Discours du 15 juin 2026
Benoît Blanchard · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°270
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Ce projet de loi procède d’une démarche rare. C’est la Martinique elle-même qui en est à l’origine, par deux délibérations de son assemblée. L’État n’impose rien, il habilite une collectivité qui a formulé sa propre demande. C’est un acte de confiance autant qu’un acte de responsabilité, puisqu’il reviendra ensuite aux élus martiniquais de se saisir de cette habilitation avec l’ambition que les habitants sont en droit d’attendre.Le constat qui justifie cette habilitation est documenté. En matière d’énergie, la Martinique est une zone non interconnectée. Isolée du réseau continental, elle ne peut importer la moindre énergie en cas de défaillance d’un moyen de production. Cet isolement l’oblige à surdimensionner ses infrastructures et la rend dépendante de combustibles fossiles importés. L’île produit ainsi une électricité à 360 euros le mégawattheure, soit près de quatre fois le coût hexagonal, à partir d’un mix encore carboné à 73 %.Les Martiniquais en subissent les conséquences sans les avoir choisies. Ils émettent en moyenne 7,7 tonnes de CO2 par an, contre 3,95 tonnes dans l’Hexagone – près du double.À cela s’ajoute un cadre normatif figé depuis 2013. Parce qu’elle n’a pu être révisée, la réglementation thermique locale pousse paradoxalement au recours massif à la climatisation. L’habilitation rendra à la collectivité la capacité de moderniser ce cadre et de définir elle-même sa trajectoire de transition.En matière d’eau, le paradoxe est encore plus saisissant : une ressource abondante au regard de la pluviométrie, mais inégalement répartie, et gérée de façon défaillante. Le taux de fuite atteint 48 % du volume introduit dans les réseaux pour un rendement moyen de 64 %, contre plus de 83 % dans l’Hexagone. Le mètre cube dépasse 6 euros, soit plus d’un cinquième au-dessus de la moyenne nationale. En mai 2024, un arrêté de sécheresse a privé d’eau potable jusqu’à 32 000 abonnés.Cette situation pèse lourdement sur un territoire où le taux de pauvreté avoisine 27 %, soit près du double du taux hexagonal. Surtout, la gestion éclatée entre trois communautés d’agglomération interdit toute politique d’investissement coordonnée, alors même que la remise à niveau des réseaux suppose des financements massifs et une planification à long terme. La création d’une autorité unique apporte une réponse à ce constat partagé, déjà scellé par la convention de territoire de novembre 2023.J’ajoute toutefois que la confiance n’exclut pas l’exigence. L’exemple guadeloupéen nous le rappelle : la création d’une structure unique ne résout rien, si elle ne s’accompagne pas d’une trajectoire financière soutenable et d’une gouvernance solide. Les trois communautés d’agglomération l’ont d’ailleurs rappelé, en posant à juste titre des conditions : un audit préalable des services existants, des garanties quant aux modalités de transfert de compétences et une étude d’impact de la nouvelle structure sur le prix de l’eau pour les usagers.Ces réserves ne remettent pas en cause le principe de l’autorité unique – qui fait consensus –, elles dessinent le chemin qui reste à parcourir. Car ce texte n’est bien sûr qu’une étape : l’habilitation ouvre une faculté, mais ne dispense d’aucun travail. Il appartiendra à la collectivité de bâtir, en bonne intelligence avec les communautés d’agglomération, une gouvernance réellement partagée, en se gardant d’instaurer la moindre tutelle d’une collectivité sur une autre. C’est à cette condition que la confiance aujourd’hui accordée produira des résultats concrets pour les Martiniquais. Ce texte illustre une méthode que nous soutenons : faire confiance aux territoires pour exercer les compétences qui touchent au quotidien de leurs habitants, en partant de leurs demandes et de leurs spécificités. Reconnaître que la responsabilité locale peut être le plus sûr chemin vers l’efficacité, c’est faire honneur à l’esprit même de l’article 73 de la Constitution.Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe Horizons & indépendants votera en faveur de ce texte.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).