Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 24 mars 2026

Boris Vallaud · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177

Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.

Toute sa vie, Lionel Jospin aura été un homme d’engagement, d’action, dans la fidélité exigeante à ses convictions de socialiste et de républicain. Pour mener ses combats à bien, Lionel Jospin a su être l’artisan d’unions et de majorités plurielles, de la victoire de 1981 à la gauche plurielle de 1997. En basketteur qu’il était, il aura su constituer et animer des collectifs, permettant la pleine expression des talents – qu’il savait reconnaître dans leur diversité. Plus encore, Lionel Jospin a eu à cœur de faire émerger des majorités sociales, en donnant une place et un rôle particulier aux partenaires sociaux, en pratiquant le débat et l’argumentation exigeante. Nul besoin d’outrance ; ne pas chercher à accentuer les clivages de la société, mais convaincre, toujours.Cette persévérance et cette éthique démocratique sont mères des grandes réformes dont les Françaises et les Français bénéficient encore aujourd’hui : CMU, pour affirmer la dignité de tous ; porter haut l’égalité avec le pacs ; regarder en face notre histoire avec la loi de Christiane Taubira tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.Refusant une société de marché, Lionel Jospin a promu en son temps des réformes visant à transformer l’économie de marché, en s’attachant en particulier au travail. Je pense bien sûr à la réforme des 35 heures, conduite en impliquant, une fois encore, les partenaires sociaux, mais aussi à l’expérimentation réussie des emplois jeunes, à la croisée de l’économie de marché et de l’économie sociale et solidaire. Ces emplois jeunes prolongeaient la préoccupation constante et exigeante de Lionel Jospin envers la jeunesse, lui qui fut enseignant et ministre de l’éducation nationale.Homme de gauche, homme d’État, grand socialiste, il a montré, dans l’exercice de ses fonctions de ministre de l’éducation nationale, son attachement à l’équilibre de nos grands principes républicains, tels que la laïcité, en faisant face avec rigueur et humanisme à l’émergence des polémiques sur le port du voile dans les établissements scolaires. « La laïcité de l’école, disait-il, doit être une école de tolérance, où l’on n’affiche pas de façon spectaculaire ou ostentatoire les signes de son appartenance religieuse » ; et d’ajouter que « l’école est faite pour accueillir les enfants et pas pour les exclure ».Sa vie fut une vie d’engagements, d’accomplissements, mais aussi, inévitablement, une vie d’épreuves. Le 21 avril 2002 reste un traumatisme pour nombre de nos concitoyens. La dignité, la fermeté de la réaction de Lionel Jospin, qui prit sur lui la responsabilité de cette défaite – qui, naturellement, le dépassait – explique beaucoup, sans doute, qu’il soit devenu une conscience morale pour une immense majorité de Françaises et de Français.Lionel Jospin laisse à la France des lois, des progrès sociaux, un peu plus d’égalité et de justice. Il nous laisse un modèle d’intégrité politique. À chacune et à chacun d’entre nous de cultiver son héritage. Dans la tristesse de ce jour, mes pensées vont à celles et ceux qui l’ont aimé, à ses proches et à sa famille. (Mmes et MM. les députés ainsi que les membres du gouvernement se lèvent et applaudissent.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).