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Discours du 16 février 2026

Boris Tavernier · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°150

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Depuis le début de mon mandat, je me bats contre l’appauvrissement de notre alimentation, contre son uniformisation ; je me bats pour que tout le monde puisse réellement choisir comment il s’alimente. Ma circonscription se situe dans le centre-ville de Lyon, ville réputée pour sa gastronomie : on y observe une très forte uniformisation du commerce, de l’offre de restauration. Dans certains coins de la Presqu’île, par exemple la rue de la République, les clients n’ont plus réellement le choix : boutiques et restaurants indépendants ont quasiment disparu. Ne résistent que de grandes franchises, ce qui, s’agissant de restauration, se traduit par l’omniprésence des grandes chaînes de fast-foods. Les élus locaux ne sont pas suffisamment armés pour lutter, pour redonner le choix aux habitants.Cette proposition de loi ne suffira pas à résoudre le problème de la vacance commerciale, ni à préserver un commerce de proximité indépendant, mais elle demeure bienvenue. En actualisant la loi du 2 août 2005, laquelle a instauré le droit de préemption commercial, elle comblera une faille juridique, empêchant que le statut de société puisse servir à contourner le droit de préemption. En étendant ce droit à la cession de parts de sociétés détenant des locaux commerciaux, elle vise à donner aux maires un moyen supplémentaire d’agir sur le paysage commercial de leur commune, d’en maîtriser l’évolution, de protéger les petits commerces indépendants. C’est donc tout naturellement que le groupe Écologiste et social la soutiendra.Néanmoins, nous estimons qu’il conviendrait d’aller plus loin dans la défense du commerce de proximité et de sa diversité. Le libre marché ne saurait décider seul de l’avenir de nos centres-villes. Partout dans le pays, le taux de vacance commerciale augmente, des boutiques ferment ; il faut explorer d’autres pistes, parmi lesquelles l’encadrement des loyers commerciaux. Les charges des commerçants augmentent, en particulier dans les zones soumises à une forte pression foncière, où leurs loyers peuvent désormais représenter jusqu’à 30 % de leurs frais d’exploitation. C’est intenable : c’est de cela que meurt la diversité commerciale. Les grandes chaînes de fast-foods peuvent supporter ces loyers, pas les petits restaurants ; les grandes franchises commerciales peuvent payer, pas les petits commerçants indépendants.Les maires de Lyon, Bordeaux, Lille ou encore Périgueux ont demandé au premier ministre d’expérimenter un encadrement des baux commerciaux. Des fédérations de commerçants et de restaurateurs soutiennent une telle démarche. Je crois savoir, madame la ministre, que vous voulez pour nos collectivités davantage de droits : êtes-vous prête à construire le cadre de cette expérimentation ? Pouvons-nous, chers collègues, trouver, là aussi, un chemin transpartisan et protéger le commerce de proximité en permettant cette mesure expérimentale aux futurs maires ? (Mme Sandrine Rousseau applaudit.)

Quelque 20 % des jeunes n’arrivent pas à différencier une courgette d’un concombre : c’est un problème. Notre assemblée a refusé, il y a quelques mois, de rendre obligatoire le nutri-score : c’est un autre problème, plus grave. Environ 13 % des jeunes confondent un pamplemousse et une orange sanguine : c’est embêtant. Le gouvernement, dans sa stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, refuse de s’attaquer à la prolifération d’aliments ultratransformés : c’est bien plus embêtant.En matière de politique de l’alimentation, deux choix s’offrent à nous : celui de la facilité et celui de l’adversité. Le choix de l’adversité aurait réveillé quelques lobbys bien installés et aurait pu nous réunir. Il consistait, par exemple, à rendre obligatoire l’affichage du nutri-score, à s’attaquer aux aliments ultratransformés ou encore à interdire le marketing alimentaire qui vise les enfants. Le choix de la facilité, quant à lui, consiste à vouloir transformer le système en inversant la responsabilité, qu’il fait reposer entièrement sur les individus. C’est de cette approche que relève l’éducation à l’alimentation telle que vous la concevez.Les députés du groupe Écologiste et social considèrent que l’éducation à l’alimentation est nécessaire et souhaitable mais que, dans le cadre actuel, elle sera trop souvent vaine. Vouloir éduquer à l’alimentation, c’est bien, mais c’est vain quand on laisse les fast-foods envahir nos villes et villages, quand des millions de familles connaissent la précarité alimentaire et ne peuvent pas choisir ce qu’elles mettent dans leur assiette, quand on laisse les industriels matraquer les enfants de publicités pour de la malbouffe. Jeudi dernier, lors de la niche de notre groupe, nous avions proposé un texte visant à interdire cette dernière pratique, que nous n’avons pas eu le temps d’étudier en raison de l’obstruction de certains de nos collègues de droite.J’en viens au fond du texte qui nous est proposé. Il y est question d’une éducation à l’alimentation dépolitisée, qui cherche non pas à émanciper de futurs citoyens mais, au mieux, à informer des consommateurs en devenir. L’éducation à l’alimentation ne doit pas se limiter à faire connaître les saisons, à sensibiliser au gaspillage alimentaire ou à expliquer qu’il faut manger équilibré ; nous la voulons plus ambitieuse. Pour nous, le rôle de l’école est d’éveiller les consciences. Nous considérons que l’éducation à l’alimentation devrait permettre aux élèves de comprendre comment fonctionne le système alimentaire qui les nourrit plus ou moins bien, d’aiguiser leur esprit critique et de se forger un avis de citoyen. Certains, c’est vrai, ne souhaitent peut-être pas que les citoyens soient mieux éclairés sur notre système alimentaire ; je pense notamment à Mme la ministre de l’agriculture, qui avait l’air bien gênée à l’idée que des millions de citoyens se soient intéressés à ce qui passe dans notre assemblée et soient venus apporter quelques fausses notes à la sinistre partition orchestrée par les lobbys de l’agrochimie pour faire adopter la proposition de loi Duplomb, cette loi poison. (Mme Anne-Sophie Ronceret s’exclame.)J’ai dit que cette proposition de loi permettrait, au mieux, d’informer des consommateurs en devenir. Si je dis « au mieux », c’est parce que le texte tel qu’il nous était initialement proposé présentait un danger : il risquait de devenir un cheval de Troie visant non à former des consommateurs, encore moins à former des citoyens, mais à diffuser la propagande des lobbys de l’industrie agroalimentaire dans les sanctuaires que devraient être les écoles. Le risque, bien qu’amoindri grâce à notre mobilisation en commission, est toujours présent sous la forme d’un amendement auquel nous nous opposerons.Danton, l’un des pères fondateurs de notre République, disait : « Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple ». Eh bien, il est aujourd’hui possible d’agir pour les deux à la fois. Si le groupe Écologiste et social soutient la volonté de développer l’éducation à l’alimentation, il restera vigilant quant à l’éventuel rétablissement de l’article 2. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – Mme Marie Mesmeur applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).