Discours du 19 janvier 2026
Bruno Fuchs · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°118
L’État de droit est le fondement de la liberté, de la justice et de la paix, a souligné à de nombreuses reprises Ban Ki Moon, lorsqu’il était secrétaire général de l’ONU.Le 28 juillet 2024, tout le monde a pu constater que Nicolás Maduro n’avait pas remporté l’élection présidentielle au Venezuela. En douze années de pouvoir, une répression féroce s’est abattue sur son peuple et le bilan économique et social du pays est catastrophique. Toutefois, en montrant son incapacité à faire respecter la volonté du peuple et à résoudre la question de l’illégitimité de Nicolás Maduro et de nombreux autres chefs d’État dans le monde, la communauté internationale a laissé une voie ouverte, dans laquelle s’engouffre à présent le président Donald Trump. En effet, l’intervention militaire américaine du 3 janvier n’est pas seulement une violation du droit international, c’est aussi un test pour le monde entier.Sur le plan juridique, par cette intervention, l’un des pères bâtisseurs de l’ordre international issu de la seconde guerre mondiale a heurté de front les principes fondateurs de la Charte des Nations unies, à savoir la souveraineté des États, l’égalité juridique entre eux, l’intégrité territoriale et l’interdiction du recours à la force.Sur le plan géopolitique, c’est un test de notre capacité à résister à l’unilatéralisme, à défendre une gouvernance mondiale coopérative et à proposer une alternative crédible et féconde à la loi du plus fort.Ce précédent est extrêmement préoccupant. Il banalise l’idée qu’une grande puissance peut fixer seule les règles du jeu et, pire, décider où et quand ces règles s’appliquent, qui est légitime et qui ne l’est pas. Si les États-Unis s’arrogent ce droit, pourquoi la Russie ou la Chine ne le feraient-elles pas demain en Asie, en Europe ou en Afrique ?Face à cette dérive, la France a un rôle unique et majeur à jouer. Nous sommes une puissance souveraine, qui croit en l’équilibre, en la négociation et en la force du droit. Notre responsabilité doit nous amener à présent à mobiliser les pays non-alignés, qui ne choisissent pas entre les blocs. La France doit les rassembler autour d’une plateforme commune en vue de défendre la souveraineté des États et le respect du droit international.Notre responsabilité doit aussi nous amener à réformer le fonctionnement de l’ONU. Le Conseil de sécurité, par exemple, est paralysé par les veto. La France doit proposer une alliance des pays attachés à la Charte pour contourner ces blocages en s’appuyant sur l’Assemblée générale ou sur des coalitions régionales.Notre responsabilité est aussi de renforcer la souveraineté européenne et de nous appuyer sur l’espace francophone, ainsi que sur les pays et les citoyens qui partagent les valeurs de multilatéralisme, de démocratie et de respect de l’État de droit.Le Venezuela n’est qu’un épisode d’une stratégie plus large. Les menaces sur le Groenland, territoire danois et européen, confirment la logique d’expansion impérialiste. Comme l’ont déclaré les ministres qui se sont exprimés, nous devons investir davantage dans notre autonomie stratégique et inciter inlassablement les autres États européens à le faire pour être capables de dire non lorsque les principes fondamentaux de l’ordre international sont menacés.Cela suppose des moyens. À l’heure où la France va investir massivement dans sa défense nationale et réarmer, elle commettrait un contresens en réduisant les moyens de sa diplomatie et de ses partenariats solidaires. On ne peut investir dans des capacités militaires sans donner à notre diplomatie les moyens d’agir efficacement pour prévenir les crises et renforcer notre puissance et notre influence.Chers collègues, nous sommes à un carrefour : soit nous laissons le monde basculer dans l’arbitraire, avec des grandes puissances qui redessineraient les cartes à leur guise, soit nous défendons un ordre fondé sur des règles communes, où chaque État a sa place, qu’il soit grand ou petit. La France a toujours été de ce dernier parti. Le Venezuela nous rappelle une vérité simple : la paix se maintient non par la soumission mais par l’équilibre. L’histoire jugera notre capacité à défendre les principes qui ont fondé notre sécurité et notre gouvernance collective. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et EPR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).