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Discours du 12 juin 2025

Bruno Clavet · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°236

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La sidérurgie française n’est pas seulement un pan de notre économie, c’est une part de notre histoire, un pilier de notre souveraineté, un levier de puissance industrielle et un repère identitaire pour des territoires entiers. Pour des milliers de familles, elle représente aussi un héritage ouvrier transmis de génération en génération, où l’on apprenait le goût du travail bien fait et la fierté d’appartenir à une filière qui transforme le minerai en force, et la force en grandeur nationale.Et pourtant, cette filière est en danger, voire menacée d’effacement. Depuis plus de trente ans, la sidérurgie française subit un lent démantèlement, orchestré par l’aveuglement de gouvernements successifs qui ont cru que l’on pouvait délocaliser sans conséquences, dépendre des marchés mondiaux sans risques et sacrifier nos usines au nom d’une mondialisation qui n’a été « heureuse » que pour une infime minorité.Dans mon département, le Pas-de-Calais, ce désastre a des visages et des noms. ArcelorMittal à Dunkerque est certes un géant, mais il est soumis aux logiques de rentabilité d’un groupe mondial qui pourrait demain, d’un seul trait de plume, fermer un site, supprimer une ligne de production ou licencier.Je pense aussi à l’aciérie d’Isbergues, symbole d’un savoir-faire local autrefois florissant, aujourd’hui délaissée, vidée, rachetée, restructurée et toujours menacée. Je pense aux ouvriers de Mazingarbe, de Divion, de Bully-les-Mines, qui ont vu les laminoirs fermer, les hauts fourneaux s’éteindre, les camions remplacer les wagons de matières premières. Ici, dans le Pas-de-Calais, on connaît la sidérurgie comme on connaît la mine, par le cœur et par les coups. Que reste-t-il de tout cela ? Des friches, des souvenirs et surtout des promesses politiques jamais tenues.La France, qui produisait plus de 20 millions de tonnes d’acier par an dans les années 1980, n’en produit plus que la moitié. Pendant que cette production baisse, nos importations explosent. Nous achetons massivement de l’acier chinois, turc, indien, parfois à bas coût, souvent produit dans des conditions sociales indécentes et dans un mépris total de l’environnement.Ce gouvernement, qui nous parle de transition écologique à longueur de journée, voulait imposer les zones à faibles émissions (ZFE) – que le Rassemblement national a supprimées – tout en étant le champion des importations massives et polluantes. Ce double langage et ce cynisme sont insupportables.Les macronistes, qui se présentent comme des maestros de l’économie, n’ont rien vu venir : ils ont considéré les délocalisations comme inévitables, les licenciements comme des variables d’ajustement et les ouvriers comme de simples lignes comptables. Pire encore, au lieu de relocaliser, ils ont continué à signer des accords de libre-échange toujours plus destructeurs. Leur modèle de start-up nation nous a appauvris, fragilisés et exposés à toutes les dépendances.Une France sans sidérurgie, c’est une France dépendante pour ses rails, ses ponts, ses centrales, ses chantiers navals, son armement. C’est une France qui ne produit plus, qui achète tout et finit par se vendre. Mais ce destin, pieds et poings liés, n’est pas une fatalité. Il est encore temps de redonner à la sidérurgie française la place qu’elle mérite : celle d’un secteur stratégique, structurant et vital pour notre avenir.Pour cela, il faut réunir trois conditions essentielles. D’abord, il faut relocaliser, avec une clause de patriotisme économique dans les marchés publics. Il est aberrant que l’État finance des infrastructures avec de l’acier étranger alors que nos aciéries fonctionnent au ralenti ou ferment.Ensuite, il faut protéger, en imposant des barrières aux importations d’acier ne respectant ni nos normes sociales ni nos exigences environnementales. Ce n’est pas du protectionnisme ; c’est juste du bon sens.Enfin, il faut investir dans l’innovation, les compétences et l’attractivité de nos territoires industriels, soutenir ceux qui produisent ici plutôt que d’arroser ceux qui délocalisent.Les ouvriers de France n’attendent pas la charité : ils réclament du respect, des perspectives et une classe politique qui les considère. Ce sont des Français que vous ne verrez pas dans la rue, qui ne réclament rien, mais qui méritent tout.Il faut une rupture claire avec le modèle économique actuel. Nous, au Rassemblement national, assumons cette rupture ; nous l’incarnons, nous la portons et nous la rendrons inévitable. Nous sommes convaincus qu’il n’y aura pas de souveraineté sans industrie, pas de puissance sans acier et donc pas de France forte sans une sidérurgie forte.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).