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Discours du 5 juin 2025

Belkhir Belhaddad · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°227

Aucune réforme des retraites n’est populaire. Les sondages ne peuvent pas être notre boussole, tout comme les manifestations, bien qu’elles soient l’expression d’une démocratie sociale parfaitement complémentaire de la démocratie représentative et qu’il faut à ce titre respecter. Je regrette que notre culture politique ne favorise pas le compromis et que nous ayons du mal à voir les choses autrement que sous l’angle « gagnant-perdant » ; c’est le grand défi d’aujourd’hui et de demain.Le choix de l’obstruction à l’Assemblée nationale, tout comme l’utilisation du 49.3 pour faire adopter la réforme des retraites, ne permet pas au débat de se développer sereinement.

En 2023, lors de la phase d’examen parlementaire, j’avais rappelé la nécessité d’une réforme afin d’équilibrer le financement de notre régime par répartition et de favoriser une plus grande justice. Je l’avais fait avec la conviction que nous ne pourrons pas faire longtemps l’impasse sur la réforme globale dont notre système a besoin – laquelle ne peut pas viser uniquement l’âge légal de départ à la retraite. Je suis pour ma part un fervent défenseur de la reprise des travaux sur un régime universel à points, tel qu’il a été conçu en 2018-2019, en le simplifiant afin qu’il soit plus lisible, et en confiant son pilotage aux partenaires sociaux. (Mme Dominique Voynet applaudit.)Aborder une réforme uniquement par la question de l’âge – âge pivot ou âge légal –, comme cela a été fait, est mortifère ; politiquement, c’est une grave erreur de lecture des enjeux que nous devons affronter. Il me paraissait plus intéressant de travailler notamment sur l’augmentation…

…de la durée de cotisation. C’est la conviction que j’ai formée après avoir été à plusieurs reprises rapporteur pour avis sur les retraites lors de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), et membre du Conseil d’orientation des retraites pendant plusieurs années.Cette proposition de résolution peut paraître séduisante. Pourquoi ne pas organiser un référendum afin de consulter nos concitoyens sur un sujet aussi important, puisqu’il engage leur avenir sur plusieurs décennies ? Chiche ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.)Nous devons mener un combat pour un système plus juste, contre les inégalités et les discriminations ; un combat de tous les instants, plus nécessaire encore en période de crise, tant les failles et les défaillances de notre système deviennent plus visibles quand la pauvreté s’accroît. Combien de temps pourrons-nous tolérer que la pension d’une femme soit, en moyenne, inférieure de 40 % à celle d’un homme ? Combien de temps pourrons-nous tolérer de tels écarts de salaires tout au long de la carrière, qui produisent un effet boomerang au moment de la retraite ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Combien de temps pourrons-nous encore tolérer que les carrières hachées, les temps partiels subis, le congé parental pèsent autant sur les seules femmes ? Combien de temps pourrons-nous encore tolérer que les retraites favorables soient réservées aux carrières longues et ascendantes ? Combien de temps pourrons-nous encore tolérer que les critères de pénibilité excluent les services de soins et les services à la personne, sur lesquels repose la cohésion de notre société ?La réponse à toutes ces questions consiste à conserver le meilleur de notre projet de réforme systémique. Travaillons à des mesures qui permettraient de réduire les inégalités. Les débats de la réforme de 2023 avaient permis d’améliorer le texte, notamment sur les carrières longues, les retraites des femmes ou celles des sportifs de haut niveau. Nous devons aussi poursuivre d’autres chantiers, tels que ceux consacrés à l’usure professionnelle, à la pénibilité, au grand âge, à la contribution exceptionnelle des grandes entreprises réalisant des superprofits, ou encore aux salaires minimaux dans les branches professionnelles.Je crois qu’il est possible de donner un nouveau souffle à la marche vers un système universel plus juste, plus équitable, plus soutenable. Nous devons emprunter cette voie. L’idée d’un conclave est plutôt bonne, même si elle fait l’objet de critiques, car elle suppose de faire confiance aux partenaires sociaux pour trouver des réponses ; c’est une bonne idée, à condition que ce conclave débouche sur des propositions, comme celle d’examiner à nouveau un projet de système universel à points, que j’évoquais au début de mon propos.En parallèle, nous ne pourrons pas faire l’économie de réformer notre système de protection sociale, de dégager des moyens pour le grand âge – l’autre mur d’investissement qui se dresse devant nous – et d’accorder une autre place à la prévention dans notre système de santé. Ces chantiers nécessitent du courage politique, de la méthode et une implication de l’ensemble de la société française. L’urgence sociale, écologique et financière impose de continuer à réformer pour améliorer le quotidien de nos concitoyens. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).