Discours du 4 février 2025
Bruno Clavet · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°90
En France, près de 60 % des chômeurs longue durée sont des seniors. Dans le Pas-de-Calais, 15 % des demandeurs d’emploi ont plus de 50 ans et rencontrent jusqu’à deux fois plus de difficultés que les jeunes pour retrouver un travail.S’il suffit, selon Emmanuel Macron, de traverser la rue pour trouver du travail, force est de constater qu’une grande partie de nos concitoyens est restée sur le côté depuis qu’il est à l’Élysée. Près de 500 000 Français de plus de 50 ans sont au chômage et donc privés de perspectives, alors qu’ils ont encore tant à apporter à notre pays.Dans le même temps, on entend ici et là des préjugés injustifiés à leur sujet : ils coûteraient trop cher, ils ne sauraient pas s’adapter, ils seraient davantage une charge qu’un atout pour l’entreprise.Ce sont des idées reçues absurdes qui ne tiennent pas face à la réalité sociale et économique, car les seniors apportent au monde de l’entreprise une expertise précieuse, une stabilité professionnelle et un savoir-faire essentiel dans de nombreux secteurs. Leur présence dans une entreprise n’est pas un coût, mais un investissement rentable, puisqu’ils assurent la transmission des compétences en jouant un rôle de mentor.Les écarter revient à priver nos entreprises d’un atout précieux et nos jeunes de repères.Dans ce contexte, France Travail devrait être un rempart contre l’exclusion de nos seniors en leur offrant les moyens de valoriser leur expérience, de se reconvertir et de retrouver un emploi digne. Or, comme si l’échec était devenu une doctrine d’État, cette institution peine à remplir sa mission. Les dispositifs actuels sont insuffisants, mal calibrés et déconnectés des réalités du terrain.Seuls 8 % des demandeurs d’emploi seniors bénéficient d’une formation financée, contre 20 % pour les moins de 40 ans ; à peine 4 % des entreprises se disent prêtes à embaucher un salarié de plus de 55 ans, faute d’incitations financières suffisantes.Le système actuel ne favorise pas la réinsertion des seniors ; il les pousse vers la sortie. Il est donc urgent de casser les idées reçues, de généraliser les dispositifs de reconversion et de prévoir des mesures incitatives pour les employeurs.Le Rassemblement national y est favorable. Il a déjà proposé en ce sens la création d’un CDI senior destiné aux plus de 60 ans et qui s’accompagne de l’exonération du versement des cotisations familiales pour les employeurs. Il propose aussi d’assouplir les règles encadrant le cumul emploi-retraite, ce qui permettrait aux seniors de continuer à travailler et de percevoir leur pension, favorisant ainsi une transition plus souple vers la retraite.Madame la ministre chargée du travail et de l’emploi, sur ce sujet, comme sur tous les autres, il faut une volonté politique forte. Existe-t-elle seulement au sein du gouvernement Bayrou ou bien considérez-vous l’exclusion des seniors comme une fatalité ? Comptez-vous faire de la réinsertion des seniors une priorité ou restera-t-elle un angle mort de la politique macroniste de l’emploi ? Donnerez-vous aux seniors la place dans la société qu’ils méritent et qu’ils ont gagnée tout au long de leur vie ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).