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Discours du 27 novembre 2025

Béatrice Piron · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°72

La proposition de loi se fonde sur un constat simple et incontestable : dans nos territoires d’outre-mer, tout – l’alimentation, le transport, le logement, les biens essentiels – coûte plus cher. Les prix à la consommation y sont significativement plus élevés qu’en métropole, jusqu’à des différences de 9 % à La Réunion et 16 % en Guadeloupe, selon les données de l’Insee. Ces écarts de prix tiennent à des réalités structurelles : éloignement, insularité, forte dépendance aux importations, rareté du foncier, concentration des acteurs économiques et, surtout, surcoûts logistiques ou réglementaires. Ils nourrissent des tensions sociales récurrentes et un sentiment d’injustice que nous ne pouvons ignorer.L’écart entre les tarifs postaux constitue un exemple particulièrement frappant : depuis la France métropolitaine, envoyer un colis de 2 kilos en métropole coûte environ 11 euros, contre 27 euros vers les Drom et jusqu’à 35 euros vers la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie française. Ces montants ne sont pas abstraits. Ils constituent un frein concret pour les familles, pour les étudiants éloignés et pour les petites entreprises ultramarines qui dépendent de l’expédition ou de la réception de marchandises.Pour traiter cette problématique, le présent texte propose l’extension immédiate du tarif unique à l’ensemble des envois postaux, par la péréquation nationale des tarifs. Si le groupe Horizons & indépendants est bien évidemment favorable à un alignement progressif des tarifs postaux sur l’ensemble du territoire national, cette ambition doit être économiquement soutenable.Or le service universel postal est structurellement déficitaire. Alors que ses missions restent les mêmes, ses recettes sont en forte baisse, notamment en raison de la diminution du volume de courrier. Cette situation fragilise l’équilibre du modèle économique. En 2023, la Cour des comptes évaluait la sous-compensation par l’État des missions de service public à près de 480 millions d’euros.Dans ce contexte, étendre le tarif unique des services postaux à l’ensemble des envois nationaux reviendrait mécaniquement à aggraver ce déséquilibre, sans que nous en connaissions précisément le coût. Aucune étude d’impact, aucun chiffrage ne permettent d’évaluer l’effort qui serait demandé, soit au consommateur par une hausse généralisée des tarifs, soit au contribuable grâce à un mécanisme de compensation budgétaire. Or, dans un environnement budgétaire contraint, nous ne pouvons faire peser sur l’État ou sur les contribuables des charges nouvelles dont l’ampleur demeure inconnue.L’écart tarifaire entre l’Hexagone et les outre-mer s’explique principalement par les coûts du fret maritime ou aérien. La très forte hausse de ces coûts, notamment après la crise sanitaire, explique pourquoi les tarifs postaux des envois vers les outre-mer ont augmenté plus fortement que ceux des envois métropolitains ces dernières années.Cependant, des signaux positifs existent. La diminution du coût du fret aérien va ainsi entraîner une baisse des tarifs des envois entre la métropole et les outre-mer d’environ 5 % dès 2026. Cette évolution tarifaire montre que les prix peuvent évoluer favorablement quand les conditions économiques le permettent. Il faut encourager cette trajectoire.Si nous voulons durablement réduire les prix payés par les habitants des outre-mer, non seulement pour bénéficier des services postaux mais aussi pour se procurer l’ensemble des biens essentiels, nous devons agir sur les causes profondes : développer la production locale, renforcer l’autonomie logistique, diversifier les routes d’approvisionnement, améliorer la transparence des chaînes de distribution et encourager la concurrence là où elle fait défaut.

C’est l’esprit du vaste projet de loi de lutte contre la vie chère dans les outre-mer, qui devrait être prochainement discuté par notre assemblée.Le groupe Horizons & indépendants soutient la volonté de réduire les charges injustes qui pèsent sur les ultramarins mais estime qu’une réforme d’une telle ampleur doit reposer sur des données chiffrées solides et que sa soutenabilité budgétaire doit être garantie. Notre groupe s’abstiendra donc, non par refus d’agir mais par sens des responsabilités et pour permettre un travail sérieux et durable en faveur de la réduction des inégalités. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).