait Jean Jaurès le 25 juillet 1914, à la veille de la première guerre mondiale.Ces paroles résonnent aujourd’hui en nous d’un écho terrible, à l’heure où nous affrontons à nouveau la montée des périls. La guerre nous entoure, dans l’est de l’Europe, au Proche-Orient, partout sur la planète, où plus de 130 conflits font rage. Pourtant protégé, notre pays en subit déjà les conséquences en raison de la flambée des prix de l’énergie.À tout instant, un affrontement direct entre superpuissances peut advenir et entraîner l’humanité dans le brasier d’un nouveau conflit mondial dont elle ne ressortirait pas. Face à l’abîme, protéger notre peuple devrait être la priorité de ceux qui aspirent à le gouverner. Construire la paix devrait être l’obsession de tous les esprits raisonnables.Mais vous faites tout le contraire : vous nous invitez à examiner aujourd’hui une loi de programmation militaire mal pensée, mal ficelée, qui fragilise notre défense nationale et entraîne notre pays dans la spirale de l’escalade. Nous ne la voterons pas. Et comme Jaurès hier, nous lutterons jusqu’à notre dernier souffle pour conjurer le pire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Édouard Bénard applaudit également.)Mal pensée, votre programmation l’est profondément, jusque dans l’analyse qui en constitue le soubassement. Car vous ne saisissez pas les dynamiques à l’œuvre dans les relations internationales, vous passez à côté des défis auxquels nous faisons face, vous ne comprenez pas le monde, engageant ainsi notre pays dans une impasse dangereuse.Le monde dans lequel nous évoluons, c’est un monde où l’épuisement du modèle capitaliste basé sur les énergies fossiles entraîne les puissances dans une concurrence acharnée pour s’approprier les matières premières et les ressources naturelles, une concurrence qui brutalise les rapports entre les États, qui alimente les logiques suprémacistes et qui conduit à la généralisation des conflits. Or que faites-vous ? Au lieu d’y répondre par le droit international, par la coopération entre les nations, par la recherche de la paix, vous normalisez l’escalade des tensions en installant l’idée que la guerre serait notre horizon inévitable et indépassable. Accélération des périls, économie de guerre, réarmement massif : voilà les mots, les éléments de langage, l’imaginaire que vous ne cessez d’égrener à longueur de temps dans vos discours, sur les plateaux de télévision et dans vos textes de loi. M. Attal, peut-être futur candidat de votre camp à l’élection présidentielle, est allé jusqu’à affirmer que « le droit international ne prime plus » et que « la force règne ». Paroles terribles,…

…qui traduisent une logique sociale darwinienne et belliciste au cœur de votre vision du monde. (M. Jean-François Coulomme et Mme Claire Lejeune applaudissent.)

Vous nous direz que si vous jouez la force, c’est pour mieux éviter d’avoir à y recourir, vous répéterez que « qui veut la paix, prépare la guerre », adage aussi éculé qu’inepte car il n’y a rien de plus faux, l’histoire en a fait chaque fois la démonstration : qui ne fait que préparer la guerre rend peu à peu toute alternative impossible (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) et contribue ainsi à faire advenir le conflit. Voilà la pente dangereuse sur laquelle vous nous entraînez.Le monde dans lequel nous évoluons, c’est un monde où les États-Unis sont engagés dans une rivalité avec la Chine pour l’hégémonie mondiale, un monde où, dans une tentative désespérée pour préserver leur domination, ils encouragent une logique d’affrontement et cherchent à y enrôler l’ensemble de leurs alliés. Or que faites-vous ? Au lieu d’œuvrer à l’indépendance de notre pays, de le tenir à l’écart de l’engrenage et de préserver sa voix singulière qui lui donnerait un rôle de médiateur, vous vous alignez aveuglément sur les désirs de Washington, sur les diktats de Donald Trump.

Ce projet de loi en est la meilleure preuve. Car pourquoi vous précipiter pour augmenter les budgets de la défense, alors même que le gouvernement ne cesse d’expliquer que les caisses sont vides ? Mais c’est parce que Donald Trump le demande bien sûr, lui qui ne cesse d’exiger des pays membres de l’Otan qu’ils augmentent leurs dépenses militaires : c’était 2 % du PIB hier et ce devrait être 5 % aujourd’hui. Sébastien Lecornu lui-même trouvait ce chiffre déraisonnable. Mais Emmanuel Macron s’est empressé d’accourir au sommet de l’Otan à La Haye, en juin dernier, et s’est couché, faisant soudain de ces 5 % un horizon souhaitable pour la France. Alors on vous entend déjà ergoter : ce ne serait pas exactement 5 %, mais 3,5 % pour la défense et 1,5 % pour la sécurité. Nuance factice qui n’est là que pour cacher la vérité piteuse : Donald Trump ordonne, et vous vous exécutez.

Toute honte bue, vous osez nous parler d’autonomie stratégique, de souveraineté nationale, d’indépendance ! Il n’en est rien : vous vous alignez sur la Maison-Blanche. Ce carcan nous enferme, nous met au service d’intérêts qui ne sont pas les nôtres, abaisse notre parole dans le monde et, non seulement nous empêche d’être une puissance au service de la paix, mais nous entraîne dans un affrontement où notre pays et l’humanité entière ont tout à perdre.Vous prétendez « garantir la liberté de la nation et la sécurité des Français », selon vos propres mots, madame la ministre, mais vous nous liez les mains et vous mettez notre peuple d’autant plus en danger que votre programmation est non seulement mal pensée, du fait de la vision du monde sur laquelle elle s’appuie, mais aussi mal ficelée de par les objectifs qu’elle poursuit et la méthode qu’elle adopte.Tout à votre zèle de répondre aux exigences de Donald Trump, vous vous fixez seulement des objectifs budgétaires, nous demandant aujourd’hui d’avaliser 36 milliards d’euros supplémentaires. J’ai bien dit : 36 milliards. Mais pour quoi faire ? Le savez-vous seulement ? Vous n’avez pas le début d’un diagnostic sur les défis et sur les besoins concrets de la nation et de nos armées, pas le début d’une ambition stratégique clairement définie ni de nouveaux programmes structurants permettant d’y répondre, pas le début d’une planification cohérente sur le moyen et le long terme. Pire, plusieurs programmes sont décalés, d’autres revus à la baisse, d’autres encore disparaissent purement et simplement.En vérité, la programmation que vous proposez n’est rien d’autre qu’un simple rattrapage budgétaire. Vous nous demandez en effet de rattraper les erreurs que votre prédécesseur a commises en 2023 en faisant adopter à la hâte une loi de programmation qui n’avait pas les moyens de ses ambitions. Nous avions prévenu, à l’époque, que ce budget n’était pas sincère, et aujourd’hui, vous nous demandez de combler les trous ainsi créés.Vous naviguez à vue, au gré d’ajustements à la petite semaine, car votre programmation n’est que la suite d’une succession d’incohérences et de fiascos industriels. Ainsi, depuis 2017, le président Macron s’entête à multiplier les coopérations franco-allemandes. Seulement, elles ne fonctionnent pas : le successeur du Rafale est décalé de cinq ans ; le char accuse dix ans de retard ; la grande constellation satellitaire qui devait être l’alternative à Starlink de Musk ne verra pas le jour. Et vous récidivez : nouvelle coopération franco-allemande sur l’alerte avancée, pourtant pilier essentiel de la dissuasion nucléaire ; nouvelle coopération franco-allemande sur les missiles balistiques terrestres. À chaque fois, nos soi-disant partenaires allemands ne poursuivent que leurs propres intérêts. À chaque fois, ils ne cherchent qu’à faire main basse sur nos compétences industrielles. À chaque fois, votre naïveté et votre aveuglement nous conduisent au même résultat : une perte de savoir-faire et de souveraineté.

Et pour mieux masquer cette politique de gribouille, vous vous drapez dans une rhétorique de la dramatisation permanente. Il ne vous reste plus que cela d’ailleurs, dans ce second mandat macronien crépusculaire, sans souffle, sans cap ni boussole. Sacrifices, efforts, fin de l’abondance, le président de la République le répète sur tous les tons depuis des années. Brandir la guerre est devenu votre seul moyen de justifier une politique de casse sociale où vous coupez dans tous les budgets, à l’exception de celui de la défense. La nation serait presque en guerre… Il faudrait donc repousser l’âge du départ à la retraite à 64 ans et rogner sur l’assurance chômage ; quant à l’adaptation aux bouleversements climatiques, elle pourrait bien attendre.Le budget de la défense serait donc le seul à augmenter dans un pays qui compte 11 millions de pauvres, un pays où 2,5 millions de personnes supplémentaires dépendent de l’aide alimentaire depuis qu’Emmanuel Macron est à l’Élysée, où les services publics manquent de tout. Comment nos concitoyens pourraient-ils le comprendre ? Disposer d’une défense souveraine, efficace, préparée, est essentiel ;…

…mais tant que le budget militaire sera le seul à augmenter, cette politique restera sans adhésion dans notre peuple, et c’est dangereux. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Ainsi, vous avez beau parler de réarmement matin, midi et soir, et augmenter sans cesse les budgets de la défense, vous affaiblissez en réalité la souveraineté industrielle et militaire de notre pays et la cohésion de notre peuple ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Voilà le bilan de votre prétendue programmation. Il est désastreux.Il faut donc faire tout le contraire de ce que vous faites, et nous le ferons, nous, parce que nous voulons une France dont le territoire est protégé et sanctuarisé, une France qui affirme sa voix singulière au service de la paix. Nous refuserons toute logique d’alignement sur un bloc ou sur un autre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Édouard Bénard applaudit également.) Nous organiserons la sortie de l’Otan. Nous empêcherons l’Union européenne de s’arroger des compétences de défense qu’elle n’utilise que pour nous allier encore davantage à l’Alliance atlantique. Nous préserverons nos capacités industrielles propres et stopperons les coopérations désavantageuses avec l’Allemagne.Nous déploierons plus largement un grand plan de souveraineté, militaire comme civil, pour reconstruire l’État ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Car il faut en finir avec le règne du tout-marché et le chaos néolibéral si nous voulons être capables de nous défendre. Et oui, un État qui se donne les moyens de se défendre et de protéger sa population n’a pas peur de bloquer les prix quand c’est nécessaire.

Là où vous n’avez rien compris, rien anticipé, rien fait, là où vous nous avez enfermés dans une dépendance avec les États-Unis, nous agirons, nous, en planifiant, en partant des besoins de la nation et de nos armées. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Car oui, nous sommes meilleurs que vous en la matière : depuis 2017, nous affirmons avec Jean-Luc Mélenchon…

…que les nouvelles frontières de l’humanité que sont le numérique, l’espace et les fonds marins seront les clés des affrontements de demain. C’est dans cette direction, celle de l’avenir, qu’il faut orienter nos efforts au lieu de rejouer les guerres du passé, comme le modèle otanien voudrait nous y obliger. Les champs de bataille contemporains nous donnent déjà raison.Nous financerons donc une IA française capable de rivaliser avec celle des Gafam états-uniens (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), capable de nous libérer de l’emprise de Palantir ; nous sortirons des dépendances à l’égard de tous les logiciels étrangers ; nous ferons un cloud souverain qui permettra de sécuriser les données importantes de la nation et des Français ; nous ferons de la France une puissance de premier plan dans la technologie quantique (Mêmes mouvements), la révolution technologique de la décennie à venir, en assumant un effort massif d’investissement, de recherche et de souveraineté industrielle.Nous redonnerons à la France son rang de grande puissance spatiale en créant une université francophone de l’espace, en faisant de Kourou, la base de lancement du Cnes – le Centre national d’études spatiales –, un port spatial pleinement souverain ; nous refuserons toute dépendance à l’égard d’Elon Musk et de son réseau Starlink (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) en développant une alternative française efficace que nous proposerons au monde.Nous donnerons à l’État les moyens de sécuriser notre domaine maritime, le deuxième au monde, et de faire de la France une nation de pointe dans la recherche sur les fonds marins.Par ailleurs, nos armées aussi ont un rôle important à jouer dans les territoires d’outre-mer. Ces territoires, qui sont les plus touchés par la multiplication des catastrophes naturelles liées aux bouleversements climatiques, doivent pouvoir compter sur une capacité de réaction rapide et souveraine, sur des infrastructures renforcées et sur un traitement enfin égal à celui de toutes les régions de notre patrie. C’est là aussi que se joue notre avenir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)En somme, nous ferons ce que vous avez toujours refusé de faire : penser et agir en dehors des cadres imposés par les États-Unis et par l’Otan, penser et agir en non-aligné, penser et agir librement.Mais cela ne suffira pas car, pour affronter toutes les menaces potentielles, la première des forces, c’est d’abord l’unité du peuple. Nous agirons donc pour mettre fin au poison de la division nationale, pour lutter contre le racisme, le sexisme et les inégalités sociales (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), pour refermer les fractures que des années de vos politiques calamiteuses n’ont fait qu’exacerber. En effet, une nation fracturée est une nation affaiblie.Nous retisserons le lien entre l’armée et la nation en instaurant une véritable conscription citoyenne (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), pas un gadget, pas une opération de communication, pas un dispositif destiné à mettre la jeunesse au pas. La conscription citoyenne que nous voulons ne sera pas tournée vers une militarisation de la jeunesse, mais vers le renforcement de la cohésion de la nation. Une défense qui s’appuie sur la nation tout entière et non sur une armée coupée du peuple : voilà ce dont notre pays a besoin et voilà ce que nous ferons. (Mêmes mouvements). Une défense indépendante, dotée des moyens nécessaires pour répondre aux menaces de demain et adossée à un État planificateur et a un peuple uni : voilà notre feuille de route.Une fois ces conditions réunies, la France pourra redevenir une puissance réellement non alignée et indépendante, une puissance qui n’est inféodée à personne et donc capable de parler à tous, une puissance qui porte une voix singulière sur la scène internationale, une puissance fidèle à son histoire et à son rôle particulier. Car telle est la vocation de notre pays : tourner le dos aux chimères bellicistes qui l’enferment et le rabougrissent, et se proposer pour ouvrir un chemin vers un autre monde :…

…celui du droit international, de la coopération harmonieuse entre les nations et de la paix entre les peuples. (Mme Claire Lejeune applaudit.) Au fond, collègues, c’est bien la seule ambition qui vaille : faire de la France une puissance au service de la paix. C’est notre place, notre rang, notre devoir, et nous le ferons en 2027 avec Jean-Luc Mélenchon à l’Élysée. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous contestons l’usage que vous en faites !

En effet !

Soyez respectueux !

Avec le Scaf, elle ne le sera plus !

La trahison est un crime !

Il n’aura pas fallu attendre longtemps : dès l’examen du premier amendement,…

…nous voyons un accord se faire entre le Rassemblement national et la Macronie, qui cherche à obtenir un vote en faveur du texte ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Cet amendement n’a aucun sens, il est creux. « Chaque fois que cela est possible » ? Mais qui détermine ce qui est possible ? En réalité, vous niez totalement le rôle de la volonté politique. C’est à elle qu’il appartient de déterminer ce qui doit être possible et de créer les conditions nécessaires. La planification, la création d’un pôle public de l’armement nationalisé, donc piloté par l’État : voilà ce qui permettra réellement la souveraineté complète de notre pays sur sa chaîne d’approvisionnement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cela, le Rassemblement national, l’ami des grands patrons, des capitalistes (Protestations et sourires sur quelques bancs du groupe RN) n’en veut évidemment pas. C’est bien pour cela que la Macronie l’adoube aujourd’hui ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).