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Discours du 16 avril 2026

Béatrice Bellay · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°209

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Il est des textes dont l’issue ne fait guère de doute – celui qui nous réunit aujourd’hui en fait partie. Il est le fruit d’une impulsion politique soutenue par les présidents de la région Martinique, puis de la collectivité territoriale de Martinique (CTM), Alfred Marie-Jeanne et Serge Letchimy. Nous faisons ici notre part.Il est aussi des moments où le vote importe moins que la parole que l’on porte. C’est précisément le sens de mon intervention. L’entrée de la Martinique comme membre associé de la Caricom n’est pas un simple ajustement institutionnel ; c’est un acte politique, attendu, nécessaire – et, disons-le clairement, trop timide au regard des enjeux socio-économiques de notre territoire.De quoi parlons-nous ? Nous parlons d’un territoire français – européen – situé au cœur de la Caraïbe, qui a été tenu à distance de son environnement naturel, économique, culturel et géopolitique ; nous parlons d’une île qui échange davantage avec la métropole qu’avec ses voisins immédiats, parfois au prix d’absurdités économiques et écologiques.Cette situation n’est pas une fatalité : elle est le produit d’une histoire, d’un modèle, et d’un certain aveuglement – il faut l’affirmer avec lucidité.L’adhésion à la Caricom vient fissurer cet enfermement. Elle ouvre la voie à une évidence trop longtemps niée : la Martinique est caribéenne ; elle l’est par sa géographie, par son histoire, par ses cultures, par ses réalités sociales, par ses défis économiques, par sa vulnérabilité aux crises climatiques.Cette entrée constitue une avancée. Elle nous permet de rejoindre un espace régional de quinze États et de plus de 16 millions d’habitants, avec lesquels nous avons vocation à construire des solidarités concrètes – échanges commerciaux, universitaires, sanitaires, environnementaux.Mais soyons lucides, le statut de membre associé limite notre capacité d’influence. Il ne nous donne ni pleine voix, ni pleine souveraineté dans les décisions. Il ne garantit pas une libre circulation effective, ni une intégration économique réelle.Autrement dit, nous entrons dans la Caricom, mais à pas comptés. Les obstacles persistent : les normes européennes freinent nos échanges ; les liaisons aériennes et maritimes sont insuffisantes – parfois inexistantes – et tellement coûteuses ; les entreprises martiniquaises peinent à accéder au marché caribéen ; notre modèle économique demeure celui d’un comptoir tourné vers l’extérieur, dépendant captif, peu ancré dans son bassin naturel.Si nous voulons que cette adhésion ait un sens, elle doit être le début d’une transformation, pas son aboutissement. Nous devons assumer une ambition claire : faire de la Martinique une actrice à part entière dans son espace régional.Cela suppose plusieurs ruptures. Une rupture diplomatique d’abord : il faut renforcer notre présence dans les instances caribéennes, porter une voix politique issue de nos réalités, défendre nos intérêts, nouer des alliances.Une rupture économique ensuite : nous devons soutenir nos entreprises dans leur projection régionale, adapter les cadres réglementaires, investir dans les filières exportatrices, nouer des partenariats concrets avec nos voisins.Une rupture en matière de mobilité : il est inacceptable qu’il soit plus simple de rejoindre Paris que la Barbade ou Trinidad – sans connectivité, il n’y a pas d’intégration.Une rupture culturelle enfin : il faut cesser de regarder la Caraïbe comme une périphérie et la reconnaître pour ce qu’elle est pour nous, Martiniquaises et Martiniquais : notre centre.L’enjeu dépasse la Martinique. Il interroge notre conception même des outre-mer : sont-ils condamnés à être des prolongements lointains et inégalitaires de la République, ou peuvent-ils devenir des points d’ancrage stratégiques dans leur environnement régional ?Notre réponse engagera l’avenir. Pour ma part, je fais un choix clair, celui de l’ouverture, de la coopération, de l’émancipation économique, de la dignité régionale. La Caricom ne doit pas être un symbole ; elle doit devenir un levier – un levier pour sortir des dépendances, construire des solidarités nouvelles, inventer un modèle de développement plus juste, plus autonome, plus résilient, plus redistributif. C’est à cette condition que ce texte prendra toute sa portée.Je vous invite naturellement à voter le projet de loi.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).