Discours du 3 juin 2026
Benoît Biteau · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°261
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Nous abordons un texte majeur pour la santé publique, puisqu’il porte sur la contamination au cadmium. Vous avez pu constater l’importance de ce sujet en lisant le rapport que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié le 25 mars. Ce rapport a bénéficié d’une large couverture médiatique et a suscité beaucoup d’inquiétudes, pour des raisons légitimes. Nous devons donc être au rendez-vous de l’histoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)Le cadmium est un métal lourd. Par définition, un métal lourd s’accumule au fil de la chaîne alimentaire. Le cadmium commence son parcours dans les sols agricoles amendés par des engrais phosphatés, qui sont au cœur de ce texte. Assimilé par les plantes cultivées sur les parcelles contaminées, il se retrouve dans la production agricole et donc dans notre nourriture, et finit sa course dans le corps humain. Comme tout métal lourd, le cadmium s’accumule dans les organismes, et sa demi-vie est très longue, entre dix et trente ans. Cela signifie que la moitié du cadmium ingéré aujourd’hui ne disparaîtra de notre organisme qu’au bout de dix à trente ans. Plus on en ingère, moins on l’élimine.L’accumulation du cadmium dans nos corps ne relève pas de choix comportementaux, à la différence de la consommation d’alcool ou de tabac. Ce métal lourd se trouve dans l’alimentation de base, comme le pain, au centre de l’alimentation des Français, les pommes de terre, les pâtes et les céréales que l’on donne à nos enfants au petit-déjeuner. L’objectif de ce texte est précisément de protéger ces enfants, qui ingèrent du cadmium aujourd’hui et en verront peut-être les effets au cours de leur vie, notamment dans sa dernière partie.Quels risques pose l’accumulation du cadmium dans notre corps ? Les agences sanitaires françaises et internationales le classent comme cancérogène avéré – l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le reconnaît comme tel depuis 1993 – et considèrent qu’il favorise l’ostéoporose, l’insuffisance rénale, les accidents cardiovasculaires, les perturbations endocriniennes, l’infertilité et les troubles de développement de l’enfant. Le cadmium n’a aucune utilité pour notre métabolisme, pas plus qu’il n’en a pour la production agricole. Ce n’est qu’un poison, un poison terrible qui menace très largement la santé de nos concitoyens ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)Pourquoi notre alimentation est-elle massivement contaminée ? Je vous l’ai dit : on retrouve le cadmium dans des produits de base – pain, pâtes, riz, pommes de terre, légumes, céréales du petit-déjeuner, gâteaux et viennoiseries. Surtout, au fil des années, les organismes sont exposés de manière récurrente au cadmium, et la concentration du métal dans l’organisme augmente. Nous disposons d’études récentes comme l’étude Esteban de Santé publique France (SPF) ou celle de l’Anses publiée le 25 mars, qui montrent que la concentration moyenne du cadmium dans l’organisme des Français double tous les dix ans environ. Pas moins de 47 % des adultes résidant en France présentent une contamination au cadmium supérieure à la valeur recommandée. Attendrons-nous que la totalité de la population française dépasse ce seuil critique dans dix ans, malgré les conséquences ?Pour la protection de nos enfants tout au long de leur vie, pour éviter qu’ils deviennent stériles en raison d’une exposition au cadmium ou qu’en vieillissant ils souffrent d’ostéoporose ou d’un cancer du pancréas, nous devons agir vite. Les enfants sont en effet en première ligne. Ceux de moins de 36 mois présentent tous une contamination au cadmium qui dépasse le seuil critique. On connaît pourtant l’importance des 1 000 premiers jours : cette période qui intègre la gestation détermine la santé des futurs adultes et des futurs citoyens. Nous devons donc tout mettre en œuvre pour éviter toute contamination durant ces 1 000 premiers jours. Les enfants doivent pourtant pouvoir profiter d’une vie paisible à cet égard. Pour assurer leur avenir, il faut prendre nos responsabilités.Je souhaite aussi insister sur la santé des femmes, qui sont particulièrement concernées par la contamination au cadmium. En effet, cette dernière peut entraîner chez elles des troubles du cycle menstruel, des perturbations hormonales, de l’infertilité, des ménopauses précoces, et certaines pathologies gynécologiques comme l’endométriose. Nous devons prendre en considération ces maladies et troubles qui touchent spécifiquement les femmes afin de pouvoir les protéger de la contamination au cadmium.Pourquoi sommes-nous confrontés à cette situation ? Le règlement européen no 2019/1009, applicable à compter de 2022, n’est pas respecté par la France. Cette dernière a considéré que la réglementation européenne pouvait être aménagée pour le territoire français. On a délibérément choisi de maintenir une valeur maximale de cadmium autorisé dans les engrais phosphatés supérieure de 50 % à la norme européenne !
Cela fait maintenant quatre ans que cette situation de sous-transposition de la réglementation européenne persiste. Nous avons donc continué de contaminer les sols agricoles, la nourriture française et les organismes des Français. Résultat : en France, les sols agricoles contiennent deux à trois fois plus de cadmium que partout ailleurs en Europe. Partant, les organismes des Français contiennent deux à trois fois plus de cadmium que ceux des autres Européens : deux fois plus que ceux des Belges, des Allemands, des Italiens et des Espagnols ; cinq fois plus que ceux des Finlandais ; et par ailleurs quatre fois plus que ceux des Américains, dont le régime alimentaire bien connu n’est pourtant guère enviable. Il faut s’emparer de cette question et la placer au cœur des débats franco-français car la dérogation à la réglementation européenne est un sujet franco-français.
D’autres pays européens ont déjà fait ce que je vous proposerai tout à l’heure. Ils ont voté des lois pour limiter le taux de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilogramme d’engrais phosphaté – je pense à la Finlande, à la Slovaquie, à la Roumanie et à la Hongrie, qui ont anticipé les problèmes posés par la contamination au cadmium et ont réussi à protéger leur population tout en préservant leurs activités agricoles.En vérité, des solutions existent. Ainsi, certains gisements d’engrais phosphatés présentent des taux de cadmium plutôt faibles. C’est le cas en Finlande et en Norvège.Une autre solution existe depuis deux ou trois ans : la décadmiation. Cette méthode, facile à mettre en œuvre, permettrait de continuer à s’approvisionner auprès du pays qui possède les principaux gisements d’engrais phosphatés, le Maroc, puisqu’elle consiste à retirer le cadmium de l’engrais afin de passer sous la limite de 20 milligrammes par kilogramme d’engrais. L’argument entendu en commission des affaires économiques qui consiste à dire qu’une réglementation plus sévère mettrait sous tension l’approvisionnement en engrais phosphatés aux dépens des agriculteurs ne tient donc pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Iñaki Echaniz applaudit également.) En vérité, il est possible de trouver des engrais phosphatés pauvres en cadmium, soit en choisissant des gisements spécifiques, soit en recourant à la décadmiation.Un autre argument est souvent revenu : la compétitivité de l’agriculture. Mais les engrais phosphatés provenant de gisements pauvres en cadmium ne coûtent pas plus cher que ceux issus de gisements riches en cadmium. Quant à la décadmiation, l’Office chérifien des phosphates (OCP), un groupe industriel marocain, affirme sur son site internet pouvoir produire des engrais phosphatés dosés à moins de 20 milligrammes sans surcoût, ou, selon plusieurs études scientifiques, avec un surcoût extrêmement minime : la méthode de décadmiation choisie par les Marocains entraînerait une dépense supplémentaire de 2 euros par hectare et par an pour l’agriculteur. Si la compétitivité de l’agriculture française est à 2 euros près par hectare et par an,…
…il y a lieu de s’inquiéter. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)Nous examinons le texte dans la version adoptée par la commission des affaires économiques. J’espère pouvoir compter sur vous pour confirmer son adoption. Il s’agit déjà d’un texte de compromis et de consensus ; celui que j’avais présenté en février était plus dur. Nous avons modifié la trajectoire afin de la rendre acceptable à la fois par les producteurs d’engrais et par les agriculteurs, tout en préservant véritablement la santé de nos enfants et, plus généralement, de nos concitoyens. (Les députés du groupe EcoS ainsi que M. Frédéric Maillot se lèvent et applaudissent. – Les députés des groupes LFI-NFP, SOC et GDR applaudissent également.)
Si !
Ah !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).