Discours du 19 mai 2026
Benoît Biteau · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236
Voilà le résultat !
C’est la seule bonne nouvelle, au contraire !
À qui la faute ?
Nous partageons le diagnostic, l’état des lieux : il y a urgence à agir pour l’agriculture et pour les agriculteurs, pour les sortir d’une crise qui est, non pas conjoncturelle, mais profondément structurelle. Pour ce faire, on doit revenir aux fondamentaux. Ce n’est pas avec les recettes qui ont conduit à cette situation dramatique que l’on trouvera des réponses efficaces pour sortir de cette crise profonde, ni en ne s’adressant qu’à une infime minorité d’agriculteurs, comme les 6 % d’irrigants ou les 3 % d’éleveurs concernés par des démarches ICPE, en laissant la très grande majorité qui souffre sur le bord de la route.« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde », aurait dit Albert Camus.
Il l’a dit, je vous l’accorde.
Les détournements sémantiques sont une forme de récupération politique. L’agroécologie, est-ce vraiment le label HVE – Haute Valeur environnementale –, lequel n’interdit ni les pesticides ni les engrais de synthèse ? La souveraineté alimentaire ne devrait-elle pas être définie comme le droit des peuples à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles, ainsi qu’à avoir accès à une alimentation saine ? Cette définition confirme que lorsqu’on parle d’agriculture, on parle de l’alimentation de tout le monde, de l’eau qu’on boit tous les jours, de l’air qu’on respire à chaque instant, de la santé – et de beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent public.Le présent texte, qui confisque aux citoyens le droit de recours et les espaces de concertation, ne fait pas référence à une telle notion de souveraineté alimentaire. Ce qui menace cette dernière, c’est le dérèglement climatique, c’est l’effondrement de la biodiversité. Or ce texte accélère ces phénomènes et ne fait pas non plus référence à la biodiversité.Bien sûr que l’agriculture a besoin d’eau – mais considérer que seuls les agriculteurs irrigants participeraient à la souveraineté alimentaire, alors qu’ils ne représentent que 5 % ou 6 % des agriculteurs, est profondément méprisant, voire insultant, pour les 94 % d’agriculteurs restants qui n’ont pas recours à l’irrigation.Avant d’engager de l’argent public dans la construction de mégabassines, une solution alternative doit être privilégiée : la restauration du cycle de l’eau. Elle suppose l’aménagement du territoire. Si ce dernier engloutissait autant d’argent que celui qu’on est prêt à dépenser pour la construction de mégabassines, on réglerait en même temps – la mode depuis 2017 ! – le problème des inondations et de la sécheresse parce qu’on accueillerait – quel beau verbe à employer pour parler d’eau ! – l’eau ; on la retiendrait, on la laisserait s’infiltrer, on la laisserait recharger les nappes souterraines, on la stockerait dans des zones humides qui en relâcheraient si besoin. Voilà comment engager de l’argent public dans le bon sens : en restaurant le cycle de l’eau. On satisferait ainsi 100 % des agriculteurs et des usagers de l’eau. Quand on sait que l’évacuation de l’eau vers la mer a été organisée par ceux qui réclament la construction de mégabassines à grand renfort d’argent public, on voit bien à qui s’adresse ce projet de loi !Nous devons reméandrer les cours d’eau, recréer des zones humides, repenser la plantation des arbres pour rétablir le fonctionnement du cycle de l’eau. Oui, les zones humides sont stratégiques, parce que 1 hectare de zone humide absorbe presque autant de gaz à effet de serre que 1 hectare de forêt ; parce que la biodiversité y est présente, grâce à laquelle la pollinisation ainsi que la pousse de fruits et de légumes, indispensables à la souveraineté alimentaire, sont possibles ; parce qu’elles participent à une gestion de l’eau qui permettra de fournir une eau potable de qualité en quantité suffisante, comme le réclame mon collègue Jean-Claude Raux.Encourager une agriculture respectueuse de l’eau serait une triple réussite : on fournirait une eau potable de qualité tout en dépensant moins d’argent public et en soutenant la rémunération des agriculteurs en difficulté économique pour services rendus à l’agriculture.Ce projet de loi, contrairement à ce que vous dites, madame Genevard, ne permet pas de réconcilier les agricultures et les mangeurs ; il ne permet pas de réconcilier l’écologie et l’économie ; il ne permet pas non plus de réconcilier la nature et l’agriculture. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR. – M. Christophe Bex applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).